The Last Guardian : le test !

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Titre Original
Notre score
7

Sorti en décembre 2016, The Last Guardian portait en lui bon nombre d’espoirs, en particulier pour les fans d’Ico et Shadow of the Colossus, les précédents jeux de Fumito Ueda. Alors que nous avons enfin pu en venir à bout, voici venue l’heure du verdict.

Pour les néophytes, rappelons que les précédents jeux de Fumito Ueda ont su trouver leur public grâce à une ambiance onirique captivante et surtout un gameplay mettant énormément l’accent sur la relation entre deux êtres. Ico jouait ainsi sur la relation entre Ico, le jeune garçon, et Yorda, la jeune femme à protéger. Shadow of the Colossus, lui, plaçait le héros Wanda sur deux niveaux de relations différents : le premier avec sa monture, personnage à part entière et seul véritable allié dans son aventure, le second avec chaque Colosse croisé (dont l’ascension et la mort restent dans le cœur de bien des joueurs). A bien des égards, The Last Guardian condense ces trois aspects au sein d’une seule relation, sans doute l’une des plus belles vues sur dans un jeu vidéo : celle qui va se construire entre un jeune garçon et une créature mi-félin, mi-oiseau, Trico.

Loin d’être anodine, cette relation se révèle très vite, comme dans les précédentes œuvres de Ueda, être le véritable cœur du jeu. Alors qu’au début de l’aventure, Trico et le garçon sont des étrangers l’un pour l’autre, leur progression va les amener à tisser des liens et se faire mutuellement confiance si ils espèrent s’en sortir. Loin de se limiter à quelques ressorts narratifs, l’évolution de ces liens se traduit très vite par de nouvelles possibilités de gameplay qui vont permettre au garçon d’indiquer à Trico quoi faire et où aller afin de franchir les divers obstacles sur leur route.

On touche là au véritable génie de Ueda. Là où les autres jeux auraient offert le contrôle direct de la créature au joueur, The Last Guardian poursuit le travail déjà entamé avec Ico et Shadow, à savoir un contrôle systématiquement indirect de l’acolyte (pour mémoire, le joueur contrôlait Ico et Wanda qui, eux, guidaient Yorda et la monture). Un choix qui permet en outre de recréer au fil des heures le lien entre un maître et son animal, depuis la méfiance liée à la première rencontre jusqu’à la confiance mutuelle en passant par les moments de tendresse. Mais à l’image de n’importe quel chat ou chien, si Trico est capable d’obéir à vos ordres, il est également capable d’agir tout seul, que ce soit pour avancer ou attaquer. Une composante qu’il faudra prendre en compte tout au long de l’aventure. Si cela pourra désarçonner les joueurs habitués à tout contrôler, c’est bien peu de choses comparé au sentiment d’évoluer aux côtés d’un véritable et gigantesque animal, à fortiori un animal empruntant autant au félin et à l’oiseau qu’aux inoubliables Colosses. Nous n’entrerons pas dans les détails de l’intrigue afin d’en préserver les quelques révélations, mais disons qu’elle reste dans la droite lignée des précédents œuvres de Ueda privilégiant une ambiance onirique et une mise en scène de haute volée au détriment d’un scénario finalement très simpliste, mais parfaitement apte à vous tirer quelques frissons, voire même une petite larme.

En revanche, pour pleinement profiter de ces qualités narratives, il faudra composer avec un gameplay un peu désarçonnant. On l’a dit, dans The Last Guardian, vous dirigez le jeune garçon qui lui-même dirige Trico. La créature étant régulièrement la clé pour progresser, il vous faudra donc réussir à l’amener là où vous le souhaitez. Autant vous prévenir, cette partie devrait vous valoir quelques arrachages de cheveux tant le level design ne laisse que très peu de place à l’approximation, Trico devant souvent être amené à un point précis afin de déclencher l’action adéquate pour progresser. En outre, à ceux qui se plaignent de l’orientation « casual » des jeux récents, vous risquez fortement de changer d’avis tant le level design de The Last Guardian est par moments un sommet de conception tordue et vicieuse, où la solution se cache régulièrement dans un infime élément du décor que, bien entendu, rien ou presque ne distingue visuellement du reste. Combiné à une caméra horripilante et aux difficultés pour diriger Trico et pour résoudre certains casse-têtes, on vous laisse imaginer la suite.

Côté technique, The Last Guardian souffre malheureusement de son long développement qui l’aura d’ailleurs contraint à passer de la PS3 à la PS4. Certes, visuellement, le jeu est vraiment joli, avec une direction artistique s’inscrivant dans la droite lignée des précédents jeux de Ueda. De même, Trico devrait faire date en termes de création et d’animation de créature vidéoludique (mention au plumage). Toutefois, à part en termes de taille des décors, force est d’admettre qu’on est loin de ce que la PS4 est capable de nous offrir, en particulier après la claque Uncharted 4. Et ne parlons pas de la fluidité, le framerate ayant la fâcheuse manie de faire du yoyo dans les phases agitées. Côté sonore, les bruitages sont d’excellente facture (mention aux sons de Trico) et si la musique accompagne à merveille les moments contemplatifs du jeu, elle peine un peu plus à retrouver le niveau des compositions mémorables de Shadow of the Colossus dans les phases agitées.

Malgré ses défauts, The Last Guardian n’en représente pas moins la synthèse des deux précédents titres de Fumito Ueda tout en s’intégrant parfaitement dans l’univers de ce dernier. Aussi fragile que Yorda, aussi fidèle que la monture de Wanda, aussi impressionnant que les Colosses, Trico mérite à lui seul le détour, et sa relation avec le jeune garçon ne devrait laisser personne insensible. Mais pour savourer l’une des plus belles relations jamais créée dans un jeu vidéo, il faudra composer avec des approximations techniques et conceptuelles particulièrement irritantes qui empêchent malheureusement The Last Guardian d’atteindre le statut de chef d’œuvre. Reste une œuvre, certes imparfaite, mais qui ne laissera personne de marbre.

The Last Guardian : le test !
7