Bertha Boxcar : le test blu-ray

Réalisateur
Martin Scorsese
Acteurs
Barbara Hershey, Barry Primus, et David Carradine
Pays
USA
Genre
Drame et Policier
Durée
88 min
Date de sortie
1972 - 17/02/2021 (blu-ray)
Notre score
7

Pendant la Grande Dépression dans l’Arkansas, Bertha Thompson, une jeune fille assiste à la mort accidentelle de son père, provoquée par un employeur tyrannique. Seule, sans toit ni travail, elle se retrouve sur les routes et utilise les wagons des trains de marchandises pour se déplacer (d’où son futur surnom de « Boxcar Bertha », Fourgon à bestiaux). Elle fait la connaissance de Bill Shelly, un syndicaliste qui va lui transmettre sa révolte. Tous deux deviennent des pilleurs de trains confirmés.

Rimini Editions nous propose en blu-ray ce mois-ci un des films les plus rares de Martin Scorsese, Bertha Boxcar (Boxcar Bertha), son deuxième long-métrage daté de 1972.

Remarqué par Roger Corman avec Who’s knocking on my door (1967), Scorsese se voit confier par le « pape de la série B » auréolé par le succès de Bloody Mama (1970), Bertha Boxcar, avec comme conditions de filmer en quelques jours de la violence (une variation de Bonnie et Clyde) et de la nudité (mise en valeur de plastique avantageuse de Barbara Hershey).

Sur le tournage Martin Scorsese jouit d’une grande liberté. Il en profite pour parsemer le film de références au Magicien D’Oz : « il y en a dans chaque détour du film ! Dans la scène d’ouverture Barbara Hershey porte la coiffure de Dorothy; dans la scène du bordel il y a cette réplique : « Ne faites pas attention à l’homme derrière le rideau ! ». Sur le plateau c’était devenu un petit jeu entre les comédiens et moi : David Carradine était l’épouvantail, Bernie Casey le bûcheron en fer blanc et Barry Primus le lion peureux !  » (Martin Scorsese : entretiens avec Michael Henry Wilson).

Oeuvre de commande, Bertha Boxcar apparaît comme un laboratoire filmique pour Scorsese par les thèmes abordés (la solidarité des hors-la-loi, la trahison, la violence endémique) et la forme (la mise en scène de la violence physique, la précision du montage) qui trouveront leur pleine expression artistique dès le film suivant, le brillant Mean Streets (1973). On y retrouve des personnages typiquement scorsesiens qui essaient de s’élever socialement : parmi les laissés-pour-compte de la Grande Dépression figure le syndicaliste Bill devenu un hors la loi, un braqueur de train; il va vivre dans la violence et n’est pas à l’aise avec cette vie, contrairement à Bertha. Avec un budget réduit, Scorsese épate avec sa réalisation survoltée à coups de jumpcut, zoom pour exprimer toute la violence de cette histoire qui explose dans la dernière séquence, la grande séquence christique de la crucifixion du personnage de Bill, interprété par David Carradine, sur la paroi d’un wagon (déjà présente dans le scénario non signé par Scorsese), avec Bertha se lamentant à ses pieds dans une posture qui évoque celle de Marie-Madeleine également interprétée par Hershey dans La dernière tentation du Christ (c’est elle qui lui a donné le livre de Nikos Kazantzaki sur le plateau). On retrouvera avec des variations, des années plus tard, dans cette exceptionnelle filmo scorsesienne marquée par l’entrelacs de la violence et de la religion, une telle scène de mort par crucifixion dans Gangs of New-York, Les infiltrés ou bien encore Silence.

Technique

Un master satisfaisant révèle une image détaillée, un grain argentique discret, des couleurs chaudes naturelles. Certains plans sont en retrait question définition mais globalement le rendu image est bon. Les deux pistes DTS-HD Master Audio 2.0 sont correctes avec des effets naturalistes et une belle présence de la musique rock/country et blues.

Bonus

Cette édition blu-ray Rimini editions propose 2 interviews en suppléments : interview par Alexis Trosset (26′), co-auteur d’un livre sur Martin Scorsese chez Dark Star : il évoque la genèse de ce film de commande tourné en 24 jours en 1972, l’ébauche de thèmes et motifs scorsesiens et analyse notamment la dernière séquence qui a marqué les esprits.

Entretien avec Julie Corman (7′) : l’épouse de Roger Corman avoue avoir été impressionnée par la concentration de Scorsese et son implication, il avait en effet dessiné des croquis pour chaque plan du film.

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