Moscou Ne Croit Pas Aux Larmes : Test Blu-ray

Réalisateur
Vladimir Menchov
Acteurs
Irina Mouraviova, Raïssa Riazanova, et Vera Alentova
Pays
URSS
Genre
Drame
Date de Sortie
Salles : 1980 / Sortie DVD et Blu-Ray : 7 Juilllet 2020
Notre score
8

Potemkine est de retour en plein coeur du cinéma URSS estampillé Mosfilm, après les oeuvres de Tarkovski ou encore Requiem Pour Un Massacre, l’éditeur français propose de revenir sur un classique de la fin des années 70, récompensé par l’Oscar du meilleur film en langue  étrangère : Moscou Ne Croit Pas Aux Larmes. Le film réalisé par Vladimir Menchov est divisé en deux parties.

L’article se présentera dans la forme suivante :

I) La critique de Moscou Ne Croit Pas Aux Larmes

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

 

I) La critique de Moscou Ne Croit Pas Aux Larmes

Moscou ne Croit Pas Aux Larmes de Vladimir Menchov, est une fresque cinématographique historique soviétique. L’oeuvre divisée en 2 parties distinctes, court de l’après Seconde Guerre Mondiale, des années 50, jusqu’au coeur des années 70. Le cinéaste modèle son analyse, durant les 140 minutes du film, autour de l’organisation genrée de la société mais également sociale. Le parcours que dessine Moscou Ne Croit Pas Aux Larmes s’organise à travers le destin de trois jeunes femmes provinciales, venues étudiées et s’élever socialement sous le sein de la grande Moscou.

En prenant l’initiative de scinder le long-métrage selon trois regards de femmes, Menchov parvient à saisir un panorama sidérant du quotidien moscovite et plus globalement de l’existence en URSS.
Chaque femme de ce trio va tendre vers des horizons divergents permettant d’accéder à de nombreuses sphères et organisations du pays. Chacune à la recherche d’un mari, l’une se tournera vers une vie modeste d’agriculture en dehors de la ville, l’autre se concentrera vers la recherche de hauts fonctionnaires afin de pouvoir atteindre les plus hautes communautés sociales et enfin la protagoniste principale du film, enceinte d’un amour impossible, va se construire une vie de femme célibataire, gravissant les échelons par sa détermination et son travail.

Le film, produit par le seul organisme cinématographique du pays, la Mosfilm, donne à voir la direction et le façonnement que doivent prendre les citoyens.

Le long-métrage met tout d’abord en avant l’importance des femmes dans la société, et offre une vision égalitaire au coeur du pays entre genres. L’oeuvre organise son point de vue autour de femmes libres de leurs choix, ainsi que de leurs carrières. Bien que datant des années 70, le film surprend tant il parait en avance sur nos sociétés. Encore de nos jours, quarante ans après la sortie du film, peu de films peuvent se vanter d’avoir une analyse si libertaire du statut des femmes. De cette manière, l’URSS a réussi à créer un modèle théorique, mis en application dans le film de Menchov, d’un peuple d’humains et non plus d’hommes et de femmes d’un point de vue décisionnel.
Le réalisateur marque néanmoins les disparités à la fois culturelles et occupationnelles, entre hommes et femmes. A de nombreuses reprises le cinéaste, affiche la volonté des hommes de revendiquer une certaine supériorité sur leurs semblables féminines. Néanmoins, l’oeuvre organise ces destins rappelant constamment les risques d’une société inégalitaire, révélant les dérives d’un monde où une catégorie souhaite supplanter l’autre selon ses différences qu’elles soient sexuelles, sociales ou encore intellectuelles.

Le scénario sait avec merveille rattraper les personnages qui ne voudraient pas vivre selon les règles dictées par le pays. De l’homme abandonnant sa fille, à la femme mentant par cupidité dans un désir d’ascension sociale, Moscou Ne Coit Pas Aux Larmes réussit à imager cette nécessité de respecter les consignes étatiques, d’agir selon la loi afin de pouvoir vivre de façon harmonieuse ou bien réussir à s’élever économiquement ou intellectuelllement. Le travail qu’il soit à l’usine, au coeur des études universitaires ou bien dans la gestion d’une famille, sera toujours récompensé. C’est cette vision, emplie de communisme qui résonne de la première jusqu’à la dernière seconde de l’oeuvre, celle d’une nation méritante dans son union pour les camarades qui sauront aider leur pays.

Le statut de l’ouvrier prévaut et montre la capacité d’une nation à récompenser le travailleur, mettant en lumière , par moment, la méthode stakhanoviste.

Au-delà du monde ouvrier et de la réussite, le film pointe du doigt un alcoolisme mortifère de la gente masculine. Cette analyse d’une société d’hommes alcooliques soulève la problématique d’un ratio inégal entre hommes et femmes à travers le pays qui se vérifie encore de nos jours, où les hommes ont une espérance de vie avoisinant les 63 ans contre 75 ans pour la gente féminine. Cette approche de cinéma semble vouloir diriger le peuple et lui montrer les chemins vers la lumière celui du travail et du partage, tout comme les méandres obscures de l’alcool, de la violence et du mensonge.

Comme bien souvent dans le cinéma soviétique, l’amour du plan, du cadrage et de l’organisation spatiale de l’image relève de la minutie avec une mise en scène radieuse, bien que très statique au sens académique du terme. Sans pour autant délivrerdes prouesses en matière de mouvements de caméra, chaque séquence semble vouloir dépasser la précédente propulsant le film de Menchov dans une escalade tout autant dans son rendu visuel que dans son déroulement narratif. Le spectateur est attiré, piégé par le regard des ces personnages plein d’émotions qui paraissent dépasser la simple compréhension du monde tangible. Leurs yeux paraissent tels des portails vers des ailleurs nouveaux et un avenir toujours plus brillant et lumineux. Le désespoir ne prend jamais l’ascendance, donnant à voir un peuple combatif et loin des larmes du cinéma européen.

Menchov avec cette oeuvre en deux parties embrasse à bras ouverts une société qu’il aime et souhaite révéler au monde. La misère n’y est plus une finalité mais plutôt une possibilité de mieux remettre nos vies en perspective.

Moscou Ne Croit Pas Aux Larmes est une belle vision de cinéma qui réussit à cerner les moindres recoins d’une société sur plusieurs décennies. La caméra de Menchov est d’une habilité remarquable lorsqu’il s’agit de saisir  les émotions sur les visages de ces actrices et acteurs qui offrent toute sa majestuosité à l’oeuvre.
Un voyage au coeur de l’URSS comme le cinéma nous en a rarement donné à voir, fascinant, captivant, parfois même obsédant.

 

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image : 

L’oeuvre de Menchov a été restaurée en 2K par Mosfilm. La restauration offre une image propre, qui n’est pas écrasée par le grain la laissant respirer et offrant des couleurs ternes où cependant les colories les plus vives ressortent avec un effet merveilleux.
Sans jamais délivrer de prouesses techniques autour de l’image, la restauration a été faite avec conviction et talent. Les rares séquences où l’image fait « défaut » se situent autour du générique, faute certainement à un matériel d’origine dégradé.

Note image : 3,5/5

 

Son : 

L’édition de Potemkine propose deux pistes pour découvrir Moscou Ne Croit Pas Aux Larmes :

  • Une version originale 2.0 : La version originale russe est remarquable laissant percevoir les moindres nuances de tonalité de la langue. Elle réussit également à livrer de belles restitutions au niveau des atmosphère qu’il s’agisse de la ville, de l’usine, des dîners mondains ou encore de la campagne. Une belle réussite.
  • Une version française 5.1 : Concernant la version française 5.1, le défaut ne vient pas de la qualité des doublages qui sont particulièrement réussis mais plutôt du mix sonore final qui met les voix en retrait et oblige le spectateur à constamment tendre l’oreille pour profiter pleinement des dialogues.

Note Son : 4/5

Suppléments : 

Comme bien souvent, Potemkine est généreux dans ses suppléments et propose une véritable pluie de contenus avec d’une part l’analyse du film de Menchov par Françoise Navailh, puis un retour sur le film par l’équipe allant du réalisateur aux actrices en passant par le scénariste et le compositeur.

L’analyse de Françoise Navailh se découpe en trois temps :

  • Portrait de Vladimir Menchov (21’30 ») : Un entretien très intéressant autour d’un réalisateur encore trop méconnu,   et qui a pourtant toute sa place dans le coeur des cinéphiles. Françoise Navailh prend le temps de développer l’histoire de ce réalisateur qui a su trouver émerveillement à nos yeux avec Moscou Ne Croit Pas Aux Larmes. L’historienne du cinéma Russe replace la filmographie de Menchov au travers de l’histoire d’un pays en perpétuel évolution, transformation en fonction de ses dirigeants.
  • Les acteurs et le film  (15′) : Dans un premier temps, Françoise Navailh revient sur le choix des actrices. L’entretien aborde la carrière de chacune des actrices. Ony découvre une galerie de portraits de comédiennes qui ne peut qu’éveiller l’intérêt autour de leur carrière et de continuer à creuser le cinéma soviétique au travers de ces visages marquants.
    Dans un second temps, le supplément revient sur le film avec des analyses de séquences qui mettent à la fois en avant la mise en scène classique de Menchov mais également les repères historiques qui traversent l’oeuvre.
  • les femmes en URSS (16′) : L’historienne en cinéma russe et soviétique revient sur la place des femmes en URSS et leur statut dans les différentes structures étatiques.  L’entretien prend une forme parallèle entre les scènes du film et la réalité du pays. Françoise Navailh aborde avec une exactitude et un intérêt réel la transformation d’un pays par les femmes.

Potemkine avec cette trilogie d’entretiens avec Françoise Navailh offre une série de suppléments d’une finesse et d’une richesse fascinante. La voix et les références de cette historienne en cinéma soviétique ne sombrent jamais dans la démonstration, mais plutôt dans la déclaration d’amour à un film et un réalisateur incontournables.

 

Les interviews de l’équipe du film se divisent en six parties :

  • Interview de Vladimir Menchov, réalisateur (9′)
  • Interview de Valentin Tchernykh, scénariste (25′)
  • Interview de Sergueï Nikitine, compositeur de la musique (11′)
  • Interview de Vera Alentova, dans le rôle de Katerina (3′)
  • Interview de Irina Mouraviova, dans le rôle de Lioudmila (6′)
  • Intetrview de Raïssa Riazanova, dans le rôle d’Antonina (15′)

 

 

Moscou Ne Croit Pas Aux Larmes : Test Blu-ray
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