Midsommar : test blu-ray

Réalisateur
Ari Aster
Acteurs
Jack Reynor et Will Poulter
Pays
USA
Genre
Drame, Horreur, et Survival
Durée
140 minutes
Titre Original
Notre score
10

Synopsis : Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé. Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.

L’avis de Quentin (version cinéma) :

Le cinéma d’horreur connaît depuis quelques années, l’arrivée de réalisateurs prodiges, invitant le genre à se réinventer, se surpasser. De la sorte, nous avons eu la joie de découvrir Jordan Peele (Get Out, Us) ou encore Robert Eggers (The Witch, The Lighthouse). Les deux cinéastes ont réussi à transformer leur premier essai et s’imposent désormais comme des incontournables du genre. Néanmoins, après la découverte d’Ari Aster l’an dernier et son radical Hérédité, porté par Toni Colette. Il s’agissait alors d’attendre le nouveau film du cinéaste pour confirmer l’essai, et ouvrir les portes des jeunes prodiges du cinéma au jeune réalisateur américain.  Que vaut alors ce mystérieux Midsommar ?

Le Midsommar est la célébration du solstice d’été, en Suède, cette fête est une des plus populaires. Il y a de nombreuses célébrations, rendant hommage à la nature. Les suédois se retrouvent pour partager un repas, danser, chanter, boire et profiter de la plus longue journée de l’année. Certaines parties de la Suède vivent ainsi des jours d’ensoleillement complets. C’est dans le cadre de cette célébration qu’Ari Aster pose sa caméra. Il décide de nous faire découvrir à travers le regard d’un groupe de jeunes américains les célébrations du Midsommar au coeur d’une communauté ritualiste et traditionaliste. Son manège de terreur va se construire au rythme des célébrations, à la vitesse des confrontations et divergences culturelles.

Pour parler du nouveau film d’Ari Aster, il faut tout d’abord se concentrer sur son cadre spatial. Le cinéaste parvient dès les premières secondes du film à piéger les personnages, à nous piéger, en les faisant pénétrer dans une immense prairie, semblant somme toute facile d’accès où cependant la sortie semble avoir disparu, à la manière d’un mirage. La plaine paraissant, au fur et à mesure du développement du film, être le seul endroit existant sur terre, un enfer aux allures de paradis perdu bercé dans un halo de lumière.

Cette lumière omniprésente joue également un rôle fascinant dans le développement du film. Elle nous porte et donne un sentiment, une couleur unique, nouvelle à l’impensable. Cette image d’une luminosité immaculée ne cesse de nous jouer des tours à la façon d’illusions hallucinatoires. On ne veut pas accepter ce qui nous est donné à voir. On tente de comprendre les atrocités se déroulant dans le village en tentant de se convaincre de manière constante, qu’il s’agit d’une organisation culturelle différente à la notre.

Le film prend le spectateur à contre-pied le faisant entrer dans une dimension schizophrène le divisant entre la terreur et la beauté. Les mécanismes du film se dévoilent de manière sporadique jusqu’à ce que nous nous retrouvions devant l’insoutenable vérité. L’oeuvre du cinéaste américain fonctionne à la manière d’un trip hallucinatoire avec ses moments d’émerveillement, ses angoisses en cas de « bad trip » mais surtout un difficile retour et acceptation de la réalité. Le cinéaste mène son film selon une politique de cycle, tout comme avec la nature et les saisons. Il joue sur des cycles constitués de quatre parties. A travers le personnage principal il va instiguer le deuil sociétal, communautariste, qu’il va mettre en parallèle avec les différentes étapes du deuil amoureux. De la sorte on verra cette jeune femme sombrer, totalement dévasté, puis viendra le temps de l’intériorisation, de la rage et enfin du retour en la confiance en soi.

Le réalisateur joue également sur l’appréciation d’une société individualiste, ne pensant qu’à l’intérêt personnel dont l’héroïne se trouve victime dès les premières secondes du film. Face à cette perception du monde, on nous donne alors à voir cette communauté, n’hésitant pas à se sacrifier les uns pour les autres, afin d’honorer le sacré, la nature, et permettre à leurs semblables de vivre dans la joie et l’abondance.

Le rythme du film en fait également une oeuvre singulière. Le réalisateur n’essaie pas de nous compter une histoire mais bien plutôt de nous faire pénétrer au sein d’une communauté ainsi que de ses modalités de fonctionnement. On se prend très rapidement à la volonté de tout connaître, tout savoir sur le quotidien de ces personnes ainsi que leur manière de fêter le solstice d’été. On nous annonce dès l’arrivée sur les lieux de la durée des célébrations. Ces dernières prendront place sur plusieurs jours. Cette annonce ne cesse de nous intriguer tout au long du film. On se demande constamment ce que nous allons découvrir chaque jour et surtout quel en sera son grand final.

Ari Aster joue sur les préceptes des cultures nordiques et leur volonté de célébration constante de la nature. On y ressent l’importance et le rôle de chacun pour vivre en harmonie avec cette dernière. Cette communauté, vivant en accord avec les éléments ne cesse de donner à cette étendue sauvage qui lui permet de vivre. De la sorte, le rapport d’échange entre l’être humain et la nature est saisissant tant il paraît évident une fois le film terminé. On se retrouve alors à sillonner entre de grands immeubles à la sortie de la salle et nous repensons à Midsommar, remettant en cause nos civilisations, à la recherche d’une nature maternelle.

De plus, Ari Aster s’est entouré d’une équipe extraordinaire qu’il en soit de son casting ou bien de sa bande originale. Tout d’abord, il s’agira de saluer la performance de Florence Pugh qui saura nous faire passer à travers un grand panel émotionnel allant des rires aux larmes tout en donnant au film une lecture nerveuse et anxiogène. Le jeu de l’actrice est également souligné par sa composition instrumentale pensée par Bobby Krlic, compositeur presque vierge en matière cinématographique. Il parvient avec de nombreuses nappes de musiques ambiantes à instaurer un malaise, un vertige nous rongeant de manière progressive tout au long du film. Une grande réussite.

Midsommar est ce film ritualiste prodige que l’on n’attendait plus. Un cauchemar lumineux dont on ne ressort pas indemne, nous offrant la vision d’un réalisateur singulier que l’on ne peut qu’admirer. Nous sommes tels des enfants voulant regarder le soleil, innocents et troublés par une perception du monde aveuglante qui nous dépasse.

Technique

Superbes, les images d’une grande clarté mettent en valeur les décors naturels et les visages de la troupe d’acteurs emmenée par l’excellente Florence Pugh. Les deux pistes audios proposent des mixages très réussis avec des basses puissantes et une musique hypnotique signée The Haxan Cloak. VO (DTS-HD MA 5.1) uniquement sur la version longue.

Bonus

Cette édition blu-ray Metropolitan propose comme bonus de choix, sur un disque à part, le director’s cut avec 23 minutes supplémentaires pour développer la relation entre les amis notamment le couple Dani/Christian et les coutumes de la communauté Harga. Pour des question de gestion du rythme la version cinéma est, pour nous, à préférer à la director’s cut, une version longue intéressante mais pas supérieure au montage cinéma approuvé par le réalisateur qui a déclaré à la presse que « le director’s cut est la version complète du long-métrage, même si celle sortie en premier est sans doute plus rythmée ».

Autres suppléments ajoutés au disque avec la version cinéma : le montage en accéléré de la construction du village (33′) et un making-of classique mais synthétique (25′) avec génèse du projet, interview du casting, zoom sur le décor naturel en Hongrie près de Budapest, les costumes, la photo et la chorégraphie de la séquence de danse des villageoises. Ari Aster y déclare avoir écrit cette histoire envisagée comme « un conte de fées avant tout »pendant une séparation et utilisé « le cadre d’un film mêlant folklore et épouvante comme prétexte pour exorciser les démons qui me tourmentaient alors ».

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