Piégée

Réalisateur
Acteurs
Pays
Genre
Action et Thriller
Durée
93
Titre Original
Haywire
Notre score
5

Agent d’élite, Mallory Kane est spécialiste des missions dans les endroits les plus risqués de la planète. Après avoir réussi à libérer un journaliste chinois retenu en otage à Barcelone, elle découvre qu’il a été assassiné – et que tous les indices l’accusent. Elle est désormais la cible de tueurs qui semblent en savoir beaucoup trop sur elle… Mallory a été trahie. Mais par qui ? Et pourquoi ?




L’avis de Manuel Yvernault:


James Bond avait laissé place à Jason Bourne, renouvelant le film « d’agent secret ». Or, à force de profusion d’une nouvelle forme de mise en scène, plus ancrée dans le réel, on en oublierait presque les alternatives. Si pour certains Steven Soderbergh pouvait effrayer à la tête d’un tel projet, pour d’autres, il reste la variation possible sur un tel projet.


Ce touche-à-tout de genres et de formes se révèle au contraire une alternative plus qu’intéressante, adepte d’un cinéma conceptuel qui ose tout, s’affranchissant des critiques qui visent le plus souvent, à tort, le vide de l’arrière-plan de ses films. Si Soderbergh semble prendre des risques dans les formes qu’il emploie, n’en déplaise à une majorité, c’est au service d’un fond, son sujet. On admettra que son cinéma se veut, sans doute, narcissique. On tentera par la même d’y voir une expérimentation nouvelle à chaque nouveau projet, un jeu dans un 7ème art transformé et bien différent que le concept qu’il s’en faisait à ses débuts.
Si Piègée (Haywire en VO) n’est pas le film d’action attendu par sa lecture directe et facile, il devient une autre pièce maîtresse de l’œuvre de Soderbergh.


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Alors que fait Soderbergh ? Ce qu’il sait faire, mettre en scène. Oubliant le fond? Non, le laissant à la libre interprétation du spectateur, par facilité sûrement mais le doute est là.  Haywire délivre un mélange savoureux de ton, réunissant sa mise en scène et son scénario sur un pan inhabituel. Pied de nez à un système hollywoodien qui à force de s’auto parodier en se répétant et faisant fi de tous scénarios, Soderbergh mise sur le mince effort habituel consacré à la ligne scénaristique pour développer ce que la plupart viennent chercher dans le genre, de l’action. Mais cela ne lui suffit pas, tordre le coup par ce biais peut s’avérer trop facile et critiquable, il se meut alors dans une mise en scène travaillée, découpée et montée à sa manière; lisible, crédible, où les coups semblent réellement donnés.


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En témoigne l’attention qu’il porte à filmer Gina Carano, parfaite, qui dans une suite de combats et poursuites, dont on ne saisit pas immédiatement les tenants et les aboutissants, se confronte à un casting XXL dans des combats graphiquement réussis. Pas besoin de fioritures pour agrémenter son film, sa réalisation est directe, tranchée, avec un sentiment d’ellipse invisible le temps de passer d’une séquence à une autre. Certes il faut accepter le procédé, mais aller plus loin et de manière différente que les codes usuels, par un cahier des charges trop souvent rempli à la lettre, procure un bien fou et apporte au genre, une alternative, celle d’un auteur s’en prenant au jeu peu subtil des conventions cinématographiques qui n’arrivent plus à se renouveler quand la forme fonctionne. Là où certains ne verront que des personnages secondaires peu travaillés, on verra plus directement ces derniers comme faire valoir « de l’avancé » de l’héroïne.


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Piégée est donc plus qu’un simple thriller d’espionnage puisqu’il propose une lecture différente et critique intelligemment le devenir d’un cinéma phagocyté à force de se recopier.
Tout dans la mise en scène de Soderbergh, jusqu’à la durée du film (1h30) semble signifier et appuyer ce changement. On ne l’attendait pas sur ce genre de film car il ne sait pas copier ou être un faiseur d’Hollywood. Il s’imprègne de son sujet et lui inflige sa patte personnelle. Si les Jason Bourne et autre Mission Impossible sont le Gin Tonic du genre, Piégée serait un délicieux Cognac XO, plus emprunt à être dégusté, pris par surprise de son relief après dégustation. Les premiers ne sont pas condamnables pour autant mais la surprise subtile fait toujours plus d’effet. Bien sûr la force et le degré de diversion de cette radicalité, laissera certains totalement épuisés, d’autres KO de plaisir nouveau…



Piégée
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