Au Hasard Balthazar : Test Blu-Ray

Réalisateur
Robert Bresson
Acteurs
Anne Wiazemsky
Pays
France
Genre
Drame
Durée
95 minutes
Titre Original
Notre score
10

Synopsis : Balthazar, âne impassible et candide, voyage de main en main. D’abord celles de Marie, douces et innocentes, puis celles des autres, celles qui frappent, qui trahissent. Le récit est celui d’une amitié profonde, brisée par la violence et les vices d’un monde corrompu.

L’avis de Quentin :

Après PickpocketL’Argent et Le Procès De Jeanne D’Arc, l’éditeur Potemkine revient et continue à étayer sa collection autour du cinéaste, pour le moins singulier, Robert Bresson. Alors que les deux premiers titres de la rétrospective paraissaient avec une restauration 2K, l’éditeur français propose pour ses deux nouvelles sorties, Mouchette et Au Hasard Balthazar, de suivre le même procédé que pour Le Procès De Jeanne D’Arc en nous offrant des restaurations 4K inédites.

Nous parcourrons de la sorte, dans ces lignes, l’édition Blu-ray de Au Hasard Balthazar en deux temps :

I) La critique de Au hasard Balthazar

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

I) La critique de Au Hasard Balthazar

Avec Au Hasard Balthazar, Robert Bresson livre une oeuvre singulière dans sa cinématographie en plaçant l’attention du spectateur autour de la vie de l’âne Balthazar. De par ses pérégrinations, l’animal va découvrir l’homme, ses faiblesses, ses amours, ses failles, sa violence. Le cinéaste français réussit par le biais de cette mule martyre à inviter la caméra dans le quotidien de plusieurs foyers allant de la petite frappe moqueuse à la jeune fille perdue en passant par les méandres crépusculaires de l’univers du cirque.

Le long-métrage tisse de nombreux parallèles tout au long du film, pour délivrer une oeuvre complexe, complète. Tout d’abord il oppose l’innocence de l’enfance à l’orgueil des adultes puis créé une interconnexion entre les destins tragiques de Marie et Balthazar.

Le film s’ouvre sur la séparation du jeune âne aux mamelles de sa mère, par l’homme et son désir de posséder. Bresson accompagne de la sorte l’enfance de Marie et Jacques avec celle de Balthazar. L’innocence à la fois humaine et sociétale de l’âge tendre, conduit à considérer l’âne avec une approche anthropomorphique. Il reçoit une « éducation » catholique, du baptême jusqu’à l’ingestion du sel de la sagesse. Lors de cette dernière cérémonie, Balthazar atteint un état d’omniscience, de regard surnaturel. Un savoir qui va le séparer de l’insouciance infantile, découvrant une réalité humaine sous l’architecture malmenée du divin telle une condamnation. A la fin de l’été, Marie et Jacques se séparent, le jeune garçon rentre à la capitale, la jeune fille reste à la campagne, Balthazar, lui, n’en devient que le souvenir d’un été dont la fin sonna le glas de l’espoir et le commencement d’un processus asthénique au dessein tragique.

De façon avant-gardiste, Robert Bresson traite de la condition animale et de son instrumentalisation. Il dresse le constat de l’animal-objet qui se cède, se vole, se vend, s’achète à la manière d’une marchandise. L’approche de l’âne Balthazar se fait au travers du prisme d’un esclavagisme normé. Dans son travail, le cinéaste nous donne à voir un parcours de vie marqué par des rapports de soumissions constants que cela soit face aux enfants, qui décident d’ôter la bête à sa mère, à la jeunesse, qui le méprise car symbole de pauvreté, ou encore aux adultes, qui en font une créature de foire, de travail, de sévices.

Comme souvent dans son cinéma, Bresson renvoie la création à son créateur, le modèle à l’artiste, l’humain au divin. L’homme qui se soumet à Dieu, ne cesse de vouloir dominer la nature qu’il s’agisse de sa faune ou de sa flore, blasphémant la création divine, s’offrant sa propre misère, son propre malheur au firmament des pêchés, l’orgueil en maître-mot.

Le cinéaste français traite, avec une approche novatrice pour les années 60, de la question de la conscience animale renvoyant l’homme à son statut de bête semblable à toutes les autres. De ce fait, Balthazar à chaque occasion de s’enfuir de la demeure de ses geôliers, se dirige vers la bâtisse abritant les souvenirs heureux de cet été rêvé aux côtés de Marie et Jacques. La capacité de ce dernier à se remémorer son passé, à l’analyser pour enfin orienter ses choix dévoile un animal disposant d’un sens de la réflexion « humaine ».

C’est justement dans son analyse de l’homme, que Robert Bresson révèle la réelle nature « animale » des êtres en la mettant en juxtaposition avec celle de l’âne Balthazar. Tout comme dans Journal D’un Curé De Campagne ou encore Mouchette, il porte un regard plein de colère et de pitié sur une société modelant les  hommes à des fins hostiles, individualistes dévoilant la réelle essence de l’âme humaine entre jalousie, violence, maltraitance, abandon, tricherie et roublardise.

Le réalisateur met en avant la fin de l’espoir en l’éducation, l’apprentissage.  L’humain ne s’élève plus, il préfère soumettre et moquer. De la sorte, on découvre avec Balthazar le monde du cirque, enfermant les animaux, ne leur donnant aucune gratitude, les faisant apparaître seulement pour les humilier et les maltraiter. Le père de Marie, quant à lui, professeur,  préfère tout arrêter pour l’agriculture. Dans son parcours d’homme honnête dans une construction sociale malhonnête, il va se tourner vers le travail de la terre, échange élévateur et gratifiant contrairement à la résultante de l’apprentissage scolaire.

Un constat à la fois  entre le conscient et l’inconscient des personnages est réalisé définissant ces derniers. Le pardon est offert à tout un chacun ouvrant les portes d’une innocence sociale qu’il s’agisse de celle du voleur, du menteur, du violeur ou encore même de l’assassin. De cette ignorance volontaire, les êtres sains du film de Bresson se trouvent constamment chahutés, violentés. Dans le monde des hommes, l’honnêteté n’a plus sa place, cette vision rationnelle de la civilisation est impossible dès lors que la société humaine se fonde sur un enchevêtrement de schémas irrationnels.

En cela, les destins de Marie et Balthazar, héros sains et innocents vont trouver deux chemins différents de par leurs conditions hétérogènes d’humain et d’animal. De ces sentiers d’existence difficile, Robert Bresson dresse le constat suivant, là où l’homme face à la misère et la cruauté peut fuir, la bête endure, souffre et meurt de la barbarie.

Au Hasard Balthazar est un subtil poème cinématographique, porté par la Sonate n°20 de Schubert, sur la condition animale et sa transposition à l’être humain, un pamphlet sur la fine limite entre éducation et soumission. Une oeuvre qui sait voir juste sur les rapports difficiles et autodestructeurs chez l’homme en société. Robert Bresson signe de nouveau un chef d’oeuvre, si ce n’est son chef d’oeuvre.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image :

Potemkine propose un tout nouveau master 4K. L’image ne présente aucune marque ou griffure.  Le piqué et les contrastes, tout comme pour la sortie de Procès De Jeanne D’Arc, a été réalisé avec minutie nous offrant un rendu exemplaire. Il n’y a  tout simplement rien à redire quant à cette sortie et la proposition que nous fait l’éditeur. On ne peut qu’espérer voir cette collection Bresson s’agrandir et nous éblouir de la sorte à chaque sortie.

Note image : 5/5

Son :

Comme pour les premières sorties de la collection Robert Bresson, Potemkine a parfaitement réussi à cerner la volonté de mise en scène sonore du cinéaste. Les pistes vocales sont claires et réussissent à délivrer tout l’impact des mots par le biais de la prononciation typique du cinéma de Bresson.

Il est également important de noter la présence de sous-titres pour sourds et malentendants ainsi que la possibilité d’activer l’audiodescription. La taille des caractères est convenable et permet avec aisance de suivre l’oeuvre. Une présence qui,  dans l’editoring DVD/Blu-ray, est important d’être salué.

Note son : 5/5

Suppléments :

L’édition Blu-ray d’Au Hasard Balthazar propose deux suppléments :

  • Un Metteur en Ordre : Robert Bresson : Un tour de table critique lors de la sortie du film en 1966. On prend un immense plaisir à découvrir une analyse si fine et pertinente de l’oeuvre de Bresson. Un supplément qui décuple la pensée bressonienne et apporte des mots sur un film dont la qualification est parfois difficile tant ce dernier se veut unique dans sa création et présentation. Un bonus d’une heure incontournable.
  • Entretien avec Damien Manivel : Damien Manivel revient sur sa découverte de Robert Bresson et son apport dans sa cinéphilie. Le réalisateur de l’émouvant Les Enfants D’Isadora revient sur Au Hasard Balthazar nous apportant sa propre analyse et expérience face au film. Il offre de nombreuses pistes de lecture pour appréhender l’oeuvre sous de nombreux éclairages. Le cinéaste français prend le temps d’installer ses hypothèses d’analyse et nous passionne.

Une fois de plus Potemkine offre une édition qu’on ne pouvait rêver mieux dans son contenu. Bravo.

Note suppléments : 5/5

 

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