Critique de The Elixir
Synopsis
Lorsqu’un élixir crée une horde de morts-vivants, une famille en proie à la discorde doit se serrer les coudes et lutter pour survivre à la destruction de son village.
Avis de Yanick RUF
« The Elixir » s’impose comme une vraie bonne surprise dans le paysage du film de zombies, en proposant un spectacle horrifique indonésien généreux, rythmé et visuellement abouti. Loin d’un simple produit formaté, le film exploite pleinement son concept d’élixir de jouvence qui tourne mal pour livrer un déferlement de morts‑vivants survitaminés et de scènes d’action explosives.
Dès les premières attaques, on sent le soin apporté aux effets numériques et aux maquillages : plaies béantes, visages défigurés, gestuelle saccadée, tout concourt à un gore assumé mais lisible, jamais brouillon. Les zombies, rapides et agressifs, évoquent clairement ceux de la saga « 28 jours plus tard », ce qui donne aux poursuites et aux assauts une tension permanente. La réalisation ne se contente pas de filmer des couloirs sombres : elle multiplie les cadres dynamiques, les mouvements de caméra fluides et les ruptures de rythme qui maintiennent le spectateur en alerte.

Le film ne se limite pas à l’horreur pure et simple. Il intègre aussi des cascades automobiles soignées, avec des collisions et poursuites qui renforcent la dimension spectaculaire du récit. Cette surenchère d’action, loin de diluer la peur, l’accentue : on a le sentiment d’assister à une nuit de chaos total, où chaque tentative de fuite peut tourner au carnage.
« The Elixir » ne cherche pas à révolutionner le mythe du zombie, mais à le pousser à fond. Infection par morsure, propagation fulgurante, groupes de survivants retranchés dans des lieux censés être sûrs (maison, commissariat, salle de fête) : tous les codes sont là. Ce qui fait la différence, c’est l’énergie du film et quelques trouvailles bien senties dans le scénario, qui évitent le sentiment de déjà-vu complet.

On retrouve ainsi l’idée d’un produit miracle (un élixir de jouvence issu d’une entreprise de remèdes traditionnels) qui devient le point de départ de l’épidémie. Ce détour par la médecine traditionnelle et l’obsession de la jeunesse éternelle apporte une couleur locale bienvenue et un commentaire discret sur l’avidité, la famille et le capitalisme. Sans se transformer en pamphlet, le film parvient à raconter autre chose qu’un simple siège de zombies.
Le casting fait le travail : les acteurs portent avec conviction cette famille dysfonctionnelle et les villageois pris au piège, ce qui donne un minimum d’épaisseur émotionnelle aux courses‑poursuites et aux sacrifices. Même si certains personnages prennent des décisions discutables, l’interprétation reste crédible et permet de s’attacher à quelques figures clés. Le doublage français, pour ceux qui le regardent en version localisée, se révèle tout à fait correct, sans casser le jeu d’origine.

La bande‑son participe pleinement à l’efficacité de l’ensemble. Entre nappes oppressantes, montées de tension et explosions sonores lors des assauts, elle soutient le rythme sans écraser les scènes plus calmes. Même le générique de fin reste soigné, prolongeant l’ambiance jusqu’aux dernières secondes.
Là où de nombreux films de zombies américains se contentent de recycler les mêmes intrigues, « The Elixir » profite de son ancrage indonésien pour proposer un décor, des situations et une sensibilité différentes. On est très loin des clichés de Bollywood : pas de numéros chantés ni de ruptures de ton incongrues, mais un pur film de genre qui assume pleinement son statut de divertissement horrifique musclé.

Dans le sillage de « Dernier train pour Busan », « The Elixir » confirme que l’Asie est devenue un terrain fertile pour réinventer (ou au moins revigorer) le film de zombies. Coproduit par Netflix et disponible sur la plateforme, il s’impose comme l’une des références récentes à découvrir pour tout amateur de morts‑vivants rapides, de gore bien fichu et de suspense tenu jusqu’au bout de la nuit.

