Martha Marcy May Marlene

Réalisateur
Acteurs
Pays
Genre
Drame et Thriller
Durée
101
Titre Original
Notre score
5

Après avoir fui une secte et son charismatique leader, Martha tente de se reconstruire et de retrouver une vie normale. Elle cherche de l’aide auprès de sa sœur aînée, Lucy, et de son beau-frère avec qui elle n’avait plus de contacts, mais elle est incapable de leur avouer la vérité sur sa longue disparition. Martha est persuadée que son ancienne secte la pourchasse toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu…





L’avais de Manuel Yvernault:


Premières fois.

« Martha, Marcy May, Marlene » marque en effet les débuts d’artistes, devant et derrière la caméra : devant la jeune et époustouflante, Elizabeth Olsen, derrière Sean Durkin, pur réalisateur du cinéma indépendant US, émergeant à Sundance. Jusqu’ici, tout reste classique. Seulement le film de Durkin va bien au-delà des espérances habituelles et révèle un vrai talent nous rappelant presque, dans une autre génétique, le Shotgun Stories de Jeff Nichols en 2007. Le tout étant plutôt de bonne augure.


Par la thématique principale de son film, les dommages collatéraux des sectes, le réalisateur ne choisit pas la facilité le sujet pouvant facilement basculer dans l’outrance et les clichés. A l’inverse, il réussit à démontrer l’impact, plus interne qu’externe, que ce genre de manipulations peut imputer à l’être humain. Ancrée dans une ruralité hippie tendance folk, la communauté (secte) décrite par Sean Durkin s’inscrit avec propos dans une démonstration plus que dénonciation.
 

Exemple même, l’utilisation du flashback avec un certain savoir faire, Martha, Marcy May, Marlene est la parfaite démonstration de ce qu’on peut faire quand on sait répéter cet exercice de style. Jamais redondant dans l’effet, toujours utile et intégrant fond et forme.

Durkin, n’aime pas la facilité, il utilise chaque flashback par un pont de mise en scène entre un raccord des évènements passés et présents. Outre lui offrir une fluidité de mise en scène cela lui permet d’inscrire le fond qu’il tend à d’écrire ; montrer comment, même après le départ, la secte garde dans un même parallèle, un impact dans le présent.

Réalité, souvenirs et imagination sont alors confondus dans un même espace temporel, ce qui appuie et désigne avec subtilité la démonstration que le réalisateur tente d’apporter aux dommages que les sectes peuvent engendrer. Ce simple effet souligne comment Durkin sait donner du sens et une lecture juste à son cinéma, entre subtilité et savoir faire.
Le tout est baigné d’une lumière très naturaliste, tout en flirtant avec ce qu’un certain cinéma indépendant d’une bonne vingtaine d’années pouvait faire. A ce titre le jeune Jody Lee Lipes montre un savoir faire indéniable et participe à l’ambiance si marquée du film. Les intérieurs tout comme les extérieurs sont dans une esthétique laiteuse et très naturaliste. L’ensemble donne un relief de chaque instant à tous les personnages du film, tant leurs mouvements se veulent découpés et se dégagent de cette photo au grain prononcé et magnifique.


Ainsi la performance de la toute jeune Elizabeth Olsen (sœur de(s)…) ne peut être que magnifiée. La comédienne pour son premier vrai rôle, emporte tout avec elle, jusqu’à son malaise qu’elle arrive en crescendo à faire ressentir au spectateur. Physique et charme non conventionnels dans la caste hollywoodienne, Olsen s’avère presque être un choix évident. Comédienne naissante, surprenante de maîtrise et d’implication sans tomber dans l’excès de jeu, elle porte à elle seule avec justesse ce que le réalisateur tend à démontrer, comment un acte psychologique violent fait effet avec la plus grande douceur et sournoiserie. Sean Durkin le filme ainsi, Elizabeth Olsen le porte de la même manière en y apportant l’onde particulière que son personnage demande.

On peut parfois ressentir de la redite dans les termes de « révélations du cinéma indépendant américain » mais Sean Durkin réalise ici un travail d’auteur imparable, autant par son scénario, violent, abrupt et en totale rupture de sa mise en scène, douce, fluide et subtile par sa forme. Comme fil conducteur de l’ensemble et symbole de liberté désirée, Elizabeth Olsen, découverte et comédienne à l’aura naturelle et hypnotisant. Petit budget, grand film.

 

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L’avis de Fabien


Primé à Sundance pour sa mise en scène, Martha Marcy May Marlene est l’exemple de ce que peut nous offrir de mieux le cinéma indépendant américain : histoire intéressante au fort potentiel dramatique, réalisation soignée et casting bien pensé.


Sur le sujet sérieux des sectes, le jeune réalisateur Sean Durkin préfère livrer un récit réaliste et intime, centré sur le bouleversement intérieur des personnages qu’un film à thèse dénonçant les méfaits de ce genre de communauté. L’histoire est en effet celle d’une jeune femme qui, après avoir fui une secte, tente de se réadapter à la vie. Mais alors qu’elle essaie de se remémorer les évènements passés et de s’adapter à un présent déstabilisant (le confort  et la stabilité d’une vie bourgeoise auprès de sa soeur vs la vie bohème pleine de surprises de son ancienne communauté) tout se mélange, la paranoïa s’installe doucement. Certaines attitudes de ses proches deviennent ambigües pour la jeune femme à l’identité fracturée qui voit la secte dont elle s’est enfuit tenter de la rattraper.


La mise en scène éthérée du début installe peu à peu une angoisse sourde. Le rythme du film, langoureux, adopte le point de vue de son héroïne qui tente de reconstruire son identité éclatée. Des ellipses intrigantes et de judicieux raccords sur le mouvement ou le son participent de cette ambiance trouble où la frontière entre présent et passé est poreuse.


Elizabeth Olsen joue magnifiquement le trouble et la détresse que rencontrent son personnage dans son parcours chaotique pour trouver sa place dans un univers où évolue la rassurante  Sarah Paulson et un inquiétant John Hawkes qui compose avec subtilité un leader charismatique à la perfidie machiavéliquement dosée.


Porté par la superbe découverte Elizabeth Olsen, Martha Marcy May Marlene est un premier film attachant et hypnotique par l’ambiance instable et trouble qu’il maintient jusqu’à un dernier plan des plus déstabilisants.


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Test blu-ray


Technique

L’édition HD bénéficie d’une superbe définition, une photographie réussie et une compression solide. On notera des noirs un peu bouchés. Le rendu avec un  respect du grain argentique originel est d’une belle précision.


Quelques ambiances naturelles au rendu frontal sont au programme de ce film intime et réaliste.

Bonus

Supplément le plus intéressant, le court métrage de Sean Durkin, Mary Last Seen (2010 – 14′), est l’embryon de Martha Marcy May Marlene avec ses ellipses intrigantes, ses plans fixes bien composés et son climat vaporeux peu à peu trouble.


Le reste des suppléments de cette édition combo (blu-ray + DVD) FPE est constitué de featurettes promo sur le casting emmené par une excellente Elizabeth Olsen (Pleins feux sur Elizabeth Olsen, 3′), l’intrigue (L’histoire, 4′) et les coulisses du tournage (Le making of Martha Marcy May Marlene, 3′).


Un peu plus consistants, deux courts documentaires complètent la section bonus :  l’entretien avec les cinéastes où le réalisateur et ses deux producteurs évoquent leur rencontre à l’université,  la genèse du film et les mérites de leur actrice principale puis le mini-documentaire le fonctionnement psychologique d’une secte (5′) avec l’intervention de Rachel Bernstein, thérapeute et experte en secte.

Martha Marcy May Marlene
5
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