Dark Shadows

Réalisateur
Acteurs
Pays
Genre
Comedie et Fantastique
Durée
112
Titre Original
Dark Shadows
Notre score
5

En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec leur jeune fils Barnabas, et commencer une nouvelle vie en Amérique. Mais même un océan ne parvient pas à les éloigner de la terrible malédiction qui s’est abattue sur leur famille. Vingt années passent et Barnabas a le monde à ses pieds, ou du moins la ville de Collinsport, dans le Maine. Riche et puissant, c’est un séducteur invétéré… jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur de briser le cœur d’Angelique Bouchard. C’est une sorcière, dans tous les sens du terme, qui lui jette un sort bien plus maléfique que la mort : celui d’être transformé en vampire et enterré vivant.
Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans un monde totalement transformé…



L’avis de Fabien


Après Alice au pays des merveilles (2010), sa décevante adaptation du classique de Lewis Carroll qui reste son plus gros succès personnel au box-office, Tim Burton revient en grande forme avec Dark Shadows, inspiré d’une série télévisée américaine diffusée de 1966 à 1971, avec un beau casting composé de Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Michelle Pfeiffer et Eva Green.

 

Le prologue, une dizaine de minutes menées tambour battant où est relatée la malédiction de Barnabas (Johnny Depp), changé en vampire en 1752 par une sorcière éconduite par le jeune homme, donne le ton : l’arsenal gothique (château grandiose, falaises vertigineuses, maudit enfermé vivant dans un cercueil), marque de fabrique du réalisateur de Batman, est déployé pour installer le récit sur les meilleures bases.


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Avec le retour aux affaires deux siècles plus tard de Barnabas le film vire vers  la comédie fantastique proche de Beetlejuice où l’humour nait du décalage situationnel, vivants et morts cohabitant pour le pire et le meilleur. En effet ce dandy au langage désuet et tenue de dandy se réveille en 1972 dans l’Amérique de McDo, des hippies et de Alice Cooper.

Dans les meilleurs films de son auteur (Edward aux mains d’argent, Big fish), le fantastique se déploie dans un cadre réel.  Le cousin éloigné Barnabas débarque ainsi deux cents ans après sa fin tragique dans la famille Collins en pleine crise et décide de reprendre l’entreprise familiale, jadis prospère, aujourd’hui à l’abandon à l’image de l’imposante demeure paternelle où vivent ses descendants sur les fondations d’une gloire passée.

Comme souvent chez Burton les vivants sont  névrosés ou amers (enfant tourmenté par la mort de sa mère, psy alcoolique, père égoïste) par opposition aux morts plus dynamiques (les immortels Barnabas et Angélique sont volontaires et passionnés). A ce sujet les scènes mettant face-à-face l’immortel Barnabas (nouvelle brillante collaboration entre Burton et Depp) et la volcanique Angélique (Eva Green, une évidence en sorcière sexy) sont parmi les plus réussies; leur réunion à l’écran est explosive.

Enlevé, drôle et attachant (une famille bancale de freaks apprend à vivre ensemble), Dark shadows est une grande réussite de son réalisateur que l’on retrouvera en octobre avec la version longue en animation image par image de son court-métrage tourné en 1984, Frankenweenie.

 

 

 

Avis de Manuel Yvernault :

 

Cela fait une petite dizaine d’années que nous avons perdu Tim Burton, on se doute bien que lorsque l’on parle d’un réalisateur à la reconnaissance si prononcée, seuls les plus objectifs (ceux de la première heure ?) auront l’objectivité et la franchise de l’admettre. Il n’a pas disparu, mais a emprunté différentes directions, toujours dans son univers mais bien moins « animées » que ses délicieux premiers vices.

Dark Shadows pouvait apparaître comme un acte salutaire, il le sera en demi-mesure. Pourtant le film recèle en de nombreux moments, un plaisir, qui à défaut d’un vrai retour aux sources, s’avère  distrayant.


Il est bien difficile de mixer horreur et comédie, chose délicate en soit, surtout quand le deuxième degré est employé de façon récurrente tout au long du film. Flirtant clairement sur un univers proche de Roger Corman en voulant adapter la série Dark Shadows, Tim Burton prend soin en premier lieu de soigner graphiquement son œuvre. A ce titre, la beauté et les détails graphique de l’ensemble sont très séduisants, ça sent le carton pâte et l’on adore ça. Le tout illuminé de la photo de Brunon Delbonnel, très goth-pop 70 (ça existe ?…), qui depuis Harry Potter flirt avec le bel Hollywood (il sera le chef op. du prochain film des frères Cohen). Là, le pari est réussit. La mise en scène aussi, on ne change pas les habitudes d’un réalisateur talentueux. Son sens du cadre et du mouvement, associés à la scénographie sert autant ses personnages (et leurs tics) que son histoire.


Pour le fond, c’est en demi-teinte que l’ensemble se délivre. Tout n’est pas maîtrisé et part parfois vers une facilité d’humour à grosses ficelles alors qu’on connaît le talent du réalisateur dans un verset plus acide sur ce plan. Mettons ça, pour sa défense, sur le fait d’un cinéma référent. On n’échappera pas cependant à certaines longueurs de dialogues mais là où dans ses précédents films Tim Burton se perdait, il réussit ici à garder un certain rythme soigné, avec des personnages presque attrayants.


A ce titre, Johnny Depp nous amuse de moins en moins, toujours très bon mais versant dans une facilité prononcée de tics visuels et mimiques trop usitées. Qui plus est ici, où il se fait presque voler le rôle principal par Eva Green, géniale en vamp gothico pop, parfaite de jeu et de folie transfigurée. Le reste du casting par son côté unitaire est également une réussite.


Dark Shadows est donc tout cela, ni la totale réussite d’un retour en force sur un sujet pourtant propre à son auteur, l’horreur et la comédie. Certaines longueurs et défauts viennent parsemer le film mais n’effacent jamais de nombreux bons moments. Il est bien difficile d’être totalement objectif lorsqu’il s’agit de Tim Burton et on en vient à ne pas faire la fine bouche quand son film nous emmène sur des chemins qu’il avait depuis trop longtemps mis de côté. Loin d’être parfait, Dark Shadows n’en est pas moins un bon divertissement, pas forcément maîtrisé de bout en bout mais qui laisse assez de place à Tim Burton pour s’exprimer un peu plus librement que dans ses précédentes œuvres. Un humour parfois facile mais bienvenu est sans doute la marque la plus importante d’un retour de l’auteur. On appréciera donc sa dernière sortie comme la possible relance d’une machine qui tournait trop à vide ces derniers temps.

Dark Shadows
5
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