Miss Oyu : Test Blu-ray

Réalisateur
Kenji Mizoguchi
Acteurs
Kinuyo Tanaka, Nobuko Otowa, et Yuji Hori
Pays
Japon
Genre
Drame
Durée
87 min
Titre Original
Notre score
8

Synopsis : Fin de l’ère Meiji. Lorsque Shinnosuke est présenté à Oshizu en vue d’un mariage, il est ébloui par sa soeur Oyu, plus âgée. Bien que celle-ci soit veuve, les conventions l’empêchent toutefois de se marier car elle reste liée à son défunt mari par l’enfant qu’ils ont eu ensemble. Le mariage entre les jeunes gens aura bien lieu, mais Oshizu décidera que c’est sa soeur Oyu qui profitera des faveurs de Shinnosuke…

Été 2019, l’éditeur français Capricci propose une rétrospective sans précédent autour du cinéaste japonais Kenji Mizoguchi avec la restauration et remasterisation de 8 films-clés. Le choix des films a été orienté autour des dernières œuvres du metteur en scène,  allant de 1951 à 1956, époque la plus intéressante du cinéaste à la fois d’un point de vue technique, avec l’usage habile des plans-séquences, mais également par une maîtrise virtuose de ses sujets, de ses récits. La rétrospective proposée contenait les films suivants :

  • Miss Oyu (1951) / version remasterisée 2K
  • Les Contes De La Lune Vague Après La Pluie (1953) / version restaurée 4K
  • Les Musiciens de Gion (1953) / version remasterisée 2K
  • L’Intendant Sansho (1954) / version restaurée 4K
  • Une Femme Dont On Parle ( 1954) / version remasterisée 2K
  • Les Amants Crucifiés (1954) / version restaurée 4K
  • L’Impératrice Yang Kwei-Fei (1955) / version remasterisée 2K
  • La Rue De La Honte (1956) / version restaurée 4K

Néanmoins, bien qu’alléchante, la possibilité de découvrir ces films à travers le territoire français fut d’une réelle complexité. La plupart des séances se concentraient autour de la capitale et de rares cinémathèques pour des séances quasi-uniques. Suite à un intérêt certain, du public hexagonal pour la (re)découverte de ces films capitaux, Capricci proposa alors quelques semaines après la diffusion de ces perles du cinéma nippon, la distribution de manière bien plus aisée au travers d’un somptueux coffret Blu-ray/ DVD.

C’est ainsi, que nous avons pu voir débarquer une très belle campagne de financement participatif pour le lancement du projet qui permettait d’une part de rendre possible l’édition d’un tel objet, mais également de se rendre compte de la demande d’une sphère cinéphile, languissante, de voir briller de nouveau le nom de Mizoguchi au côté de ses confrères nationaux que sont Akira Kurosawa et Yasujiro Ozu.

Chaque film est actuellement disponible dans sa version individuelle au format Blu-ray.

L’article autour de Miss Oyu s’articulera de la manière suivante :

I) La critique de Miss Oyu

II) Les caractéristiques techniques du Blu-ray

L’avis de Quentin :

I) La critique de Miss Oyu

Avec Miss Oyu, Mizoguchi, nous conte la tragique histoire d’un triangle amoureux sous l’ère Meiji entre un jeune homme, Shinnosuke, sa promise, Shizu, et la sœur de cette dernière, Oyu. A travers cette fresque de désirs et frustrations, le cinéaste japonais réussit à interpeller sur les problématiques inhérentes à l’amour, la famille ainsi que les coutumes nippones du début  du XX°s. L’oeuvre traite avec finesse de la condition des femmes comme entité possédée dans un premier temps par les parents puis suite au mariage par la belle famille.

Une question soulevée avec intelligence à travers le portrait de Miss Oyu, prisonnière de son fils et des parents de son époux décédé. Elle doit renoncer de manière totale à une quelconque vie amoureuse et sexuelle. Néanmoins, le principe même d’interdiction appelle les êtres à dépasser le concept, en créant une forme de tentation irrésistible. Le coup de foudre entre le prétendant de Shizu et Miss Oyu n’est en cela pas si anodin et creuse également la question de l’ascendance des aînés. L’interprète principale accompagne, ainsi, toujours sa sœur dans la rencontre des prétendants faisant de son avis une décision qui s’impose de manière irréductible dans le destin d’une jeunesse dans l’impossibilité de s’émanciper. De la sorte, en désignant le meilleur parti à épouser, Miss Oyu renseigne sa propre tentation désignant l’homme qui pourrait être son mari idéal. Un triangle relationnel se forme, où les moindres composantes de la structure restent conscientes de leur malheur, prisonnières de la condition sociétale et des mœurs d’un pays qui court au désarroi des générations futures.

Mizoguchi parvient à saisir une vérité dans les émotions, les ressentis de ses personnages grâce à une fine maîtrise du cadre et de l’organisation de l’espace dans le moindre de ses plans. Il joue, par le biais de ses plans séquences, sur l’agencement du décor pour atteindre les non-dits, et parfois même l’inconscient des acteurs. Il dresse de la sorte une oeuvre à double niveaux avec d’une part la gestuelle et les mots pour dialoguer et de l’autre la segmentation géométrique des plans comme personnage à part entière. Une manière de mêler les contraintes du cinéma muet avec la liberté du cinéma parlant qui va à ravir à ce film unique et essentiel dans la filmographie du maître japonais.

Miss Oyu est un film simple, adroit qui gagne en complexité dès lors que le spectateur entre dans une lecture à plusieurs niveaux dépassant le simple drame amoureux. Une histoire sur l’impossibilité des êtres à se trouver, où l’amour prend réellement de sa puissance, grandeur, une fois face à son impossible existence.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image :

La copie remasterisée en 2K de Miss Oyu affiche un très bon niveau de détails, ainsi qu’une très belle fluidité dans les mouvements des personnages. La gestion des contrastes est judicieuse bien qu’à quelques instants encore perfectible . Cependant, de nombreuses griffures, traces et marques sont présentes qui néanmoins ne gênent en aucun cas la merveilleuse (re)découverte de cette incontournable de Mizoguchi. Une copie HD convaincante.

Note image : 3/5

Son :

Le piste Mono proposée par Capricci laisse les voix en avant avec une belle clarté, bien que tirant parfois un peu trop sur les aigus. Les passages musicaux sont proprement retranscrits ne saturant pas et offrant une belle ambiance au film. Cependant on pourra noter l’existence d’un souffle et de quelques craquements ne venant pas pour autant dégrader l’expérience du film.

Note son : 3/5

Suppléments : 

Aucun supplément n’est proposé au cœur des éditions individuelles. Dans le cadre de la ressortie des huit films de Mizoguchi, Capricci a préféré inclure un somptueux livret de 128 pages avec le coffret du film regroupant une analyse du cinéma du réalisateur nippon par Gabriela Trujillo, plusieurs témoignages des proches de Mizoguchi et de très belles photographies.

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