L’Odyssée de Pi

Réalisateur
Ang Lee
Acteurs
Adil Hussain, Irrfan Khan, et Suraj Sharma
Pays
USA
Genre
Aventure et Drame
Durée
125 min
Titre Original
Life of Pi
Notre score
6

Après une enfance passée à Pondichéry en Inde, Pi Patel, 17 ans, embarque avec sa famille pour le Canada où l’attend une nouvelle vie. Mais son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire du cargo en pleine mer. Il se retrouve seul survivant à bord d’un canot de sauvetage. Seul, ou presque… Richard Parker, splendide et féroce tigre du Bengale est aussi du voyage. L’instinct de survie des deux naufragés leur fera vivre une odyssée hors du commun au cours de laquelle Pi devra développer son ingéniosité et faire preuve d’un courage insoupçonné pour survivre à cette aventure incroyable.

 

 

Avis de Manuel Yvernault :
Exercice délicat. Les premières salves de critiques Outre-Atlantique (dithyrambiques) et françaises (blog, site, critiques…) ont salué de manière unanime la force et la réussite du nouveau film de Ang Lee. Exercice difficile donc d’émettre un avis plus mitigé sans s’adjoindre les foudres de la majorité. Or si le film est effectivement une merveille visuelle et de ressentis dans notre rapport à l’art mais aussi personnel, on peut néanmoins émettre un avis plus partagé sur le sens propre du film, moins sur le sens figuré, époustouflant.

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Lors d’une exposition intéressante, des résonances de réalisation hexagonale se font ressentir, on repense très vite à J.P Jeunet qui devait réaliser le film mais le projet n’a pu aboutir pour raison budgétaire. Entre référence/inspiration et copie, on ne sait plus trop.
On ne peut remettre en cause le talent d’Ang Lee dans sa tentative de mettre en scène ce conte spirituel sur la croyance et la foi (en soi, en une religion). Le film est sublime, certaines séquences sont grandioses, d’une beauté hyptnotisante et une 3D immersive comme trop rarement utilisée. Ajoutons à cela la photo de Claudio Miranda (L’Etrange histoire de Benjamin Button) qui réussit à nous transporter au-delà de la matérialité de l’écran.
Si l’aventure de Pi est un parcours au delà des forces physiques,  le film est également et surtout un parcours personnel sur les croyances, la foi et le pouvoir des mots, la force d’une narration, liée au pouvoir de l’image, dont le double regard du film nous renvoi directement au rapport que chacun porte au cinéma.
Très bouddhiste (trop ? on peut passer à côté de certains éléments importants pour les plus novices de cette religion), le film interroge constamment, et encore plus lors du dernier quart d’heure, sur notre rapport au divin, force intérieure, cette projection d’images qui donnent parfois un sens à la vie.

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Si la référence orientale du film renvoi directement à Sankara, le pendant occidental serait plus proche de Spinoza. C’est dire que l’âme même du film est parfaitement dirigée et appuyée.
Sans la remettre en question, Lee à l’intelligence de suggérer par une multitudes de propositions (formalisées par une question équivoque en toute fin de film) ; sans en imposer un sens unique au récit, ce qui procure une implication toute subjective pour chacun des spectateurs et un rapport direct que chacun peut avoir au cinéma. Intelligence d’une double lecture pour les spectateurs les plus touchés par cet art.

Or si le film est fascinant par la proposition d’Ang Lee, il souffre également, même de manière éparses, de quelques longueurs et de facilités narratives. Rien de gênant tant le propos reste fort mais cela tend à rendre ce conte un peu moins parfait qu’on ne pourrait le penser.
A cela s’ajoute la prestation du comédien principal, certes encensée, mais sur laquelle on se peut d’émettre de nombreuses réserves. Jeu parfois dans la surenchère quand il n’est pas tout simplement à côté de l’intention. Seuls les moments les plus extrêmes (de joies, de peurs…) semblent être la meilleure carte à jouer de Suraj Sharma.

L’Odyssée de Pi ne perd pas de son pouvoir intime et intrinsèque mais le terme de chef d’œuvre semble peut-être un peu galvaudé. Reste un conte métaphysique majestueux, d’une beauté saisissante autant formelle que réflective. En ça, difficile ne pas faire résonner le sublime Les bêtes du Sud Sauvage, sorti une semaine plus tôt, qui sur un même thème, le pendant divin en moins, parle de manière plus intense, avec une poésie toute prononcée, onirique et chimérique du pouvoir de l’imaginaire en chacun de nous. Ce regard porté à l’enfance, puis à l’Homme, dans les deux films, parle au final d’une même intention mais avec une forme totalement différente.  Le deuxième nous ayant fait plus vibrer d’intensité et de sensibilité.

L’Odyssée de Pi
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