Invisible Man : test blu-ray

Réalisateur
Leigh Whannell
Acteurs
Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, et Storm Reid
Pays
USA
Genre
Horreur et Thriller
Durée
125 minutes
Titre Original
Date de sortie
26 février 2020 et 26/02/2020 (salle) - 19/08/2020 (blu-ray)
Notre score
8

Synopsis : Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa soeur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente. Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort…

Après Insidious Chapitre 3 ainsi que le remarqué et remarquable Upgrade, Leigh Whannell revient derrière la caméra avec la réécriture d‘Invisible Man pour les studios Universal. Le partenaire horrifique de James Wan, réalisateur du premier Saw, déterre un incontournable du film de monstre en proposant une redéfinition du classique intemporel de James Whale, adaptation cinématographique de l’oeuvre littéraire d’H.G Wells. La version de 1933 s’intéressait à la découverte du don d’invisibilité par Jack Griffin brillant chercheur, ingénieur. On y découvrait un personnage cupide, intéressé, narquois, pervers et nombriliste sur fond de rencontre entre le cinéma fantastique et policier. Leigh Whannell, quant à lui, bien qu’attribuant le même titre à son film, ne traite pas de l’homme invisible en tant que personnage principal mais plutôt en tant qu’élément perturbateur, entité maléfique imperceptible.

Le troisième long-métrage du réalisateur australien met en scène le parcours névrosé et hystérique d’une jeune femme hantée, poursuivie par son mari présumé décédé. Entre histoire de fantômes et innovations technologiques, Leigh Whannell, après Upgrade, continue à explorer, les problématiques inhérentes à la cohabitation entre humains et technologies. Cette fois-ci, il n’est plus question de suprématie technologique sur l’être humain mais plutôt de la prolongation de la perversité des hommes par la technologie. De la sorte, le mari de l’héroïne, pervers narcissique monstrueux, élabore une spirale sadique pour isoler et détruire de manière totale sa « chère et tendre ».

En plein cœur d’une restructuration genrée du cinéma hollywoodien, Invisible Man fait partie de cette nouvelle génération de films mettant en avant un personnage féminin fort, sans tomber dans le piège du racolage médiatique. Nous sommes loin des œuvres montées de toute pièce par les studios pour répondre à une demande comme l’a été Ocean’s 8, pour ne nommer que celui-ci. Invisible Man s’inscrit dans une vision cinématographique moderne où la refonte de la notion égalitaire des sexes est dépassée. Leigh Whannell présente un cinéma où la représentation des femmes de manière égalitaire aux hommes n’est plus effort, mise en scène mais normalité et pour ce bond en avant, on peut lui dire merci.

Il conçoit la structure scénaristique du récit autour des violences conjugales et parvient avec une facilité déconcertante à mêler le film à message au cinéma fantastique, à l’action, au thriller ou encore à son territoire de prédilection l’horreur. Le film ne cesse de jongler avec les genres tout en dénonçant, en effrayant le spectateur. C’est en cela qu’excelle la mise en scène du cinéaste. Il prend les failles d’un monde bercé dans les technologies et joue avec leurs déviances. Le réalisateur australien a de la sorte parfaitement compris la nécessité d’ancrer le récit horrifique dans la réalité, au cœur d’un avenir possible ou bien même déjà existant, décuplant son aspect terrifiant.

Le long-métrage met en place un jeu pervers entre traque, illusion, cauchemar et violence. Le facteur d’invisibilité pousse le spectateur à la paranoïa doutant des moindres recoins du champ de la caméra tout comme du hors-champ. Whannell installe une zone d’inconfort continue du début à la fin du film apportant la détresse de l’interprète principale entre nos mains impuissantes, tremblantes face à la terreur de ce spectre voyeur, manipulateur et avant tout sadique.

Au delà, du travail de réécriture talentueux du mythe de H.G Wells, Invisible Man est une véritable performance d’actrice. Elle conforte et sacre Elisabeth Moss en tant que comédienne désormais incontournable. Après son passage remarqué et adulé dans la série The Handmaid’s Tale, ainsi que sa performance fiévreuse devant la caméra de Alex Ross Perry pour Her Smell, l’actrice américaine monte encore d’un cran dans sa carrière parvenant à s’ouvrir à un public plus large, tout en gardant sa radicalité, hystérie qui nous glace une fois de plus le sang de manière prodigieuse. Espérons seulement, à l’avenir, découvrir les autres facettes de cette actrice dont nous ne sommes pas près d’entendre finir de parler.

Cette nouvelle vision de l’Homme Invisible, sombrement intitulée Invisible Man tient toutes ses promesses et réconforte quant à la nouvelle direction d’Universal pour son écurie de monstre après les naufrages de Frankenstein et Dracula. Leigh Whannell apporte une nouvelle pierre à l’édifice de son cinéma sans concession et peut aisément devenir un nouveau maître de l’horreur au côté de Ari Aster et Jordan Peele, formant une nouvelle trinité de cinéastes horrifiques. Un seule crainte se fait sentir, celle de perdre notre désormais cher cinéaste au coeur du cinéma de monstres d’Universal.  Invisible Man a tout du classique horrifique intemporel, il ne reste donc plus qu’à laisser faire le temps.

Test blu ray

Technique

Les images superbes arborent un piqué acéré, en extérieur sous la pluie comme en intérieur en basse lumière et dans les gros plans sur l’excellente Elisabeth Moss. La piste VO Atmos est de très grande qualité avec de nombreux bruitages bien ventilés et un score efficace signé Benjamin Wallfisch; la VF non Atmos se révèle correcte.

Bonus

Ce disque blu-ray Universal propose tout d’abord 9 scènes inédites (13′) de très belle tenue développant les échanges entre Cécilia et James, la scène « Il y a quelqu’un sur la chaise » est à recommander absolument.

Puis suivent une poignée de petits modules sur le réalisateur et les acteurs :  Moss se révèle (4′), un zoom sur la remarquable performance d’Elisabeth Moss; Dans la peau de Leigh Whannell (11′), un journal de tournage avec le réalisateur sur le set à Sidney; Les joueurs (5′), une présentation des personnages par le casting; Terreur atemporelle (3′), le producteur Jason Blum et le réalisateur Leigh Whannell y parlent du défi de faire un nouveau film sur L’homme invisible, « ancré dans la réalité, avec une approche du point de vue technologique » et où l’important était avant tout d’être « du point de vue des victimes ».

Enfin vous trouverez dans ce très recommandable disque blu-ray d’Invisible Man un passionnant commentaire audio du réalisateur Leigh Whannell.

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