Réalisateur
Albert Serra
Acteurs
Baptiste Pinteaux, Helmut Berger, Iliana Zabeth, et Laura Poulvet
Pays
Espagne, France, et Portugal
Genre
Drame érotique
Date de sortie (DVD)
17/06/2019
Date de sortie (salles)
04/09/2019
Prix
Prix spécial du jury Un certain regard
Notre score
6

Les films d’Albert Serra ont longtemps été habitués à une distribution vidéo par l’éditeur français Capricci. Pour son dernier film, Liberté, s’inspirant des écrits du Marquis de Sade et lauréat du Prix spécial du Jury dans la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes, le film du réalisateur espagnol est édité chez Blaq Out, au format DVD seulement.

Notre article autour de l’oeuvre sulfureuse d’Albert Serra s’organisera en deux parties :

I) La critique de Liberté 

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD

L’avis de Quentin :

I) La critique de Liberté 

Albert Serra est de retour avec un troisième film historique, après avoir conté les derniers jours du Roi Soleil avec La Mort de Louis XIV, et la rencontre de deux icônes du XVIII°s avec Casanova et Dracula mêlant la violence à la séduction pour Histoire De Ma Mort. Le cinéaste espagnol n’a cessé d’enchaîner les longs-métrages développant sa manière de mettre en scène si atypique, une écriture flottante sachant viser juste pour parvenir à raconter des personnages, tranches de vies, époques. Avec son nouveau film, il revient en plein cœur du XVIII°s dans le monde du libertinage inspiré des écrits du Marquis de Sade.

Le réalisateur espagnol nous dresse sa perception du raffinement, reprenant les préceptes du Marquis, au beau milieu des bois à travers les yeux de plusieurs hommes issus de la bourgeoisie française, allemande et italienne. Une pluralité de nationalités où le langage universel deviendra celui du corps, de la chair, du sexe. Albert Serra place son récit au XVIII° s en France, avec un sous-texte libertaire où la révolution commence à prendre forme, où la littérature et particulièrement celle des Lumières influence un royaume en pleine mutation. Le film profite de cette alternance de régime, pour libérer les êtres, creuser les failles d’un système touchant à sa fin, pour laisser libre expression aux envies des uns et des autres. Du libertinage à la liberté, il ne semble n’y avoir qu’un pas, infime, et pourtant si risqué.

La réalisation d’Albert Serra s’ouvre sur un coucher de soleil où les différents protagonistes pensent et paramètrent les derniers préparatifs avant la grande débauche nocturne. Ils y parlent des femmes, de leurs fantasmes, de leurs perceptions des corps, des sexes. Ils discutent et mêlent leurs points de vue pour parvenir à développer un imaginaire sexuel déviant.

Les plans que propose le long-métrage sont d’une esthétique qui subjugue, hypnotise et porte de manière intégrale l’oeuvre. Le film représente une expérience sensorielle inédite dans le cadre du cinéma érotique. La lumière tombante sur la plaine sublime les formes, là où la lune éclaire les  corps, les sexes. C’est dans l’obscurité la plus totale, que l’inavouable se produit.

La nuit se transforme en escalade de plaisir, de jouissance, tout comme de souffrance. Il symbolise le désir, ainsi que le plaisir sexuel comme facteur inatteignable pour la bourgeoisie. Une classe sociale qui parvient à tout s’acheter à l’exception de la soif d’excitation, de plaisirs défendus qui ne peuvent être assouvies du fait de leur caractère infini.

Cependant, bien que l’idée fondatrice de l’oeuvre s’avère singulière, tant les adaptations de Sade au cinéma se font rares, Liberté reste une réussite en demi-teinte. Le film promet beaucoup et offre peu, portant le spectateur dans un niveau d’excitation et de frustration rares. Bien que les séquences à caractère sexuel représentent de nombreuses pratiques alternatives et déviantes, l’oeuvre n’ose jamais assez et se risque à perdre l’attention du spectateur. De la sorte le long-métrage joue de manière continue sur le fil du rasoir avec la volonté du spectateur quitte à le perdre dans certaines de ses circonvolutions.

Le long-métrage parvient à jouer de sa magie de par ses images, ambiances et jeux d’acteurs, mais a du mal à nous guider dans les méandres des écrits de Sade. L’oeuvre créée une atmosphère d’apesanteur où les mots rendent le caractère sulfureux de l’oeuvre, inatteignables. Ce qui aurait alors dû être l’inverse, les mots accompagnant chez l’auteur du XVIII° siècle, l’aspect « visuel » et « excitant » de ses écrits.

On ressort de cette oeuvre à l’aube clôturant une échappée nocturne qui ne comblera pas toutes les attentes que l’on pouvait se faire de Liberté, et pourtant l’impact visuel du film d’Albert Serra nous restera bien longtemps accroché à la rétine.

Liberté malgré toutes ses bonnes  idées de mise en scène n’est ni troublant, choquant ou bien même excitant. Il se détourne bien trop souvent de l’oeuvre du Marquis de Sade, et plus globalement de sa définition de liberté. Le rendez-vous avec le théâtre du raffinement Sadien, flirtant avec le sordide ainsi que l’inavouable reste mitigé et cette nuit aurait pu nous plonger dans des recoins bien plus sombres de la perversion humaine.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD

Image :

Le rendu visuel sur le format DVD offre de beaux contrastes et livre de très beaux noirs, variable indispensable pour découvrir Liberté d’Albert Serra, le niveau de piqué donne aux visages de beaux reliefs et aux corps de voluptueuses courbes. Une copie assez exemplaire, pouvant rendre fier le support DVD. Un savoir-faire que l’on a également pu retrouver chez Blaq Out avec L’affaire Pasolini.
On pourra néanmoins regretter une colorimétrie  terne, qui ne permet pas aux couleurs vives de ressortir en plein coeur de l’obscurité.

Note image : 4/5

Son :

Deux pistes sont proposées sur l’édition DVD :

  • Version française 5.1 : La piste 5.1 est d’une finesse, et d’un raffinement semblable aux images que réussit à saisir Albert Serra. Nous sommes tout de suite pris dans les bruits de la forêt variant entre jour et nuit. L’atmosphère se dissémine de manière fantastique par cette spatialisation qui nous enserre et nous porte tout au long de ce voyage nocturne que nous propose le cinéaste.
  • Version française 2.0 : La piste 2.0 fait parfaitement son travail bien que, de manière logique, reste moins immersive que sa grande soeur 5.1.

Note son : 4/5

Suppléments :

Aucun supplément à l’horizon et c’est une immense déception tant Albert Serra et son oeuvre, lauréat du prix spécial du Jury dans la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes, méritaient d’être étudiés et analysés sous le prisme de la littérature libertine.

Note Suppléments : 0/5

Liberté : Test DVD
6
Plus d'articles
L’Eventreur de New York : Test Blu-ray