Beatrice Cenci – Liens d’amour et de sang : le test blu-ray

Réalisateur
Lucio Fulci
Acteurs
Adrienne Larussa, Georges Wilson, et Tomás Milián
Pays
Italie
Genre
Drame
Durée
99 min
Date de sortie
14/11/1969 (salle) - 07/04/2020 (blu-ray)
Notre score
7

L’époque de l’Inquisition. Francesco Cenci, un seigneur sanguinaire, terrorise son entourage. Beatrice, sa fille, tente d’échapper à son père. Se rendant compte des agissements de celle-ci, il décide de l’enfermer au donjon. La jeune femme commence alors un jeu de manipulations afin de se soustraire au joug de son bourreau. C’est compter sans la cruauté des hommes…

L’avis de Margaux

C’est entre deux de ses gialli, Perversion Story (1969) et Le Venin de la peur (1971) que Lucio Fulci se lance dans le drame historique. Malgré la singularité du projet Béatrice Cenci est une œuvre qui lui tenait tout particulièrement à cœur. Très personnel et bien loin de ses habitudes, le film garde tout de même cette « patte » si caractéristique.

Fulci s’attaque donc à une figure historique du XVIe siècle. Le film retrace l’histoire tragique de Beatrice Cenci également surnommée « La belle parricide ». Fille d’aristocrate romain, son destin bascule le jour où elle décide de commanditer le meurtre de Francesco Cenci, son père tyrannique. La nuit du 9 septembre 1598, il est drogué, tué et son corps est jeté du haut du château afin de simuler un accident. La justice papale découvre le complot familial et tous les Cenci sont exécutés froidement et ce, à la grande peine du peuple romain. L’histoire de cette jeune femme forte qui brava tous les interdits inspira grandement les artistes, que ce soit dans la peinture, la littérature (Stendhal y consacra l’une de ses Chroniques italiennes), le théâtre et bien évidemment, le cinéma.

Lucio Fulci y voit là une histoire lui permettant de mettre en image ses obsessions et ses réflexions. En effet le film est, en plus d’un retour sur le passé de son pays, une passerelle vers son présent, et la société italienne de l’époque. Le film met en exergue la cruauté du clergé et son pouvoir, on comprend petit à petit que le but de cette justice papale n’est autre que de récupérer les biens de la famille Cenci. Les personnages sont ainsi torturés à tour de rôle avant d’être exécutés sur la place publique. Cette cruauté est principalement représentée dans l’interminable séquence de torture d’Olimpo (incarné par Tomas Milian). Lucio Fulci met également en lumière la société patriarcale, avec la figure de Franseco Cenci, le père tyrannique. Il est en effet un personnage d’une extrême noirceur. Lors d’un banquet, il jubile à l’idée d’apprendre la mort de l’un de ses fils. Il passe son temps à persécuter sa femme et à maltraiter sa fille, allant même jusqu’à l’inceste. Béatrice ne va pas se laisser faire et va trouver ainsi le courage de se libérer de ses chaînes. Pas si angélique qu’elle n’y paraît, elle va se montrer finalement aussi cruelle et intransigeante que son père. Par le biais de quelques manipulations elle va arriver à ses fins et regarder froidement mourir son père d’une mort atroce.

Malgré un genre et un ton assez loin de ses habitudes, Lucio Fulci insère, dans sa mise en scène, tout ce qui fonde son cinéma. On ne peut évidemment pas évoquer Fulci sans parler de l’horreur. Les scènes de violences et de tortures sont très représentatives du cinéma de Fulci, avec une utilisation du gore froid et viscéral. Le corps meurtri d’Olimpo n’en est que le meilleur exemple : brûlure au fer rouge, écartèlement et sévices en tout genre… Le meurtre du père, à qui l’on plante un clou dans l’œil avant de le jeter dans le vide, est également emblématique. On connaît d’ailleurs l’attrait du cinéaste pour les yeux mutilés… Impossible d’oublier la séquence du morceau de bois dans l’œil de L’Enfer des Zombies (1979). Dans Beatrice Cenci, on retrouve également les gros plans caractéristiques sur les visages des personnages, accentuant ainsi leurs émotions et leurs souffrances. Concernant le montage, il peut être en effet un frein au démarrage, du moins dans la première partie. Le film est construit en flash-back, et tous s’enchaînent sans effet de transition ce qui peut effectivement dérouter le spectateur, mais ce montage surprenant s’avère finalement être un atout dans la narration. La reconstitution par morceaux fragmentés de l’histoire permet de découvrir petit à petit le personnage de Beatrice et de comprendre la vraie raison de ses actes. Le spectateur se retrouve ainsi dans la même position que le peuple, attristé par la mort de la jeune femme.

Le cinéaste s’empare d’un sujet historique pour en faire quelque chose de beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Beatrice Cenci se construit autour d’un personnage féminin fort par lequel Fulci parle de son monde et de la société dans laquelle il vit. Cette œuvre, certes atypique, dans la filmographie de Lucio Fulci mérite tout de même d’être vu, et c’est une chance de pouvoir le découvrir (ou le redécouvrir) dans cette superbe édition collector d’Artus Films.

Technique

Artus Films nous offre ici un véritable objet de collection, le design de l’édition Blu-ray/DVD est vraiment très beau. Le film est accompagné d’un livret de 64 pages très complet et passionnant sur l’histoire de Beatrice Cenci, et l’influence qu’elle a pu engendrer dans l’art. Il est dirigé, pour notre plus grande joie, par Lionel Grenier, le spécialiste français du réalisateur.

Le film (Master 2K restauré) est disponible dans sa version intégrale et dans son format d’origine. L’image est très belle et plutôt stable, ce qui donne à voir de beaux contrastes et surtout de beaux détails. Le son apparaît parfois un peu étouffé dans la version italienne, la version française quant à elle est un peu plus claire, et le doublage est très satisfaisant.

Bonus

Côté suppléments, « Moi, Béatrice » est une analyse assez passionnante de Lionel Grenier sur le film qui évoque tous les aspects du cinéma de Fulci. Dans « La famille et la torture », l’actrice Mavie Bardanzellu qui incarne Lucrezia, la belle mère de Beatrice, raconte ses premiers pas dans le septième art et ses souvenirs de tournage. « Don Giacomo » est un entretien avec l’acteur Antonio Casagrande où il évoque ainsi ses souvenirs du réalisateur. Enfin dans « Nue pour Lucio » c’est Adrienne LaRussa, Beatrice qui raconte ses anecdotes (pas toujours très joyeuses) du film et de sa collaboration avec Lucio Fulci. Pour finir, un diaporama d’affiches et de photos du film est également disponible.

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