Le Vent Nous Emportera : Test Blu-Ray

Réalisateur
Abbas Kiarostami
Acteurs
Behzad Dorani
Pays
Iran
Genre
Drame poétique et Voyage initiatique
Date de sortie (cinéma)
1999
Date de sortie (Blu-Ray/DVD)
07/07/2020
Prix
Grand prix spécial du jury, Prix FIPRESCI et récompense CinemAvvenire à la Mostra de Venise
Notre score
10

Après son travail autour de cinéastes tels que Andrei Tarkovski, Carl Theodor Dreyer ou encore Kieslowski, l’éditeur Potemkine décide de s’attaquer de nouveau à un réalisateur international incontournable avec la présentation en version restaurée des oeuvres d’Abbas Kiarostmi.
Ainsi, nous pourrons découvrir deux coffrets, ainsi que deux sorties Blu-ray de ses films les plus réputés. Il y aura tout d’abord dès le 7 juillet 2020, les sorties de Le Goût de La Cerise ainsi que Le Vent Nous Emportera suivi plus tard du coffret sur la trilogie Koker puis un coffret Kanoon qui reviendra avec 8 Blu-rays sur les premières réalisations du cinéaste iranien.

A travers cet article nous analyserons l’édition Blu-ray de Le Vent Nous Emportera de la manière suivante :

I) La critique de Le Vent Nous Emportera

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

L’avis de Quentin : 

I) La critique de Le Vent Nous Emportera

Deux ans après la sortie de Le Goût De La Cerise, Abbas Kiarostami nous emmène de nouveau serpenter les routes sablonnées et terreuses, d’un onirisme envoûtant, de l’Iran rural. Les premières scènes du film sont parallèles à celle de sa Palme D’Or, nous retrouvons ce véhicule en quête d’individus, d’aides, donnant à voir les différents corps de métiers, s’enfonçant, à chaque plan,  un peu plus au coeur d’une nation et d’un peuple riche de savoirs et de traditions.
Cette fois-ci, loin de la jonction entre ville et campagne, Le Vent Nous Emportera, prend le parti d’embrasser les conversations philosophiques avec une brise poétique enivrante, nous portant  aux confins des terres oubliées, à la recherche d’une beauté perdue, celle de la nature libératrice, de la pensée libre.

Behzad, journaliste de Téhéran, accompagné par ses deux collègues, se rend dans un village reculé, de manière déguisée se faisant passé pour des techniciens, afin de tourner une investigation autour des rites et cérémonies funéraires, à la recherche de traditions perdues.
La mort d’une femme âgée du village sensée être imminente, n’arrive pas. La caméra de Kiarostami va alors suivre Behzad dans les dédales du village aux allures troglodytes à la rencontre de son peuple, et de leur mode de vie.

Dès les premières scènes du film, l’interprète principal demande à l’enfant de la famille qui les héberge de dissimuler leurs identités ainsi que le but de leur venue. Il lui demande de dire lorsqu’on le questionnera qu’ils sont ici pour trouver un trésor.
Alors qu’il pensait venir couvrir un reportage, somme toute banal dans sa carrière, Behzad va au fur et à mesure des jours et semaines d’attente découvrir, qu’un vrai trésor réside derrière la pauvreté et les traditions archaïques inhérentes aux individus du village, celui de l’harmonie entre l’homme et la nature. La caméra du cinéaste réussit à transformer la nature  à chaque plan, pour lui donner des apparences de paradis, où le temps semble être suspendu par le vent qui souffle sur les champs. Le présent en devient la seule valeur viable face à un passé ainsi qu’un futur qui ne semblent plus exister en tant qu’entité temporelle.

Le village est hermétique à l’influence de la capitale, il n’y a ni véhicule, ni téléphone. Il semble subsister de manière autosuffisante. Seul Behzad suffoque à l’idée de ne plus avoir de lien avec la grande et hyperactive Téhéran où tout n’est qu’attente des fruits du futur. Il prend alors l’apparence d’un être maniaque et hystérique ne cessant de parcourir le village, sous le regard hilare bien que toujours silencieux et bienveillant de la population locale. Il ne cherche pas à comprendre le fonctionnement de cette entité singulière qu’est cette communauté humaine reculée, il n’attend que l’après, il n’attend que la mort dans l’espoir de trouver une nouvelle raison, motivation future. Le récit d’errance que propose Abbas Kiarostami est d’une fascinante poésie.

L’interprète principal de l’oeuvre débarque plein d’a priori face au mode de vie  qui se dévoile face à lui. A son arrivée, il ne prend pas uniquement une position de témoin mais mais plutôt d’acteur et de juge, il reprend la manière de parler  syntaxique des plus jeunes et reste heurté d’être servi par une femme. Le film travaille de la sorte sur le sentiment d’humilité qui semble inexistant chez Behzad  à son arrivée face à la différence jusqu’à la clôture du film où ce personnage individualiste et carriériste, a façonné son être de manière à développer une personnalité bien plus humble au fur et à mesure de ses rencontres.

De manière inverse, à la découverte de l’Iran à travers le regard des hommes qui avait été posé dans Le Goût De La Cerise, Le Vent Nous Emportera délivre un regard fort et réel sur la figure de la femme, clé indispensable pour la survie du village. Les hommes passent leurs journées entre cafés, thés et marche avec les bêtes, imaginant avoir la main sur la direction du village, alors que les femmes ne cessent de travailler et de façonner l’avenir véritable du village de façon implicite, amenant à une micro-société matriarcale.
L’isolement du village lui permet de vivre au delà de l’asservissement politique autoritaire des grandes villes, mais aussi presque en dehors du regard de Dieu, comme si l’entrée au beau milieu de ces champs étaient déjà les portes du Paradis, loin de tout jugement.

Abbas Kiarostami porte un regard critique face aux nouvelles technologies et moyens de communication qu’il s’agisse du téléphone portable ou bien même de la voiture. Il met en lumière l’incapacité des êtres à savoir communiquer, à connaître ses proches. Une analyse qu’il croise avec l’incapacité des hommes « modernes » à savourer l’instant présent, toujours orienté vers les fruits du futur, ne profitant jamais de l’instant.
La caméra souligne le besoin d’un retour aux méthodes traditionnelles, insistant sur le fait que pour se comprendre, il faut comprendre ses origines. Le film travaille avec une finesse éblouissante sur l’oubli de l’histoire, des racines, des coutumes d’un peuple millénaire et ses ravages pour la civilisation moderne.

Le cinéaste  livre une réflexion sur le journalisme et la volonté de révéler, dans une optique purement économique et non plus intellectuelle, même à des fins néfastes, plutôt que de cacher et préserver les derniers espaces où la liberté peut encore subsister. Une vision d’une société voyeuriste qui veut par force montrer pour divertir sans prêter garde aux désastres culturels potentiels engendrés.

Le Vent Nous Emportera est une oeuvre délicieuse où Abbas Kiarostami a su insuffler une aura bienvaillante s’enfonçant dans l’histoire de son pays et de son peuple avec une attention humble et touchante, portée par le regard en constante métamorphose de Behzad Dorani. Un spectacle d’une subtile poésie qui enivre et porte le spectateur au rang de témoin, témoin du spectacle de la vie.

 

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image : 

Potemkine propose pour son édition Blu-Ray/ DVD une toute nouvelle restauration en 4K.
Accrochez-vous, sortez vos plus beaux mouchoirs en tissu car le master proposé est d’une délicatesse et d’un travail d’une finesse similaire à la poésie de l’oeuvre de Kiarostami. Qu’il s’agisse du niveau de piqué, de la définition, du contraste ou bien même du travail autour de la colorimétrie tout y a été pensé et réfléchi avec un amour cinéphile saisissant.
Si vous souhaitez découvrir ou bien même redécouvrir la beauté de cette oeuvre immense, alors Potemkine nous propose une condition optimale désormais incontournable.

Note Image : 5/5

Son : 

Le film est proposé avec une version Kurde DTSHD-MA 2.0mono qui se jouxte à merveille avec le travail proposé autour de l’image. La proposition autour du son se révèle à travers ses nuances laissant les hommes tout comme la nature s’exprimer avec un très bel équilibre qui exploite toujours la poésie inhérente à l’oeuvre.

Note Son : 4/5

Suppléments : 

Comme bien souvent Potemkine est un éditeur qui offre une qualité assez marquée à ses éditions en matière de suppléments qu’il s’agisse de l’objet même qu’est la jaquette du film jusqu’à ses suppléments toujours très pertinents.

Pour Le Vent Nous Emportera, Potemkine propose trois suppléments :

  • Le film vu par Agnès Devictor (24′) : Agnès Devictor, , revient avec un regard aimant et bienvaillant sur le film de Kiarostami. Elle analyse et décortique le rôle du personnage principal pour disserter autour de Le Vent Nous Emportera. Un supplément particulièrement bien documenté qui permettra de continuer notre voyage au coeur du village que le réalisateur iranien sillonne avec amour tout au long du film.
  • La leçon de cinéma d’Abbas Kiarostami (exclusivité Blu-ray, 52′) : Le réalisateur revient sur son oeuvre devant les images de Le Vent Nous Emportera qu’il rapporte directement à des anecdotes de tournage ou bien à des lectures sociétales et humaines de son film. Un supplément fondamental pour toute personne tombée sous le charme du film.
  • « A week with Kiarsotami » de Yuji Mohara : journal filmé du tournage (exclusivité Blu-ray, 90′) : A la manière d’un making-of, Yuji Mohara, suit Abbas Kiarostami au coeur du tournage, l’interrogeant sur ses méthodes de travail et ses choix en matière de mise en scène de la localisation spatial de l’histoire jusqu’au travail avec les acteurs. Le documentaire est organisé en sept jours, chacun détaillant un aspect distinct du film. Un document intéressant mais qui demande une véritable volonté de découvrir Abbas Kiarostami sur un tournage du fait de ses 90 minutes.

Note Suppléments : 5/5

 

Le Vent Nous Emportera : Test Blu-Ray
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