Réalisateur
Pablo Larraín
Acteurs
Gael García Bernal et Mariana Di Giròlamo
Pays
Chili
Genre
Danse, Drame, et Expérimental
Date de sortie (Cinéma)
15 avril 2020
Date de sortie (Blu-Ray/DVD)
19 janvier 2021
Notre score
8

Potemkine, éditeur français, dépasse depuis quelques années sa casquette d’éditeur et a su proposer en tant que distributeur, de nombreux films, pour les moins novateurs en matière de septième art. Qu’il en soit de Sortilège d’Ala Eddine Slim, Evolution de Lucile Hadzihalilovic, Salt And Fire de Werner Herzog, Les Rencontre D’Après Minuit de Yann Gonzalez ou encore Lux Aeterna de Gaspar Noé, l’équipe Potemkine a su montrer son flair en matière de films qui caressent la rétine.
Potemkine revient aujourd’hui pour proposer à la fois en distributeur mais aussi en tant qu’éditeur la nouvelle proposition de Pablo Larraìn, cinéaste chilien incontournable, avec : Ema.

Pablo Larrain après deux biopic remarqués et remarquables, Neruda et Jackie, revient derrière la caméra prenant le parti de s’éloigner de figures historiques emblématiques, pour s’approcher d’un personnage fictif à travers les traits d’Ema, danseuse contemporaine, interprétée par Mariana Di Girólamo.

La critique de l’édition Blu-Ray d’Ema s’organisera en deux temps :

I) La critique d’Ema

II) Les caractéristiques de l’édition Blu-Ray

L’avis de Quentin :

I) La critique d’Ema

Un feu de signalisation au rouge, s’enflamme, s’embrase au coeur d’une ville plongée dans l’obscurité, à l’arrêt, cité n’attendant que de retrouver sa flamme, pour célébrer la vie, ses peines, ses joies et ses coeurs. C’est sur cette image à la puissance poétique forte que s’ouvre le ballet expérimental et contemporain que nous propose Larraìn. Un rituel, un sabbat, pour faire renaître Santiago.
Avec le personnage d’Ema, le cinéaste prélève au coeur de la société chilienne, une figure ordinaire celle d’une citoyenne arpentant les rues et institutions de la capitale, pleine de ses passions, projets, sentiments, angoisses, questionnements.
Pablo Larrain, par le dessin de ce personnage fictif, mais pourtant bel et bien ancré dans notre réalité, vient nous prendre, par le regard, les gestes et nous tire vers une danse spontanée, incantatoire. Un rituel par le corps qui permet à cette héroïne à la fois singulière et universelle de nous faire pénétrer dans sa réalité, au rythme des sons, des pas, des chorégraphies, qu’elles soient pensées ou instinctives.
A travers les sens de son interprète principale, le cinéaste réussit à peindre à la fois un pays en pleine mutation, à la frontière des idéaux, et le portrait troublant, fascinant, d’une jeune femme usée par les ambiguïtés d’une société, bureaucratique, humainement agonisante, dans laquelle Ema se meut et se débat de toutes ses forces pour exister.

Le macrocosme que représente l’Etat Chilien à travers ses institutions, dans la proposition de Larraìn, ne cesse de se tordre dans sa structure, pour conserver sa dimension totale, parfois autoritaire, ne correspondant plus au visage de sa population. Une population représentée par une multitude de microcosmes aux croyances diverses, transparaissant à travers de nombreuses cellules de la famille à la troupe d’artistes.
Ces amoncellements socio-culturels crient, dansent, créent dans l’espoir d’invoquer la liberté et révéler une nation aux mille couleurs.
C’est dans cet étau entre effusions libertaires, rites contemporains, et politique d’Etat, gardienne d’un passé dictatorial, semblant pourtant tendre vers l’émancipation que Pablo Larraìn situe sa muse, Ema, comme porte-étendard d’un nouveau Chili, incandescent et libre.

Contrairement, à un cinéma où d’ordinaire le cinéaste semble tenir son personnage principal, en en faisant son pantin, il réussit, ici, à libérer sa parenté de créateur et abandonne Ema, au coeur de Santiago, balayée par les règles et les lois jusqu’à l’impasse, l’abîme, forçant sans cesse l’interprète à se réinventer, à réécrire son parcours de vie pour finalement se créer comme individu singulier, personnalité libre.
De vie de couple à statut de mère, jusqu’à célibataire sans enfants, les modes de vie et rôles de l’héroïne se font multiples et ce dans un court intervalle temporel, la propulsant dans un chaos, où le feu semble être son dernier catalyseur, défouloir incendiaire à travers lequel les ruines du passé semblent succomber.

C’est alors aux portes de l’exil social, dans ce brasier infini, que le sentiment de liberté inonde la pellicule. C’est lorsqu’Ema n’a plus d’attaches sur le réel, sur ses proches, dans sa solitude qu’elle peut finalement et fatalement : vivre.
Dans sa métamorphose, pleine de cendres, les doutes, mémoires enfouies, cicatrices s’ouvrent, s’envolent, et disparaissent en fumée pour dévoiler une identité nouvelle, indépendante, réelle tout simplement.

Ema prend alors son envol et se transforme en oeuvre sauvage, où l’expérimentation qu’elle soit sociale, artistique ou bien sexuelle transcende la proposition du cinéaste et tous les sentiments qui s’en dégagent. Par prolongement, les expérimentations de la protagoniste principale deviennent les expérimentations du réalisateur, le film envoûtant alors à la fois le créateur, et de manière juxtaposée, le spectateur, dans une aventure d’avant-garde.
En conjuguant danse contemporaine et cinéma, il s’ouvre pleinement à la création d’un art s’extirpant des codes, que cela soit ceux du sixième comme du septième art, une expérience physique qui dépasse de loin le spectre visuel avec une oeuvre que l’on peut définitivement qualifier de totale.

Le réalisateur compose une oeuvre surprenante qui dans son approche cinématographique parvient à saisir à un instant précis la totalité d’une société d’un point de vue humain à travers ses interrogations, hésitations, peurs, joies, bonheurs et espoirs, tout comme dans son foisonnement culturel, artistique, qui touche très rapidement à un ordre presque sacré, en dehors des pensées, dans le monde des sens,  des impulsions libertaires.
L’oeuvre que vient de nous proposer Pablo Larraìn, avec Ema, livre une vision incendiaire, visionnaire d’une population aux ambitions culturelles révolutionnaires. Une proposition qui nous laisse extatique et rêveur, une réussite à tous les niveaux.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray d’Ema

Image : 

Potemkine propose un travail incroyable, mettant en valeur la moindre nuance, le moindre contraste que la caméra de Larraìn a su saisir, retranscrivant ainsi le choc visuel du cinéaste chilien avec maestria. De son piqué ajusté, toujours très juste délivrant un niveau de détails surprenant jusqu’à sa colorimétrie finement travaillée jouant d’une minutie fascinante avec l’équilibre autour du contraste, la qualité proposée en matière d’images est exceptionnelle.
Dès le premier plan, l’image vient saisir et met en parallèle de manière très juste le caractère incandescent des nuits et la lumière éblouissante, perçante des jours.

Note Image : 5/5

 

Son : 

Deux pistes originales sous-titrées sont proposées :

  • DTS-HD MASTER 5.1 : La piste 5.1 est de loin la piste de référence tant elle saisit, embrasse la pièce en jouant de concert avec tous les canaux pour enlacer, porter et finalement nous faire glisser de notre lieu de vie aux nuits survoltées de Santiago.
    Irréprochable tout simplement.
  • DTS-HD MASTER STEREO :  La piste STEREO, bien que très bien ajustée souffre du comparatif avec sa grande soeur 5.1. Cependant ne vous méprenez pas, cette dernière a une configuration exemplaire qui permettra aux spectateurs non équipés d’Home Cinema de pleinement profiter du travail sonore effectué et se laisser happer par les envolées de Nicolas Jaar.

Note Son : 5/5

Suppléments : 

L’édition Blu-Ray d’Ema se veut assez pauvre en matière de contenu bonus sur le disque avec :

  • Le clip « Real » de E$tado Unido (feat. Stéphanie Janaiana).
  • La chanson « Destino » de E$tado Unido.
  • La bande-annonce du film.

Cependant, Potemkine, soignant toujours ses éditions, a eu la très belle idée d’ajouter un livret de 36 pages, très soigné, glissé à l’intérieur du boîtier,  reprenant deux interviews :

  • Une interview de Pablo Larraìn par Jean-Christophe Ferrari (Transfuge) :

Pablo Larraìn, à travers les questions du journaliste, revient de manière très détaillée sur son travail d’écriture, la création du personnage d’Ema, ses inspirations, ses partis pris techniques, sa collaboration avec l’équipe du film et plus largement sa propre lecture de l’oeuvre donnant à voir, comprendre la société qu’il filme tout comme ses personnages.
Un supplément d’une richesse extraordinaire, qui poussera une grande partie des lecteurs à se replonger au coeur d’Ema.

  • Une interview de Mariana Di Giròlamo par Cédric Lépine (Mediapart) :

L’actrice principale revient sur sa relation à la danse, son entraînement pour aborder ce champ artistique de manière professionnelle, sa place au coeur de l’équipe mais également son appréciation des thématiques abordées par le cinéaste allant de la vision du Chili actuel à la psychologie du personnage d’Ema.

Note Suppléments : 3/5

 

 

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Ema : Test Blu-Ray
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