Festival Lumière 2015: notre compte-rendu avec Martin Scorsese, Mads Mikkelsen et quelques films

Présent pendant trois jours au Festival Lumière 2015 de Lyon, nous avons pu, entre deux invitations à la master class de Mads Mikkelsen et la remise du prix Lumière 2015 à Martin Scorsese, assister à des projections de films de l’invité d’honneur, en copie restaurée et issus de la carte blanche au réalisateur de Taxi Driver.

Les films

Dans la rétrospective des films de Martin Scorsese proposée par le festival ont été revus avec grand plaisir Taxi Driver et Les infiltrés, deux sommets de la carrière du réalisateur interprétés par ses acteurs fétiches Robert de Niro et Leonardo DiCaprio et récompensés respectivement par l’Oscar du meilleur réalisateur et la Palme d’or en 1976.

Grand cinéphile devant l’éternel, Martin Scorsese a inclus dans sa carte blanche de 17 films (Colonel Blimp, L’enfer de la corruption, Le crime était presque parfait 3D, Lucky Luciano…), Law and order (1932) d’Edward L.Cahn.

Adapté du roman Saint Johnson, d’après un scénario et des dialogues du futur grand cinéaste John Huston, Law and order est une des premières transpositions sur grand écran d’un épisode mythique de la Conquête de l’Ouest : le règlement de compte à OK Corral, dans la bourgade de Tombstone en 1881, avec Wyatt Earp et Doc Holliday (ces personnages illustres ont été renommés pour ne pas froisser la famille d’Earp, décédé au moment de l’écriture de ce récit dramatique qui délivre un portrait austère et violent du shérif). La poursuite infernale (1946) ou Tombstone (1993) raconteront également cet affrontement entre l’équipe de Wyatt Earp et les frères Northrup.

Sombre, sec (1h15 compactes d’une grande efficacité), Law and order est une petite pépite du western avec une belle gestion de la tension dramatique grâce à la mise en scène au cordeau d’Edward L.Cahn, accompagnée d’aspects documentaire (les conditions de vie des habitants de l’Ouest documentaire, l’installation de la loi avec  les pendaisons légales) très intéressants.

Parmi les films restaurés de Julien Divivier proposés pendant le festival, Panique est un des plus désespérés de son réalisateur. Duvivier réalise cette adaptation de Simenon (Les fiancailles de Mr Hire) en 1945, après quatre années d’exil aux USA.

Panique raconte l’histoire tragique d’un homme qui à cause de sa différence (de caractère, de comportement) sera désigné comme coupable idéal du meurtre d’une femme. Panique témoigne d’une vision pessimiste de l’humanité (délations, lâchetés avec en apothéose un lynchage collectif) amplifiée par un N&B avec des plans expressionnistes inquiétants. Michel Simon y est très grand dans le rôle de l’étrange Mr Hire.

Les invités

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Parmi les artistes invités en master class (John Lasseter, Nicolas Winding Refn, Alexandre Desplat), le charismatique Mads Mikkelsen était un des plus attendus. L’acteur danois a logiquement fait salle comble ce jeudi 15 novembre. Pendant 1h30 sa carrière a été évoquée depuis Bleeder (1999) jusqu’à la série Hannibal.

L’unique extrait de cette master class présentait une scène de comédie de Bleeder, deuxième film réalisé par Nicolas Winding Refn où  Mikkelsen joue un vendeur de vidéo club incollable : « ce cinéphile compulsif c’était lui dans la vie ». Les deux hommes ont notamment fait ensemble Pusher (1996) dont le succès international va changer leur carrière. Mikkelsen révèle que le deuxième épisode (2004) de cette trilogie est un des films préférés de sa filmo. « L’énergie » des films de Scorsese comme Mean Streets et Taxi Driver fut leur source d’inspiration.

Il revient ensuite sur un film tourné en Norvège en 2002, Dina, avec Gérard Depardieu : « une grande expérience de travailler avec lui ».

Est également évoqué son rôle marquant du Chiffre dans Casino Royale (2006), « une aventure folle ». Fan d’Open hearts (2002) de Suzanne Bier, la productrice Barbara Broccoli lui a proposé ce rôle de méchant dans la saga James Bond dont il avoue n’avoir vu aucun film au moment du casting.

Parmi les acteurs qui l’ont marqué il répond avec éclectisme Bruce Lee et Buster Keaton, ses héros puis parmi ses contemporains Robert de Niro et Gene Hackman, « des acteurs solides ».

Il évoque ensuite le tournage coup sur coup de Royal affair, La chasse et Michael Kohlhaas, « la meilleure année de ma carrière ».

Enfin Mads Mikkelsen parle de son rôle d’Hannibal dans la série TV éponyme. Il décrit le célèbre psychiatre cannibale comme « un homme qui aime juste des choses que les autres n’aiment pas » et plus précisément comme « un ange déchu ».

Nous verrons bientôt Mads Mikkelsen dans le rôle tenu secret d’un spin off de Star Wars : Rogue One.

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Point d’orgue de ce Festival 2015, la remise du prix Lumière 2015 à Martin Scorsese s’est déroulée vendredi soir dans un Centre des Congrès complet, en présence de nombreuses personnalités et artistes venus témoigner leur admiration pour le réalisateur oscarisé des Infiltrés.

Cette cérémonie prestigieuse a été ponctuée de pauses musicales dont une belle réinterprétation par Camélia Jordana de New York New York, la dédicace chantée de Jane Birkin à Martin Scorsese avec As time goes by et l’intervention du pianiste Jean-Michel Bernard qui a joué des musiques des bandes originales des films de Scorsese dont Taxi Driver. D’autres surprises ont été offertes à « Marty » comme ce court-métrage hommage du cinéaste iranien Abbas Kiarostami et une boîte avec des films restaurés des frères Lumière dont le directeur Thierry Frémaux nous a présentés un échantillon.

A été également diffusé un message de sympathie enregistré par Robert de Niro retenu sur un tournage consacré à Bernard Madoff. Les deux hommes devraient se retrouver prochainement pour un nouveau film intitulé The Irishman.

François Cluzet est monté sur scène évoquer son partenaire de jeu dans Autour de minuit de Bertrand Tavernier (Scorsese joue l’impresario du jazzmen interprété par Dexter Gordon) : « Jamais je n’ai eu un partenaire aussi généreux et balèze ».

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Arrivé sur scène accompagné par un morceau électrisant des Stones, le réalisateur culte, âgé de 72 ans, a déclaré : « J’ai fait l’expérience de la puissance du cinéma très tôt. J’étais un enfant asthmatique et mes parents ne savaient pas quoi faire de moi donc ils me trainaient au cinéma avec eux. Et j’ai pu voir au cinéma toutes les émotions (…) C’est toujours à cela que me renvoie le cinéma, c’est cette étincelle, cette proximité avec ma famille. Ce n’est peut-être que cela que j’ai cherché en faisant du cinéma ».

Enfin, dans une ambiance survoltée, Scorsese a reçu des mains de Salma Hayek, devant ses invités amis (Géraldine Chaplin, Elia Suleiman, Max Von Sydow…), le Prix Lumière 2015 récompensant une carrière exemplaire.

Cette belle cérémonie s’est terminée par un karaoké géant sur le New York New York de Liza Minelli, avant le retour de Martin Scorsese quelques minutes plus tard pour la présentation de l’excellent Taxi Driver.

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