
La Berlinale est de retour pour sa 76e édition. Du 12 au 22 février 2026, Berlin redevient la capitale mondiale du cinéma d’auteur avec un programme qui promet d’en mettre plein les yeux. Cette année, c’est Wim Wenders qui préside le jury de la compétition officielle. Le réalisateur allemand (Paris, Texas ; Les Ailes du désir ; Perfect Days) connaît bien la musique des festivals puisqu’il a déjà présidé le jury de Cannes en 1989 et celui de Venise en 2008.
Pour la deuxième année consécutive, c’est Tricia Tuttle qui pilote le festival. L’ancienne directrice du London Film Festival continue de vouloir rapprocher la Berlinale de Cannes en termes de visibilité et de glamour. Le pari semble plutôt bien engagé au vu de la sélection officielle.
Film d’ouverture : No Good Men de Shahrbanoo Sadat
La 76e Berlinale s’ouvre le 12 février avec No Good Men, un drame germano-afghan réalisé par Shahrbanoo Sadat. Le film suit Naru, la seule camerawoman de Kabul TV, convaincue qu’il n’existe aucun homme bien en Afghanistan. Mais lorsqu’un reporter l’emmène en mission juste avant le retour des Talibans, les étincelles jaillissent entre eux. Un film qui s’annonce aussi politique qu’intime, projeté en grande première au Berlinale Palast.
Ours d’honneur pour Michelle Yeoh
La cérémonie d’ouverture sera aussi l’occasion de remettre le Goldener Ehrenbär (Ours d’or d’honneur) à Michelle Yeoh. L’actrice malaisienne, oscarisée pour Everything Everywhere All at Once en 2023, est liée à la Berlinale depuis 1999 où elle avait fait partie du jury international. Elle rejoint ainsi le cercle très fermé des récipiendaires de cet honneur aux côtés de Billy Wilder, Jeanne Moreau, Martin Scorsese et Meryl Streep. Une projection spéciale de Everything Everywhere All at Once aura lieu le 13 février au Zoo Palast 1 avec une introduction par Michelle Yeoh elle-même.
Berlinale Kamera pour Max Richter
Le compositeur Max Richter reçoit la Berlinale Kamera pour ses contributions exceptionnelles à la musique de film. Celui qui a composé les bandes originales de Valse avec Bachir, Ad Astra et Marie Stuart, Reine d’Écosse verra son travail salué lors d’une cérémonie le 18 février, avec une allocution signée Chloé Zhao, réalisatrice oscarisée de Nomadland.
Les 22 films de la compétition officielle
Tricia Tuttle et son équipe de programmation (Jacqueline Lyanga et Michael Stütz) ont sélectionné 22 films pour la course à l’Ours d’or. 20 d’entre eux sont des premières mondiales. La directrice du festival a été claire : « Si vous ne trouvez rien à aimer ici, c’est que vous n’aimez pas le cinéma. » On trouve du drame, du thriller psychologique, de l’animation, du western, du documentaire et de la comédie satirique. Le spectre est large. Neuf films sont réalisés ou co-réalisés par des femmes, un chiffre en progression par rapport aux éditions précédentes.
Voici les 22 films en lice :
A New Dawn de Yoshitoshi Shinomiya (Japon/France) : Un film d’animation signé par l’un des artistes majeurs derrière Your Name. Keitaro vit dans une usine de feux d’artifice sur le point de fermer et cherche à percer le mystère du Shuhari, un feu d’artifice mythique créé par son père disparu.
At the Sea de Kornél Mundruczó (USA/Hongrie) : Amy Adams incarne une femme qui revient dans la maison familiale de Cape Cod après une cure de désintoxication. La sobriété la force à affronter des traumatismes enfouis.
À voix basse de Leyla Bouzid (France/Tunisie) : Avec Hiam Abbass au casting. Lilia retourne en Tunisie pour les funérailles de son oncle et doit faire face aux secrets de sa famille tout en cachant sa propre vie parisienne.
Dao d’Alain Gomis (France/Sénégal/Guinée-Bissau) : 185 minutes pour deux célébrations de la vie, un mariage en France et une commémoration en Guinée-Bissau. Gomis, Ours d’argent en 2017 pour Félicité, revient à Berlin avec un film ambitieux sur la famille et l’héritage.
Dust d’Anke Blondé (Belgique/Pologne/Grèce/Royaume-Uni) : Fin des années 1990, pendant le boom technologique belge, deux entrepreneurs voient leur empire s’effondrer quand leur fraude est révélée.
Etwas ganz Besonderes (Home Stories) d’Eva Trobisch (Allemagne) : « Qui es-tu et qu’est-ce qui te définit ? » Lea ne sait pas répondre à cette question posée par l’équipe d’un concours de chant télévisé. Sa quête d’identité commence.
Everybody Digs Bill Evans de Grant Gee (Irlande/Royaume-Uni) : Un biopic sur le légendaire pianiste de jazz Bill Evans, avec Anders Danielsen Lie, Bill Pullman et Laurie Metcalf. Le film explore la vie intérieure d’un génie musical après la perte de son bassiste et âme sœur musicale.
Gelbe Briefe (Yellow Letters) d’İlker Çatak (Allemagne/France/Turquie) : Le réalisateur de La Salle des profs (nommé aux Oscars en 2024) revient à Berlin. Un couple d’artistes turcs perd tout du jour au lendemain à cause de l’arbitraire étatique. Leur mariage vacille.
Josephine de Beth de Araújo (USA) : Channing Tatum et Gemma Chan incarnent les parents d’une fillette de 8 ans, témoin d’un crime dans le Golden Gate Park. Un thriller psychologique qui arrive de Sundance.
Kurtuluş (Salvation) d’Emin Alper (Turquie/France/Pays-Bas/Grèce/Suède/Arabie Saoudite) : Dans un village de montagne reculé en Turquie, un clan banni revient raviver une vieille querelle. Porté par des visions divines, Mesut défie l’autorité de son frère.
Meine Frau weint (My Wife Cries) d’Angela Schanelec (Allemagne/France) : Double lauréate de l’Ours d’argent (Music ; I Was at Home, But), Schanelec revient avec un film minimaliste. Un grutier de 40 ans reçoit un appel de sa femme : il doit venir la chercher à l’hôpital. Il la trouve assise seule sur un banc, en pleurs.
Moscas (Flies) de Fernando Eimbcke (Mexique) : Tourné en noir et blanc. Olga accueille un sous-locataire dont la femme est hospitalisée. Il fait entrer clandestinement son fils de 9 ans. Leurs vies s’entremêlent et le monde contrôlé d’Olga vacille.
Nina Roza de Geneviève Dulude-de Celles (Canada/Italie/Bulgarie/Belgique) : Un marchand d’art québécois se rend dans la campagne bulgare pour évaluer les peintures d’une mystérieuse prodige adolescente. Génie ou imposture ?
Nightborn (Yön Lapsi) de Hanna Bergholm (Finlande/Lituanie/France/Royaume-Uni) : Avec Rupert Grint. Un couple emménage dans la maison d’enfance de Saga, au cœur de la forêt finlandaise. Après la naissance de leur bébé, le rêve vire au cauchemar. Seule Saga pressent la vérité.
Queen at Sea de Lance Hammer (Royaume-Uni/USA) : Juliette Binoche et Tom Courtenay. Une femme atteinte de démence avancée perd la capacité de communiquer. Son mari et sa fille se déchirent sur la meilleure façon de prendre soin d’elle.
Rose de Markus Schleinzer (Autriche/Allemagne) : Sandra Hüller dans un film en costumes. Au XVIIe siècle, un soldat arrive dans un village protestant isolé et prétend être l’héritier d’une ferme abandonnée. La méfiance des villageois grandit.
Rosebush Pruning de Karim Aïnouz (Italie/Allemagne/Espagne/Royaume-Uni) : Callum Turner, Riley Keough et Jamie Bell. Quatre frères et sœurs américains vivent reclus dans une villa espagnole. Quand l’un veut partir et qu’un autre découvre la vérité sur la mort de leur mère, tout s’effondre.
Soumsoum, la nuit des astres de Mahamat-Saleh Haroun (France/Tchad) : La jeune Kellou, 17 ans, possède des pouvoirs surnaturels qu’elle ne comprend pas. Sa rencontre avec Aya l’entraîne dans un monde mystique où visible et invisible se confondent.
The Loneliest Man in Town de Tizza Covi et Rainer Frimmel (Autriche) : Le musicien de blues Al Cook vit dans un appartement rempli de souvenirs. Quand sa maison est promise à la démolition, un rêve oublié refait surface.
We Are All Strangers d’Anthony Chen (Singapour) : 157 minutes pour suivre deux générations forcées de redéfinir leur vision de la famille après un événement bouleversant.
Wolfram de Warwick Thornton (Australie) : Un western australien situé dans les années 1930. Trois enfants s’échappent de leurs maîtres blancs et traversent le « sweet country » du centre de l’Australie.
Yo (Love Is a Rebellious Bird) d’Anna Fitch et Banker White (USA) : Un documentaire touchant. Après la mort de son amie Yo, Anna construit une réplique à l’échelle 1/3 de sa maison. Yo avait 73 ans et Anna 24 quand elles se sont rencontrées.
Le jury international
Wim Wenders est entouré de six jurés :
- Bae Doona : actrice sud-coréenne (Sympathy for Mr. Vengeance, The Host, Cloud Atlas)
- Hikari : réalisatrice japonaise (37 Seconds, Rental Family)
- Reinaldo Marcus Green : réalisateur américain (King Richard, Bob Marley: One Love)
- Ewa Puszczyńska : productrice polonaise (Ida, Cold War, The Zone of Interest)
- Shivendra Singh Dungarpur : réalisateur et archiviste indien (Celluloid Man)
- Min Bahadur Bham : réalisateur népalais (The Black Hen, SHAMBHALA)
Berlinale Special : les films événements
La section Berlinale Special se décline en quatre volets cette année et concentre une bonne partie du star power du festival.
En Special Gala, on retrouve :
- Die Blutgräfin (The Blood Countess) d’Ulrike Ottinger avec Isabelle Huppert en comtesse vampire. Un film de genre jubilatoire.
- Good Luck, Have Fun, Don’t Die de Gore Verbinski avec Sam Rockwell et Juno Temple. Un homme du futur débarque dans un diner de Los Angeles pour recruter l’équipe parfaite et sauver le monde.
- Heysel 85 de Teodora Ana Mihai : retour sur la tragédie du Heysel en 1985 où 39 personnes ont perdu la vie lors de la finale de la Coupe d’Europe.
- The Only Living Pickpocket in New York de Noah Segan avec John Turturro, Steve Buscemi et Giancarlo Esposito. Un pickpocket vieillissant vole par inadvertance une clé USB de grande valeur.
- The Testament of Ann Lee de Mona Fastvold avec Amanda Seyfried, Lewis Pullman et Thomasin McKenzie. Un film musical sur la fondatrice du mouvement Shaker, projeté en 70mm au Zoo Palast.
- The Weight de Padraic McKinley avec Ethan Hawke et Russell Crowe. Oregon, 1933. Un homme est séparé de sa fille et envoyé dans un camp de travail.
En Special Midnight pour les noctambules :
- Monster Pabrik Rambut (Sleep No More) d’Edwin : du cinéma de genre indonésien. Une figure sombre prend possession des corps de ceux qui sacrifient leur sommeil.
- Saccharine de Natalie Erika James : une étudiante en médecine terrorisée par une force sinistre après avoir adopté un régime à base de cendres humaines. Oui, vous avez bien lu.
- The Ballad of Judas Priest de Sam Dunn et Tom Morello : un documentaire sur les pionniers du heavy metal, de leurs origines ouvrières à leur intronisation au Rock & Roll Hall of Fame.
En Special Presentation :
- Tutu de Sam Pollard : un documentaire sur l’archevêque Desmond Tutu avec des images d’archives inédites.
- Un hijo propio (A Child of My Own) de Maite Alberdi : une femme simule une grossesse sous pression sociale. Le mensonge dégénère en scandale médiatique.
- Wax & Gold de Ruth Beckermann : depuis le Hilton d’Addis Abeba, la réalisatrice explore le passé et le présent de l’Éthiopie.
- Who Killed Alex Odeh? : l’assassinat d’un activiste palestino-américain en Californie du Sud déclenche 40 ans de quête pour la justice.
Berlinale Special Series
Le festival fait aussi la part belle aux séries avec une sélection internationale :
- House of Yang : série mystère allemande en 6 épisodes, entre Forêt-Noire et disparitions inexpliquées.
- La Casa de los Espíritus (The House of the Spirits) : adaptation du roman d’Isabel Allende en 8 épisodes. Trois générations de femmes révolutionnaires au cœur de l’Amérique du Sud.
- Lord of the Flies : première adaptation télévisée du classique de William Golding. 4 épisodes.
- Mint : une histoire d’amour dans un milieu criminel, vue à travers les yeux de la fille du chef de famille. 8 épisodes.
- Ravalear: Not For Sale : dans le quartier El Raval de Barcelone, un restaurant familial lutte contre l’expulsion par un fonds d’investissement.
- The Story of Documentary Film de Mark Cousins : 16 épisodes pour raconter l’histoire définitive du cinéma documentaire.
Berlinale Special Talk : Panahi rencontre Rasoulof
Moment fort du festival le 19 février : Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof seront réunis pour un talk exceptionnel. Panahi, Ours d’or en 2015 pour Taxi Téhéran (qu’il n’a jamais pu recevoir en personne) et Rasoulof, Ours d’or en 2020 pour Le Diable n’existe pas, partagent la même histoire d’artistes iraniens en résistance. Panahi revient auréolé de sa Palme d’or à Cannes et en position de favori pour les Oscars avec Un simple accident.
Perspectives : les premiers films en compétition
La section Perspectives, créée l’an dernier par Tricia Tuttle, revient pour sa deuxième édition avec 14 premiers films en compétition pour le Prix du meilleur premier film (50 000 euros offerts par la GWFF). Parmi les titres :
- Animol d’Ashley Walters (star de la série Adolescence qui passe derrière la caméra)
- Chronicles from the Siege d’Abdallah Alkhatib : la vie sous le siège dans une ville assiégée
- 17 de Kosara Mitic : une adolescente de 17 ans confrontée à l’agression sexuelle d’une camarade lors d’un voyage scolaire
- A Prayer for the Dying de Dara Van Dusen avec Johnny Flynn et John C. Reilly
Les 40 ans du TEDDY Award
La Berlinale 2026 célèbre aussi les 40 ans du TEDDY Award, la récompense qui distingue les films traitant de thématiques LGBTQ+. Un anniversaire qui sera fêté tout au long du festival.
Infos pratiques
- Dates : du 12 au 22 février 2026
- European Film Market (EFM) : du 12 au 18 février
- Berlinale Talents : du 13 au 18 février
- Lieux principaux : Berlinale Palast (Theater am Potsdamer Platz), Zoo Palast, Uber Eats Music Hall, HKW, Urania
- Billeterie : disponible en ligne sur berlinale.de et dans les points de vente à Berlin
- Site officiel : https://www.berlinale.de


