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Posted 4 octobre 2013 by zast in Interview
 
 

Interview du réalisateur Jean-Baptiste Andrea à propos du film la Confrérie des Larmes



Le célèbre réalisateur Jean-Baptiste Andrea nous a fait l’honneur d’inaugurer cette nouvelle version de Cinealliance.fr en nous accordant une interview à propos de son film la Confrérie des Larmes (The Brotherhood of Tears) qui est en tournage. Au niveau du casting du film, il y a Jérémie Renier, Audrey Fleurot , Bouli Lanners, Mélusine Mayance, Fabrice Michel et Bruno Ricci.

En effet le co-réalisateur de Dead End (Ray Wise, Amber Smith, Alexandra Holden), réalisateur de Big Nothing (Simon Pegg, David Schwimmer, Alice Eve, Natascha McElhone) et co-scénariste du film Hellphone (Jean-Baptiste Maunier) réalisé par James Huth (Brice de Nice, Lucky Luke) a bien voulu répondre à nos questions et nous avons pu aussi nous rendre sur le tournage lors de sa venue au Luxembourg.

Une seconde interview est aussi disponible (elle a été faite après avoir vu le film) :

http://www.cinealliance.fr/18849-seconde-interview-du-realisateur-jean-baptiste-andrea-film-confrerie-larmes.html

 

La confrérie des larmes

 

Depuis Big Nothing et ta participation au scénario de Hellphone, nous avons moins entendu parler de toi… Peux tu nous expliquer sur quoi tu travaillais?

Jean-Baptiste Andrea : Tout simplement sur le scénario de la Confrérie des Larmes, qui a pris du temps, et sur le suivant, un film très différent. Cela me permet déjà de travailler sur le prochain!

– Pourrais tu nous expliquer comment t’es venu l’idée de la Confrérie des Larmes ?

Jean-Baptiste Andrea : Elle ne vient pas d’un événement précis, juste d’un gros travail de brainstorming avec mon coauteur, Gael Malry. Mais je cherchais quelque chose à faire en France et ça a guidé le projet. Je cherchais aussi quelque chose qui correspondait à mon univers mais qui soit en même temps grand public. Je voulais un thème qui soit international et français à la fois. Je sais, c’est vague, il faut voir le film pour comprendre 🙂

– Pour ta 3 ème réalisation tu es toujours aussi scénariste. Pourquoi ce choix ?

Jean-Baptiste Andrea : Parce que c’est la meilleure façon d’être libre et d’être sûr que tu fais quelque chose en lequel tu crois. Je serais ravi de réaliser un film que je n’ai pas écrit mais pour l’instant, ce qu’on m’a proposé ne me correspondait pas. Et puis, l’écriture, c’est quelque chose de viscéral chez moi, j’écris depuis que je suis gamin, je ne peux pas m’en empêcher. C’est aussi un atout car sur un tournage, il faut pouvoir réécrire en dernière minute, voire changer des choses pendant une prise. Si tu n’as aucun rapport à l’écriture, ça ne me paraît pas idéal…

– C’est ton premier film en Français… Quelles sont les différences entre un tournage ici et ceux dans les pays anglo-saxons ?

Jean-Baptiste Andrea : Rien de vraiment fondamental. Tout le monde parle un langage technique commun et faire un film en France ou en Angleterre ou aux US ne fait pas grande différence. Ou alors je suis tellement excité de tourner que je ne le remarque pas…

La confrérie des larmes

 

– C’est une coproduction entre plusieurs pays. Pourrais tu nous en dire plus ?

Jean-Baptiste Andrea : France, Luxembourg et Belgique, c’est un système de financement de films qui devient très courant en Europe. Cela devient difficile de financer un film dans un seul pays, sauf à faire de la grosse comédie.

– Y a t il eu des petites contraintes à tourner dans différents pays ?

Jean-Baptiste Andrea : C’est en général un défi pour les décors. Vas-tu trouver à l’étranger ce que tu as initialement écrit pour la France? J’ai décidé de ne faire aucun compromis et de ne prendre que des décors que je considérais comme parfaits pour le film, ce qui a donné quelques sueurs froides à mon équipe. J’ai choisi certains décors deux jours avant d’y tourner parce que je n’avais rien vu de satisfaisant avant. C’est un exercice d’équilibriste qui est assez flippant mais au final, seul compte ce qui est à l’écran. Les décors jouent une part importante, dans la Confrérie, et ça valait le coup de souffrir un peu pour trouver les bons. Sachant qu’une bonne partie du film est de toute façon tournée à Paris.

– Quel était le planning de tournage ?

Jean-Baptiste Andrea : Tournage très intense et court, un peu moins de sept semaines. Mais là encore je pense que ça a créé une énergie complètement unique.

– Tu as un excellent casting avec entre autre Jérémie Rénier et Audrey Fleurot. Comment as tu choisi les acteurs ?

Jean-Baptiste Andrea : Initialement, le rôle masculin principal était écrit pour un acteur de 50 ans environ. Puis j’ai vu Jérémie dans Cloclo et je l’ai trouvé totalement unique. Je le connaissais bien sûr d’autres films mais son engagement physique, son côté presque animal, m’a sidéré. Je suis sorti du ciné, j’ai appelé mes producteurs et je leur ai dit que je voulais rajeunir le rôle pour lui. Ils m’ont suivi, Jérémie et moi nous sommes rencontrés à Bruxelles. Cela a permis au film de devenir un vrai film d’action, avec des séquences physiques qu’un acteur plus âgé n’aurait pas pu assumer.

Audrey, je l’ai rencontrée à Marseille, elle avait tout pour être Claire, le personnage féminin principal: la séduction,  la force, l’humour. N’oublions pas Mélusine Mayance qui joue la fille de Gabriel, et qui est une véritable perle. Il y a fort à parier que dans dix ans, elle sera très, très demandée… Elle l’est déjà d’ailleurs. Plus généralement, ayant surtout travaillé à l’étranger, j’ai beaucoup de mal avec ce que j’appelle le « jeu français », que je trouve très théâtral. J’ai donc dès le début recherché des acteurs qui n’étaient pas de cette école. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il y a pas mal d’acteurs belges dans ce film, ce n’est pas par obligation! Et nos seconds rôles français, des gens comme Fabrice Michel ou Bruno Ricci, sont des acteurs superbes.




– Quelles ont été vos relations durant le tournage ?

Jean-Baptiste Andrea : Jérémie étant de toutes les scènes du film, ça passait ou ça cassait. Je sais d’expérience qu’au début d’un tournage, c’est en général idyllique (et encore, pas pour tout le monde) mais qu’après un mois sans sommeil, à bosser dans le froid 15 h par jour, la bonne volonté s’émousse. En l’occurrence, avec Jérémie, ça a été fantastique. Plus le film avançait plus on était soudés, plus on se soutenait. Je ne l’ai JAMAIS entendu se plaindre ou râler. Chaque fois qu’on s’arrêtait pour discuter de quelque chose ce n’était jamais pour un problème d’ego.  Et avec tous les autres acteurs, ça a été pareil. Je ne dis pas ça parce que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil dans le cinéma, ce n’est pas du tout le cas. Mais pas sur ce film, ça a été notre chance. Je crois que la passion et l’énergie e qu’on y a mis, ont naturellement sélectionné les participants à l’aventure. Ceux qui voulaient du confort ont vite vu que la Confrérie, ce ne serait pas pour eux.

– D’ailleurs avant que tu les rencontres, avaient ils vu tes 2 précédents films (Big Nothing et Dead End) ?

Jean-Baptiste Andrea : Ils ne me connaissait pas avant de me rencontrer, non. Bouli Lanners a regardé mes films avant d’accepter le rôle et m’a appelé pour me dire qu’il les avait adorés, ce qui venant de quelqu’un de son calibre, m’a fait chaud au coeur.

La confrérie des larmes

 

– J’ai trouvé Jérémie méconnaissable (dans le bon sens). Pourrais tu nous parler de son rôle et de celui de Audrey ?

Jean-Baptiste Andrea : L’idée était justement de montrer Jérémie sous un jour un peu différent. Nous avons beaucoup travaillé sur son look . On connaît Jérémie comme acteur de films d’auteur, ou plus récemment de blockbusters avec Cloclo, mais pas forcément comme héros de film d’action. Or Jérémie est un acteur ultra-physique. Il s’est préparé trois mois pour ce rôle, il faisait trois heures de sport par jour. Il est aussi à l’âge de la maturité physique, il irradie une force incroyable dans la Confrérie. Son rôle est celui d’un ancien flic qui gagne sa vie à coup de combines et de magouilles diverses, sa seule raison de vivre étant sa fille Juliette. C’est un héros noir, qui malgré ses fêlures dégage une rage et une force irrépressibles. Audrey joue un médecin devenu policier, qui admire l’ancien Gabriel et veut le convaincre de reprendre le droit chemin. Le challenge était de trouver une belle femme qui ne fasse pas potiche et soit crédible avec un tel passé.

– Es tu selon toi très directif ?

Jean-Baptiste Andrea : Je ne pense pas mais évidemment, ce n’est pas à moi qu’il faut le demander. Je sais ce que je veux mais j’aime écouter les autres, échanger des idées quant aux moyens de le réaliser. Je pense être assez directif pendant la préparation sur tout ce qui est décor, costumes, etc… mais c’est pour me donner la liberté de ne pas l’être – directif – au moment du tournage. Je veux créer un cadre ou les acteurs peuvent jouer avec le maximum de liberté.

– J’ai trouvé l’ambiance de tournage très professionnelle et très sérieuse. Pourrais tu nous parler de l’équipe technique ?

Jean-Baptiste Andrea : Super équipe, là encore la meilleure que j’ai eue.  La pression sur l’équipe a été intense, à cause du temps de tournage, il fallait bosser parfois deux fois plus que normal et jamais deux fois moins bien. Au contraire, il fallait faire deux fois mieux! Ma grande hantise c’était de ne pas trop dépasser en fin de journée, parce que l’équipe donnait tellement que je voulais au maximum les lâcher à l’heure. Mais jamais eux ne me l’ont demandé, tous les chefs de poste m’ont même toujours dit « si on a besoin d’un plan on le fera, on se fout de l’heure ». Et ça c’est assez rare sur un plateau. Je leur suis très reconnaissant et j’espère rebosser avec les mêmes.

– J’ai pu observer une certaine osmose entre Jean-Pierre Sauvaire et toi.  Pourrais tu nous en parler ?

Jean-Baptiste Andrea : Je connais Jean-Pierre (mon chef-op) depuis un peu plus de 15 ans. Je l’avais contacté avant même Dead End pour faire un truc qui n’a jamais vu le jour. On est resté amis, on s’est juré de faire un film ensemble quand je reviendrais en France, et voilà. Jean-Pierre me challenge en permanence et je fais de même avec lui. Sur ce film, on s’est autorisé une approche très libre. Plutôt que de tout prédécouper comme je l’avais fait avant, on arrivait sur le décor avec une idée de ce qu’on voulait faire, puis on laissait les acteurs s’approprier le lieu et on s’adaptait. Sur ce film, j’ai voulu que la caméra serve les acteurs et pas le contraire.

 

La confrérie des larmes

– Aurais tu des anecdotes à nous dire du tournage ?

Jean-Baptiste Andrea : Hmm, à part la fois où j’ai été appelé pour convaincre la police de ne pas nous expulser d’un hôtel de Bruges pendant une de nos rares soirées de décompression, rien de particulier.  🙂

– Il reste encore quelques jours de tournage. Que vous reste il à tourner ?

Jean-Baptiste Andrea : Deux jours à Istanbul. On voyage beaucoup dans ce film!

– As tu déjà une idée d’une date de sortie pour le film ?

Jean-Baptiste Andrea : A priori automne 2013.

Je remercie Jean-Baptiste Andrea pour cette interview à propos du film la Confrérie des Larmes et pour m’avoir reçu pendant le tournage.

Une seconde interview est aussi disponible (elle a été faite après avoir vu le film) :

http://www.cinealliance.fr/18849-seconde-interview-du-realisateur-jean-baptiste-andrea-film-confrerie-larmes.html

Interview réalisée par Stéphane Humbert

Copyright © Photos par Stéphane Humbert


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