Shadow Dancer

Réalisateur
James Marsh
Acteurs
Aidan Gillen, Andrea Riseborough, Clive Owen, et Gillian Anderson
Pays
Angleterre et France
Genre
Drame
Durée
102
Titre Original
Shadow Dancer
Notre score
10

Collette, jeune veuve, est une républicaine, vivant à Belfast, avec sa mère et ses frères, de fervents activistes de l’IRA. Suite à son arrestation après un attentat avorté au cœur de Londres, Mac, un agent secret du MI5, lui offre le choix : passer 25 années en prison et ainsi perdre ce qu’elle a de plus cher, son fils, ou espionner sa propre famille. Elle décide de faire confiance à Mac, et retourne parmi les siens…

L’avis de Manuel Yvernault :

En 2009, Le funambule (Man on wire), documentaire de James Marsh, sur l’exploit du français Philippe Petit (acrobate français ayant traversé les tours du World Trade Center sur un câble) remportait l’Oscar du meilleur documentaire. Il réalisa ensuite le deuxième volet du triptyque, de très bonne facture, The Red Riding Trilogy.

Un nouveau passage éclair par le documentaire (Le Projet Nim) et Marsh revient enfin à la fiction. Shadow Dancer, drame social sous fond de guerre activiste de l’IRA prouve que le réalisateur a un sens aigu de la narration et du climax, tant en documentaire qu’en fiction.

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Les premières séquences d’exposition, où la lenteur de la mise en scène se conjugue avec la densité dramatique du récit, inscrivent le film dans une lenteur qui en fera son identité et sa force. La qualité de la réalisation de Marsh ne s’impose pas dans un rythme trépidant du récit mais plutôt dans la qualité de ses cadres et de la propension de mouvements presque invisibles (travellings lents et souvent dans l’axe).

Grâce au rythme instauré par le réalisateur le film n’est pas uniquement un savant drame sur fond d’espionnage (MI5 contre IRA) mais surtout un portrait de famille irlandaise qui joue constamment au jeu du chat et de la souris. Sans jamais clairement énoncer les relations entre chacun (du moins dans son premier tiers), qui prouve un désir assumé de flou, de perdition, Marsh provoque un intérêt constant. Sans doute en-dessous sur bien des points, Shadow Dancer arrive tout de même à  nous rappeler aux bons souvenirs de La Taupe. Pour le coup, les plus réfractaires au film précité ne trouverons sans doute pas dans Shadow Dancer autre chose qu’un banal thriller.

Le film est régulièrement construit entre la beauté de ses plans et un labyrinthe dramatique sous fond d’espionnage. Le regard que Marsh tente également de poser sur la cellule familiale est d’une force et d’une présence appuyée, qui en fait d’ailleurs avec équité le sujet principal du film.

Côté casting, Andrea Riseborough (qu’on avait pu voir dans Never Let Me Go et prochainement dans Oblivion) semble camper la parfaite républicaine vivant à Belfast, avec toute la complexité du rôle qui lui incombe, effaçant presque la composition très juste de Clive Owen.

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Le film n’est pas « facile » mais pour ceux qui voudrait s’accorder le temps de se confronter à la proposition du réalisateur, Shadow Dancer dégage une force rare et légitime dans un cinéma qui ne prend plus le temps d’établir une réelle mise en scène. Shadow Dancer n’entre pas forcément dans la case chef d’œuvre mais redonne un certain sens au cinéma.

Par la complexité de ses personnages, autant dans un contexte historique et social que par le regard critique de la cellule familiale, ce film de James Marsh à la saveur de l’intensité des films d’espionnage et la profondeur d’un récit dramatique de très belle facture. Film discret mais très efficace.

Shadow Dancer
10
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