Le Goût De La Cerise : Test Blu-Ray

Réalisateur
Abbas Kiarostami
Acteurs
Homayoun Ershadi
Pays
Iran
Genre
Drame
Durée
99 minutes
Date de sortie
1997 (salles)/ 07/07/2020 (Bu-ray)
Titre Original
Ta'm e guilass
Notre score
10

Après son travail autour de cinéastes tels que Andrei Tarkovski, Carl Theodor Dreyer ou encore Kieslowski, l’éditeur Potemkine décide de s’attaquer de nouveau à un réalisateur international incontournable avec la présentation en version restaurée des oeuvres d’Abbas Kiarostmi.
Ainsi, nous pourrons découvrir deux coffrets, ainsi que deux sorties Blu-ray de ses films les plus réputés. Il y aura tout d’abord dès le 7 juillet 2020, les sorties de Le Goût de La Cerise ainsi que Le Vent Nous Emportera suivi plus tard du coffret sur la trilogie Koker puis un coffret Kanoon qui reviendra avec 8 Blu-rays sur les premières réalisations du cinéaste iranien.

A travers cet article nous analyserons l’édition Blu-ray de Le Goût De La Cerise de la manière suivante :

I) La critique du film : Le Goût De La Cerise

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

I) La critique du film : Le Goût De La Cerise

Le Goût De La Cerise est l’oeuvre la plus célèbre du réalisateur iranien. Le film, qui a reçu la prestigieuse Palme D’Or en 1997, est une proposition hybride et ambitieuse mêlant la fiction au documentaire, jouant sur les frontières tranchantes entre philosophie, politique et sociologie.

La caméra de Kiarostami s’installe, de façon quasi continue, au coeur du véhicule de M. Badii, interprété par Homayoun Ershadi, à la recherche de mains pour l’aider à finalise son projet de suicide. L’entité que constitue la voiture est semblable à une forteresse. L’interprète principal, s’y sent plein d’assurance, philosophe, artiste des mots et des maux, se protège de la société. Le réalisateur parvient ainsi dans un premier temps à élaborer, restituer une fracture économique et sociale prenant place en Iran. La population plus aisée, ayant pu recevoir une éducation, et ayant su se détourner de la dictature en place, ne peuvent subsister, à la manière des poètes dont le poids des symboles et des réalités sont parfois trop lourds à supporter, pour survivre. Il ne leur reste plus que la fuite, et lorsque la fuite en devient impossible, la mort semble se pointer comme l’ultime décision à prendre.

M. Badii traverse villes et champs, part à la rencontre de toute la diversité de la population, révélant les affres d’une population divisée de par son histoire, de par ses générations. L’analyse des citoyens va le mener à constater le caractère homogène des idéologies et convictions au coeur de certaines tranches d’âges. Le concept de liberté, qu’elle soit d’action ou bien de pensée, semble difficile à considérer par la jeune génération qui voue leurs orientations professionnelles à des carrières militaires et religieuses. La répression, à force de successions de régimes autoritaires, a façonné les esprits et donne à cette jeunesse, une dictature aux goûts de liberté. Que cela soit la liberté de protéger et servir son peuple par les armes, ou bien la liberté de vouloir prier, orienter la pensée de la population vers la voix de Dieu, dictée en partie par les dirigeants politiques, la nouvelle génération ne semble pas développer d’esprit critique. Ce constat que fait Kiarostami, met en avant le caractère dévolu et apeuré du peuple envers ses dirigeants.

Malgré la misère ambiante dans les rues de Téhéran, parsemées d’hommes hantant les trottoirs à la recherche d’emploi, le respect de l’ordre paraît être le maître mot. Nous ne voyons que très rarement les militaires, en dehors de leur footing quotidien, poussant les civils à se rappeler la présence de la toute puissance étatique. A la manière d’un rapace, les corps de soldats, planent sur les foyers, n’ayant plus besoin d’agir pour se faire respecter.

De manière opposée, là où la jeunesse aurait du être porteuse de révolte, ce sont les plus âgés qui portent un message de sagesse et de liberté. De par cette mise en lumière de la génération ayant vécu durant le régime politique autoritaire du Shah, et ayant vu le pays sombrer de manière totale dans une dictature religieuse acerbe.
De la sorte, de manière implicite, mais néanmoins frappante, Abbas Kiarostami montre l’histoire d’un pays en constante chute dans les méandres de l’autoritarisme, où les pensées et leurs poètes se font rares, signant à l’éclipse de toute liberté. Néanmoins, la force des mots d’un unique poète, philosophe de surcroît, peut s’avérer la clé pour le retour des lumières de l’émancipation citoyenne.
En mêlant terres et paysages iraniens, au chaos des villes, le cinéaste dépasse également son analyse de l’historique politique et civil du pays, il va jusqu’à pointer l’histoire des terres, mémoires infinies. L’image de cet arbre solitaire et unique, sous lequel veut être enterré le personnage principal, au milieu des champs vallonnés et l’image de cette résistance éternelle des hommes face à l’oppression même lorsque celle-ci semble malingre. A tout résistant, l’espoir saura illuminer les chemins vers des jours meilleurs.

Abbas Kiarostami avec Le Goût De La Cerise, parvient avec une finesse et un talent rare à nous raconter son histoire, celle de son pays, mais également celle de toutes les nations face au monstre qu’est l’autoritarisme. Le cinéaste iranien signe un appel à l’espoir, à la liberté à travers des échanges philosophiques envoûtants. Cette Palme d’Or  résonnera à jamais dans l’histoire du cinéma et saura surgir de nouveau pour défendre la liberté de croyance, d’expression et d’acte.

 

II) Les caractéristiques technique de l’édition Blu-ray

Image : 

Potemkine, en partenariat avec MK2, offre une toute nouvelle restauration 4K au film de Kiarostami. Le Goût De La Cerise approche la perfection, tant dans son travail autour du piqué, révélant les moindres moues du visage des interprètes et révélant les moindres reliefs du paysage, que dans son approche de la colorimétrie apportant un délicat souffle au film qui semble tout jeune, dans cette configuration. N’ayez aucune hésitation, l’éditeur parisien a une nouvelle fois fait des merveilles !

Note image : 5/5

 

Son : 

Se parant d’une très réussie piste Farsi DTS HD-MA 2.0, le son du film vient se greffer de manière judicieuse à la sublime restauration 4K. Le dépaysement est immédiat entre bruits de la ville et vents des champs, les voix trouvent leurs places avec un paramétrage optimal il n’y a rien à redire.

Note son : 4,5/5

Suppléments : 

Cette nouvelle édition reprend deux bonus déjà présents sur l’édition DVD MK2 et apporte un nouveau documentaire conséquent d’une heure.

On pourra ainsi retrouver :

  • « Projet », le making-of du film :Un supplément de 44 minutes réalisé par le fils du cinéaste offre une vision plus large du contexte de tournage ainsi que des thématiques associées à l’oeuvre. Un document intéressant qui saura captiver ceux qui ont aimés se perdre entre champs et villes.
  • Le film vu par Jean-Michel Frodon : Un supplément de 24 minutes compilant les interventions  du directeur de de la rédaction des Cahiers Du Cinéma.

Et découvrir :

  • « Sohanak » : Conversation entre Abbas Kiarostami et son fils en voiture lors des repérages pour le film (59′) : Certainement le plus intéressant des contenus supplémentaires de cette édition. La conversation entre le cinéaste et son fils fait résonner une fois de plus toute la puissance du film dans les collines aux alentours de Téhéran. L’occasion de revoir et entendre une dernière fois le cinéaste-philosophe Abbas Kiarostami nous conter l’histoire de cette oeuvre éternelle qu’est Le Goût De La Cerise.

Note Suppléments : 4,5/5

Le Goût De La Cerise : Test Blu-Ray
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