
La seizième édition du Luxembourg City Film Festival se tiendra du 5 au 15 mars 2026. Entre un hommage à Isabelle Huppert, un jury présidé par Rodrigo Sorogoyen et la présence de Peter Doherty, cette cuvée s’annonce comme l’une des plus ambitieuses du festival.
Le fil rouge de cette édition ? Le rose. Pas comme couleur décorative, mais comme un motif récurrent et non prémédité qui traverse plusieurs films de la sélection. Le festival a d’ailleurs baptisé cette édition « Wild, Wild Rose ». On aime le clin d’œil.
Film d’ouverture : ROSE avec Sandra Hüller
C’est ROSE de Markus Schleinzer qui ouvre le bal. Un drame historique tourné en noir et blanc dans la campagne autrichienne, porté par Sandra Hüller (qu’on ne présente plus après Anatomie d’une chute). Le film raconte la trajectoire d’une femme qui se fait passer pour un autre au risque de déclencher la colère de son entourage. Le LuxFilmFest aura le privilège de le montrer en compétition officielle, au lendemain de sa première à la Berlinale.
Soirée de remise de prix et hommage à Isabelle Huppert
La soirée de remise de prix, prévue le 14 mars au Kinepolis, sera marquée par la projection de THE BLOOD COUNTESS (DIE BLUTGRÄFIN) d’Ulrike Ottinger. Un film de vampires gothique inspiré de l’histoire de la comtesse Elizabeth Báthory, avec Isabelle Huppert dans le rôle principal. La grande actrice française recevra à cette occasion un Talent Award pour l’ensemble de sa carrière. Quand on connaît sa filmographie vertigineuse, de Chabrol à Haneke en passant par Verhoeven, on comprend pourquoi.
Le film est coproduit par Amour Fou Vienne, Amour Fou Luxembourg et Heimat Film.
Film de clôture : ROSEBUSH PRUNING de Karim Aïnouz
Pour la clôture, le festival a choisi ROSEBUSH PRUNING de Karim Aïnouz, une adaptation qualifiée de « complètement déjantée » des Poings dans les poches de Marco Bellocchio. Là encore, un film issu de la sélection berlinoise.
Compétition officielle : 9 films pour le Grand Prix (10 000 euros)
Un millier d’œuvres ont été passées au crible pour arriver à cette sélection de neuf films. Point notable : le comité de sélection a constaté une baisse significative de la représentation féminine dans les soumissions, même si le festival frôle malgré tout la parité sur l’ensemble de sa programmation.
Voici les neuf films en compétition :
BLUE HERON de Sophy Romvari (Canada, Hongrie) : l’histoire d’une famille hongroise installée sur l’île de Vancouver à la fin des années 1990, vue à travers les yeux de la petite Sasha. Déjà primé à Locarno (Swatch First Feature Award) et à Montréal (Grand Prix).
FEELS LIKE HOME de Gábor Holtai (Hongrie) : une femme kidnappée tente de survivre en prenant l’identité d’une supposée fille disparue. Un miroir tendu à nos sociétés patriarcales.
HOW TO DIVORCE DURING THE WAR d’Andrius Blaževičius (Lituanie, Luxembourg, Irlande, Tchéquie) : la séparation d’un couple pris dans l’irruption de la guerre. Directing Award au Sundance Film Festival. Coproduit par le Luxembourg (Red Lion).
HUMAN RESOURCE de Nawapol Thamrongrattanarit (Thaïlande) : le portrait d’une Thaïlandaise enceinte confrontée aux transformations de son pays.
MAD BILLS TO PAY de Joel Alfonso Vargas (USA) : dans la communauté dominicaine du Bronx, un ado compose avec les attentes familiales et ses aspirations.
MY FATHER’S SHADOW d’Akinola Davies Jr. (Royaume-Uni, Nigeria) : une journée à Lagos, une réconciliation fragile entre un père et ses fils en pleine crise électorale de 1993. Premier film nigérian sélectionné à Un Certain Regard à Cannes 2025, avec une Mention spéciale de la Caméra d’or.
NINA ROZA de Geneviève Dulude-De Celles (Canada, Bulgarie, Italie, Belgique) : naviguer entre culture québécoise et roumaine, avec l’art contemporain comme liant.
ROSE de Markus Schleinzer (Autriche, Allemagne) : le film d’ouverture, également en compétition.
ROSE OF NEVADA de Mark Jenkin (Royaume-Uni) : une expérience sensorielle portée par la poésie du réel. Le retour au LuxFilmFest du réalisateur britannique.
Compétition documentaire BGL BNP Paribas (5 000 euros)
Six documentaires sont en lice, avec une ligne éditoriale forte autour de la mémoire individuelle face à l’histoire collective :
ENDLESS COOKIE de Peter et Seth Scriver (Canada), MAILIN de María Silvia Esteve (Argentine, France, Roumanie), MEMORY de Vladlena Sandu (France, Pays-Bas), MY FATHER AND QADDAFI de Jihan K (USA, Libye), SEEDS de Brittany Shyne (USA) et WITH HASAN IN GAZA de Kamal Aljafari (Palestine, Allemagne, France, Qatar).
Le jury international présidé par Rodrigo Sorogoyen
Le jury de cette édition est franchement impressionnant. À sa tête, Rodrigo Sorogoyen, le réalisateur espagnol d’As Bestas, Madre et El Reino. Un cinéaste qui sait filmer la tension comme personne.
À ses côtés :
Lisandro Alonso, figure du cinéma argentin (La libertad, Los Muertos, Jauja). Un regard contemplatif et sensoriel.
Peter Doherty, musicien emblématique des Libertines et Babyshambles, mais aussi acteur. Sa présence dans un jury ciné, c’est le genre de surprise qu’on aime.
Alma Pöysti, révélée par Les Feuilles mortes d’Aki Kaurismäki et le biopic Tove sur l’auteure Tove Jansson.
Rae Lyn Lee, réalisatrice et directrice de la photographie basée entre Singapour et le Luxembourg.
Sorogoyen donnera une masterclass le samedi 14 mars à 15h (Cinémathèque au Théâtre des Capucins) et une rétrospective de ses films sera proposée durant le festival : Stockholm, Que Dios nos Perdone, El Reino, Madre et As Bestas.
Section Prestige : les castings qui font rêver
C’est la section des gros noms et il y a du lourd :
DIE MY LOVE de Lynne Ramsay avec Jennifer Lawrence et Robert Pattinson. Un drame viscéral sur la maternité et l’instabilité mentale. On attend ça avec impatience.
LE CRIME DU 3E ÉTAGE de Rémi Bezançon avec Laetitia Casta et Gilles Lellouche. Un film d’enquête façon Hitchcock, sélectionné comme Carte Blanche BGL BNP Paribas.
H IS FOR HAWK de Philippa Lowthorpe avec Claire Foy. Deuil et résilience à travers l’apprivoisement d’un faucon.
JIMPA de Sophie Hyde avec Olivia Colman et John Lithgow. Le portrait tendre d’une famille queer.
LATE FAME de Kent Jones avec Willem Dafoe et Greta Lee. Création, temps et solitude dans un New York délicat.
PLAINCLOTHES de Carmen Emmi avec Tom Blyth et Russell Tovey. Inspiré de faits réels, primé à Sundance.
COUTURES d’Alice Winocour avec Angelina Jolie et Louis Garrel. En pleine Fashion Week.
TUNER de Daniel Roher avec Dustin Hoffman et Leo Woodall. Un film de casse atypique.
Section Icons : les cinéastes légendaires
Quelques pépites à signaler ici. STOP MAKING SENSE de Jonathan Demme en version restaurée 4K. Le concert filmé culte des Talking Heads, à (re)découvrir. Si vous ne l’avez jamais vu sur grand écran, foncez.
YES de Nadav Lapid, considéré comme l’un des meilleurs films de Cannes 2025. Du cinéma radical et hyper-créatif.
IN-I IN MOTION de Juliette Binoche, un essai filmique sur la prise de risques artistiques. ORPHAN de László Nemes, le réalisateur du Fils de Saul, revient avec un drame dans la Hongrie post-1956. Et PETER HUJAR’S DAY d’Ira Sachs avec Ben Whishaw et Rebecca Hall.
Late Night Bizarre : pour les amateurs de genre
La section qui monte d’année en année. Au programme : FUCKTOYS d’Annapurna Sriram (odyssée déjantée en Louisiane dystopique), ROQIA de Yanis Koussim (conte horrifique viscéral), MAG MAG de Yuriyan Retriever (horreur japonaise furieusement drôle) et WELCOME HOME BABY d’Andreas Prochaska (thriller psychologique autrichien).
On note aussi LESBIAN SPACE PRINCESS, une animation queer hilarante, et OBEX d’Albert Birney, une aventure lo-fi aux origines du jeu vidéo.
Made in/with Luxembourg : la production locale en force
Le Luxembourg confirme sa place sur la carte du cinéma mondial. En plus de THE BLOOD COUNTESS et HOW TO DIVORCE DURING THE WAR, on retrouve notamment :
EXILE de Mehdi Hmili, thriller politique coproduit par Tarantula. MORTE CUCINA de Pen-ek Ratanaruang, polar savoureux coproduit par Deal Productions. ON SERA HEUREUX de Léa Pool, love story bouleversante coproduite par Iris Productions. Et THE WOLF, THE FOX & THE LEOPARD de David Verbeek avec l’actrice luxembourgeoise Marie Jung, mélange de science-fiction et de conte philosophique.
Neuf courts métrages luxembourgeois seront aussi présentés lors d’une soirée dédiée le 9 mars au Kinepolis.
Pavillon immersif : VR et réalité augmentée dans trois lieux
Pour la première fois, le Pavillon Immersif s’installe simultanément dans trois lieux : neimënster, le Mudam et la Villa Louvigny. Dix œuvres en compétition dont quatre coproductions luxembourgeoises, avec notamment RADIO LUXEMBOURG: GHOSTS OF THE VILLA de Dominique Santana à la Villa Louvigny.
Le jury immersif réunit Julie Gayet (productrice et comédienne), Abderrahmane Sissako (cinéaste mauritanien) et Jordana Leigh (Lincoln Center de New York).
Infos pratiques : billetterie et pass
Les ventes de billets sont ouvertes depuis le 13 février 2026. Deux formules à retenir :
Le Pass Festival à 60 euros pour 10 tickets. Et le Pass 30/30 à 30 euros pour les moins de 30 ans, donnant accès aux 15 films des compétitions fiction et documentaire.
Toutes les infos et la programmation complète sur le site officiel : luxfilmfest.lu


