Muriel Ou Le Temps D’Un Retour : Test Blu-Ray

Date de sortie
3 novembre 2020
Réalisateur
Alain Resnais
Acteurs
Delphine Seyrig, Jean-Baptiste Thierrée, et Laurence Badie
Genre
Drame
Pays
France
Date de sortie (salles)
1963
Notre score
10

Après de très belles éditions autour du cinéma d’Alain Resnais avec Mélo, dont vous pouvez trouver notre test ici, et Mon Oncle D’Amérique, Potemkine continue sa collection dédiée au réalisateur avec l’arrivée de Muriel Ou Le Temps D’Un Retour.
Une édition proposée à la fois en DVD et Blu-Ray.

Notre article autour de l’édition Blu-Ray s’organisera de la manière suivante :

I) La critique de Muriel Ou Le Temps D’Un Retour

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-Ray

L’avis de Quentin :

I) La critique de Muriel Ou Le Temps D’Un Retour

Muriel Ou Le Temps D’Un Retour, sorti en 1963 et réalisé par Alain Resnais, est une oeuvre quelque peu à part dans le paysage cinématographique de son époque.
L’oeuvre propose une réflexion et un constat de la Guerre D’Algérie, sur le vif, à travers le retour des soldats français et le poids du silence, de la réalité militaire, qui de nos jours a encore du mal à être abordé. Une guerre dissimulée sous le terme d’insurrection pour masquer la gravité du conflit plongeant toute une génération entre vétérans de la seconde Guerre Mondiale et jeunes soldats dans un tabou à la fois politique et armé.
Au côté du film de Jean-Luc Godard, Le Petit Soldat, la vision de Resnais est d’une singularité et d’une clairvoyance étonnante sur une page de l’histoire qui lors de son tournage en 1962, n’était pas encore achevée.
Les oeuvres de Godard et Resnais ont cette perspective complémentaire qui a permis de cerner un pays tout entier en souffrance face au poids du secret et du caractère sauvage, primal d’une Guerre qui encore 60 ans plus tard reste méconnue.

Muriel Ou Le Temps D’Un Retour occupe une place particulière dans la filmographie d’Alain Resnais préférant travailler la psychologie et la névrose de ses personnages dans une approche chronologique, linéaire à l’inverse de ses travaux « ordinaires ».
La caméra du cinéaste suit Hélène, quadragénaire, vivant avec son beau-fils, Bernard, tout juste revenu de la guerre.
Son amour de jeunesse, qu’elle n’a pas revu depuis de nombreuses années, décennies, va alors pointer le bout de son nez, accompagné de son amante, présentée comme sa fille. Ces retrouvailles convoquant le passé, un temps perdu rongé par le secret et l’oubli, va combiner les temporalités, les générations et les appréciations de la réalité perçues par chacun d’entre eux.

Bien que se déroulant de façon linéaire, l’oeuvre du cinéaste va créer deux couloirs temporels parallèles, celui d’Hélène, et celui de Bernard.
Deux regards espacés par une vingtaine d’années, une génération, ouvrant une projection sous forme d’échos entre les ruines de la Seconde Guerre Mondiale et les ravages de la Guerre D’Algérie. Une résonance aux allures de drame éternel, de ricochet historique où les symboles de l’un réveillent, révèlent les blessures de l’autre.
Cette dimension bicéphale indissociable  tragique que façonne Alain Resnais, n’est autre que le photogramme d’une population française agonisante ouvrant, de nouveau les cicatrices du passé, encore fraîches au coeur, d’une spirale auto-destructrice structurée autour du mensonge, des secrets mais aussi du caractère malléable des souvenirs, face à l’épreuve du temps.

De cette manière, le film ne cesse de rassembler ses protagonistes pour les diriger droit vers une impasse relationnelle lorsque tous les éléments semblent pourtant s’organiser pour s’imbriquer.
Les remontrances, rancunes ne font que sortir des ombres du passé empêchant l’interconnexion de ces vies, révélant un puzzle humain difforme cherchant à dépasser les erreurs vécues, en les remettant sous le tapis, et reproduisant les situations problématiques d’antan, de façon infinie.

Le cheminement du film est fascinant dans sa manière de nous plonger, nous faire s’engouffrer, d’une situation réaliste vers les mirages du subconscient, porte du surréalisme, pour porter le spectateur dans une étude, voyage psychanalytique.
Alain Resnais nous offre les clés de compréhension des blessures, des colères, formant le vide entre les protagonistes. Le spectateur devient voyeur, témoin du subconscient de chaque personnage et observateur de la chute de ces prisonniers du temps. Le cinéaste nous donne la clé, solution que nous ne pouvons passer à travers l’écran, faisant de nous des gardiens silencieux du drame.

Cette façon d’analyser les personnages à travers un fourmillement d’antériorités, de possibles, aux allures labyrinthiques forme les prémices de l’oeuvre, désormais célébrée, de David Lynch, tout comme peut sembler l’être également Duelle de Jacques Rivette.

L’architecture du film tout en faux-semblant donne un atmosphère à la fois froide et dissonante. Une aura qui est décuplée par une partition sonore basée sur le travail de Hans Werner Henze, qui augmente la capacité de l’oeuvre à nous enserrer jusqu’à l’étouffement.

Alain Resnais, comme dans la plupart de ses créations bâtit une fois de plus, avec Muriel Ou Le Temps D’Un Retour, une oeuvre totale. Il parvient à conjuguer surréalisme, pictoralisme, musicalité et art de la direction d’acteurs avec maestria. Il dépasse de la sorte le champ du cinéma conventionnel, ordonné par des mécaniques théorisées, afin de modeler une proposition singulière, irréductible dans laquelle Delphine Seyrig, en actrice principale semble toucher l’éternité entre perdition, souvenirs et larmes d’un avenir qui ne peut ricocher sur les atrocités du passé.

Muriel… Muriel… Qu’est ce donc si ce n’est qu’un nom ?
Muriel est le souvenir, celui qui resurgit d’une génération à l’autre, l’ombre du secret, qui empêche de se comprendre entre individus, celui de l’éternel retour, boucle à détruire avant qu’elle ne nous détruise.
Muriel Ou Le Temps Du Retour est une oeuvre Extra-Ordinaire tant elle dépasse le fond et la forme d’un art qui ne semble jamais assez grand pour la contenir, bien qu’infini.
Un incontournable du septième art qui ne cessera de ricocher d’une génération à une autre, trouvant toujours une emprise sur le réel, pour questionner nos fractures les plus intimes.

II) Les caractéristiques de l’édition Blu-Ray

Image :

La restauration proposée est remarquable maîtrisant les moindres détails pour nous offrir une qualité sidérante à la vue du soixantième anniversaire du film.
Le contraste est finement calibré offrant une belle stabilité dans les noirs, avec un densité exemplaire. La colorimétrie est également bien travaillée donnant un dynamisme à l’image sans pour autant dénaturer l’oeuvre. Le niveau de détails relève du raffinement avec une sauvegarde de caractère vivant de la pellicule.
Un exemple de restauration tout simplement qui saura accrocher votre rétine, pour vous guider dans les couloirs temporels dessinés par Alain Resnais.

Note Image : 5/5

 

Son : 

La piste son DTS-HD Master Audio 1.0 offre une belle lisibilité à l’oeuvre réussissant une balance accomplie et claire entre les voix, l’ambiance sonore et la bande-son du film réussissant à décupler l’atmosphère dérangeante et et dissonante de l’oeuvre.
A l’image de la restauration autour de l’image, la restauration sonore est exemplaire également ne saturant jamais et trouvant le juste équilibre entre ses aigus et ses graves pour délivrer un confort d’écoute optimal.

Note Son : 4,5/5

 

Suppléments : 

Comme à son habitude Potemkine, tire son épingle du jeu en proposant tout d’abord des restaurations sublimes mais aussi en offrant des suppléments en quantité, et à la qualité remarquable.
Pour Muriel Ou Le Temps D’Un Retour, l’éditeur français nous propose pas moins de quatre documents :

  • Delphine Seyrig et Muriel par Alexandre Moussa, chercheur en cinéma (28′):
    Présentation passionnée par Alexandre Moussa de l’actrice Delphine Seyrig à travers ses rôles et les collaborations avec Alain Resnais. Il revient sur le type de personnages jumelé à ses traits depuis L’Année Dernière à Marienbad et la capacité de Muriel Ou Le Temps D’Un Retour d’avoir réussi à briser cette cage de comédienne révélant une actrice aux multiples facettes.
    Le chercheur en cinéma revient ensuite sur une analyse du personnage de Muriel avec plusieurs séquences du film à l’appui.
    Un superbe supplément qui foisonne en éléments de recherche autour de Delphine Seyrig, actrice qui  éclaire le film d’Alain Resnais et fascine.
  • « Boulogne ou le temps d’un retour » par François Thomas, collaborateur de la revue Positif (25′):
    Carte à l’appui, François Thomas décortique l’utilisation spatiale de la ville de Boulogne au coeur de l’oeuvre de Resnais. Il introduit les lieux et leurs enchaînements en les liant à l’intrigue, donnant à la ville l’apparence d’un personnage à part entière, géant silencieux réduit au secret, à l’oubli par le temps où seules les cicatrices des conflits passés restent des témoignages des souffrances, blessures parfois balayées par les plans d’urbanisme à venir, logeant ces dernières dans le subconscient de la ville, devenant un caractère semblable, parallèle, aux acteurs du film.
    Un entretien qui une fois visionné semble incontournable et amène le spectateur à vouloir se replonger dans un nouveau visionnage de Muriel Ou Le Temps D’Un Retour.

 

  • « La guerre d’Algérie au cinéma » par Mouloud Mimoun, journaliste (28′):
    Mouloud Mimoun offre un entretien qui se transforme en une mine d’informations. Il couvre à la fois la représentation de la Guerre D’Algérie au cinéma mais également une analyse de ce conflit permettant une lecture parallèle entre l’après Guerre et les films sortis au début des années 60.
    Un document qui demande une certaine connaissance de la période, et qui pour ceux n’ayant pas les références offrira une très belle porte d’entrée pour analyser cette période, une véritable réussite.

 

  • Entretien avec Philippe Faucon, cinéaste (25′):
    Philippe Faucon aborde sa relation avec le film d’Alain Resnais. Il y donne sa lecture, son analyse qui permet d’aborder de nouveaux aspect de l’oeuvre. Une étude du film autour du caractère risqué de réaliser un tel long-métrage, à la sortie de la Guerre.
    Il y aborde la place de la censure qui a décuplé le silence autour de la Guerre d’Algérie au coeur des années 60. Il  fait résonner la censure politique des années 60 avec la censure économique actuelle qui continue de fragiliser la représentation du conflit en Algérie au cinéma, et plus globalement dans la société.
    Le cinéaste va ensuite développer son opinion autour de Muriel Ou Le Temps D’Un Retour pour aborder ses propres projets cinématographiques.
    Un entretien pertinent qui permet de montrer l’importance de Muriel Ou Le Temps D’Un Retour sur le cinéma actuel et les réalisateurs d’aujourd’hui.

Note Suppléments : 5/5

 

Muriel Ou Le Temps D’Un Retour : Test Blu-Ray
10