Réalisateur
Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho
Acteurs
Barbara Colen et Udo Kier
Pays
Brésil
Genre
Action, Drame, et Fantastique
Durée
130 minutes
Titre Original
Notre score
9

Synopsis : Dans un futur proche… Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.

Kleber Mendonça Filho, figure de proue du cinéma brésilien revient, accompagné de Juliano Dornelles, après Les Bruits De Recife et Aquarius, avec un film d’anticipation : Bacurau. Le film a reçu le Prix du Jury lors  du Festival de Cannes 2019.

Notre article s’organisera autour de deux points :

I) La critique de Bacurau

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD

Kleber Mendonça Filho a réussi en trois films et sept années à s’imposer comme un réalisateur majeur brésilien, si ce n’est le plus grand réalisateur du pays à l’heure actuelle. Après avoir découvert le talent du cinéaste dans un quartier de la classe moyenne de Recife perturbé par un organisme de sécurité privé, autoritaire avec Les Bruits De Recife puis en s’affirmant avec le stupéfiant Aquarius et son bras de fer entre un entrepreneur peu scrupuleux et une habitante bien décidée à garder sa demeure, le cinéaste a toujours mis en avant un combat qui lui tient à coeur celui d’un pays sombrant dans une démarche capitaliste dévastatrice préférant détruire, écraser et tuer la population plutôt que d’essayer de la considérer, dans le seul  but de s’affirmer, de régner, d’amplifier son pouvoir ainsi que son emprise.

Avec Bacurau, Mendonça Filho s’allie avec le chef décorateur Juliano Dornelles, pour poser sa caméra au beau milieu d’un conflit actuel qui détruit le Brésil de l’intérieur : la destruction de l’histoire culturel, d’un pays, d’un peuple, avec pour finalité le décuplement de la mondialisation à travers le système capitaliste. Tout comme Ciro Guerra, avec Les Oiseaux De Passage et L’Etreinte Du Serpent, nous parle de la fin des aborigènes d’Amazonie en appuyant sur leur importance dans la compréhension multidimensionnelle  des origines profondes de la nature et finalement de la nation, Kleber Mendonça Filho, disserte sur la nécessité des ancêtres, de la culture héritée, de la génétique d’un peuple et de la mémoire de la terre.

Le réalisateur brésilien est un représentant du peuple, si ce n’est, son ultime défenseur. Il présente le pouvoir actuel à la manière d’une puissance étatique financière ayant le contrôle total sur le droit de vie ou de mort de ses concitoyens. Bacurau explore de la sorte la capacité d’isolation puis d’effacement que la structure étatique peut mettre en place afin de faciliter ses projets. De la sorte, sur une échelle de valeur pécuniaire, l’humain ne peut plus se mesurer aux projets tendant à la mondialisation. On assiste au sacrifice des locaux pour satisfaire les entreprises et l’économie des pays environnants. Une mondialisation cauchemardesque nécessitant l’emploi de mercenaires étrangers pour tuer, piller et effacer la population, son histoire. Le recours aux mercenaires à un niveau interne indique le climat de guerre insufflé par les dirigeants pour diriger le pays, lorsque la démocratie vire à la dictature.

Mendonça Filho pointe du doigt la bête économique que l’humain a créé, le Léviathan, et l’impossible contrôle de cette dernière menant à une autodestruction programmée.

L’oeuvre se construit également autour du devoir de mémoire qu’il soit culturel, naturel ou encore bien charnel. Une confrontation entre culture et capitalisme se joue durant l’entièreté du film. Le microcosme du film renvoie au macrocosme national, ainsi qu’à la politique de Bolsonaro et l’arrêt de financement de la vie culturel du pays au profit de la déforestation, ainsi que de la destruction de l’oeuvre du temps, du travail du passé. Le village de Bacurau et son musée historique de la ville est le symbole d’une culture encore bouillonnante mais de plus en plus cachée, à la limite de l’underground. Il représente le dernier bastion du droit des peuples, du droit à la connaissance, du droit à l’éducation ainsi que du devoir d’échapper à l’oubli.

Le long-métrage est tourné à la manière d’un jeu d’échecs, de sa mise en place jusqu’aux manœuvres tactiques opposant les mercenaires au village. On pense énormément à la mise en scène de John Carpenter et sa représentation spatio-temporelle. La structure de films tels qu’Assaut Sur Le Central 13, Prince Des Ténèbres ou encore Fog se retrouve dans Bacurau comme influence principale. On retrouvera d’ailleurs dans la bande son un morceau du maître Carpenter.

Le film mêle ainsi plusieurs univers cinématographiques à mi-chemin entre le cinéma d’anticipation et le cinéma d’horreur en passant par le drame social, la science-fiction ainsi que la fiction politique. Un pari difficile tant il parait complexe de mêler ces nombreuses entités cinématographiques. Néanmoins le duo de cinéastes s’en sort à merveille réussissant à jouer avec les différents codes des différents genres avec une aisance remarquable. Bacurau devient en cela une véritable mosaïque radicale et explosive, dont le moindre de ses reliefs développe une idée, une analyse à la fois sur le cinéma et sur la politique nationale et internationale.

La bande originale du film au-delà des références à John Carpenter réussit à mêler culture musicale internationale des années 80 à la variété brésilienne, donnant une image sonore de l’atmosphère du pays, une vision auditive du film. De Gal Costa à Spandau Ballet en passant par Nelson Ferreira, il y en a absolument pour tout le monde.

Bacurau est ce petit chef d’oeuvre qui abat toutes les frontières entre les genres pour résonner depuis les entrailles du Brésil en pleine guerre contre le développement culturel, afin de nous montrer une facette cachée d’une nation en plein obscurcissement. Le cri d’alerte d’un peuple en proie à l’autoritarisme, qui ne peut plus attendre une aide extérieure, résolu désormais à se révolter, se battre pour crier leur droit à la liberté. Un film-révolte qui obsède tout autant qu’il fascine !

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD

Image :

Malgré l’absence de sortie Blu-ray pour un film de cette importance, Arte Editions nous propose une édition DVD d’exception en matière de traitement d’image. Le travail autour du piqué dévoile un nombre de détails fascinant, qui une fois couplé au travail sur la colorimétrie propulse cette édition DVD de Bacurau à la limite de la Haute Définition.

Note Image : 5/5

Son :

Tout comme pour le rendu visuel, le traitement sonore a été réalisé avec minutie offrant une piste 5.1 venant chercher le spectateur et le placer au cœur des tensions et affrontements mis en scène. Une vraie réussite une fois de plus.

Note son : 4/5

Suppléments :

Arte Editions pour clôturer son édition DVD de Bacurau propose deux suppléments :

  • Un entretien avec les réalisateurs par Olivier Père : Un entretien de 7 minutes touchant avec un duo de cinéastes porte parole du cinéma brésilien et futur figure mondial du septième art. Un supplément très intéressant qu’on aurait adoré voir durer plus longtemps.
  • Recife Frio, un court métrage de Kleber Mendonça Filho : Le cinéaste brésilien propose un court-métrage d’anticipation où, suite à l’atterrissage d’un astéroïde,  la ville de Recife perd son climat tropical pour un climat quasi nordique. Le soleil a laissé sa place aux nuages et pluies continues. La ville aux bikinis se transformant en cité aux pingouins. Le réalisateur couvre cette crise climatique en la racontant à travers les témoignages des locaux. Recife Frio est un sommet de second degrés où humour et drame social ne cessent de s’embrasser !
Bacurau : Test DVD
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