Another Happy Day

Réalisateur
Acteurs
Pays
Genre
Comedie
Durée
115
Titre Original
Another Happy Day
Notre score
5

Lynn débarque chez ses parents pour le mariage de son fils aîné, Dylan. Elle est accompagnée de ses deux plus jeunes fils, Ben et Elliot. La propension de ce dernier à mélanger alcool, drogues et médicaments ne le prive pas d’une certaine lucidité sur la joie des réunions de famille.
Et la réunion, de fait, est joyeuse : grands-parents réac, tantes médisantes, cousins irrémédiablement beauf.
Sans compter le premier mari de Lynn qui arrive flanqué de sa nouvelle femme tyrannique.
Chaque matin annonce décidément un nouveau jour de bonheur.

 

 

 

 

 

Avis de Manuel Yvernault :

 

Auréolé de son prix du meilleur scénario et rare comédien dans les films de son père Barry, Sam Levinson signe un premier film flirtant largement du côté de Festen, au ton monolithique et à l’ambiance mélancolique jusqu’à l’excès. Cependant tout n’est pas à jeter, loin de là !

 

Par un parti pris radical d’emmener son film vers un ton dramatique et tendance arty, Sam Levinson prend le risque d’être jusqu’au-boutiste au risque de provoquer une overdose chez certains spectateurs. Pourtant, une certaine efficacité opère dès les premières minutes pour ne plus lâcher le spectateur intéressé de parcourir cet univers hystérique et mélancolique.

 

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Levinson s’inscrit donc comme un réalisateur extrême. Pourtant, pour qui se laisse aller à la découverte de son film, un intérêt étrange et une sincérité apparaissent immédiatement dans la mise en scène.


 

Difficile de faire plus tranché quand on s’aperçoit de la direction dans laquelle le réalisateur compte diriger son film. C’est noir, noir obscur même, presque parodique tant tout est extrême et en souffrance dans le regard posé sur cette famille. Aucun personnage ne sauve ne serait-ce qu’un instant, la frénésie et la déprime dans laquelle les membres de la famille s’inscrivent, presque tous clichés.


 

C’est en cela que Levinson étonne ; film noir profond, radical, à la frénésie sous-jacente, hystérie présente, malaise profond et névroses qui voient le jour, tout est empreint d’un négativisme appuyé; un cocktail pour en faire film détestable se jouant de lui-même. Et pourtant une efficacité par une mise en scène soignée et une direction d’acteurs parfaite donnent à porter le film vers d’autres horizons.


 

Nous sommes immédiatement happé par cette âpreté, ces personnages nous touchent dans leur détresse presque extrême. Sous un effet choral, donc non-redondant, on passe d’un « caractère » à un autre pour finir par rire de certaines réactions et répliques bien écrites. Trop écrit ?, oui sans doute mais Levison prend ce risque, menant son film à la limite du supportable. Il fait exploser ainsi les « codes » du film marital, les détourne comme pour mieux créer un genre en soit.


 

Certains resteront sur le bord de la route,  les autres, comme un enchantement onirique, inexplicable, se laisseront séduire par cette matière entre deux frontières.

 

 

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Les répliques très écrites (trop ?-on le répète-) donnent par le jeu des comédiens la parfaite résonance d’une famille crédible dans sa composition.

Ellen Barkin, en tête d’un casting parfait  donne le « la » d’une partition presque théâtrale du film marital (si l’on peut inscrire le film sous cette étiquette). L’extrémisme de Levinson pointe une nouvelle fois son nez par l’énormité des affres que ce seul personnage condense, pourtant, on adhère toujours, comme par séduction. Le tout n’est que continuité.

Ezar Miller, découvert dans le récent We need to talk about Kevin, confirme tout le bien qu’on pouvait penser de lui et va même au-delà tant le comédien dégage une nouvelle fois un magnétisme évident autant de présence que de jeu ; addictif et brillant.

Le reste n’est qu’un délice d’ensemble tant Demi Moore (re)devient surprenante de jeu, Thomas Haden Church parfait de justesse et le casting digne de « seconds couteaux » de haute tenue. Cerise sur le gâteau, l’immense George Kennedy, qui dans un rôle trop évident, donne une ampleur tenante à son personnage.

Seule une séquence finale inutile et convenue viendra gâcher le plaisir. Même si dans un élan d’unité (noire) Levinson poursuit sa mise en scène, une certaine lourdeur apparaît alors.


 

Ceci reste un détail sur un film tranchant. Tout le monde ne voudra pas participer à la noce mais pour qui s’autorise un peu de vacuité, on se surprend à se laisser prendre par cette invitation noire-acide mais forte de ressentis.


 

En attendant Levinson confirmer, Another Happy Day par son parti pris est un film au moins à tolérer, au pire à voir, entre surprises et émotions radicales.
Another Happy Day
5
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