Si les perspectives d’un nouveau volet sont incertaines, Konami continue de surfer sur la vague de la saga Metal Gear Solid, ici avec la Master Collection Vol.2 contenant notamment MGS 4 et Peace Walker. Mais cette nouvelle mouture mérite-t-elle le détour ? Pour le savoir, nous avons enfin pu poser les mains sur le titre.
Rares sont les sagas vidéoludiques qui auront su autant s’illustrer dans l’industrie et le cœur des joueurs d’une telle façon. Après deux volets Metal Gear sortis à l’époque NES/MSX (on écarte Metal Gear Snake’s Revenge, réalisé sans le créateur de la saga Hideo Kojima), la licence gagne un statut culte grâce à Metal Gear Solid sur PS1. Dès lors, le succès ira crescendo jusqu’à Metal Gear Solid 5, dont le développement sera marqué par le « divorce » entre Kojima et la société Konami, la seconde ayant décidé d’écarter le premier qui partira ensuite tracer sa route en créant notamment Death Stranding. A partir de là, force est d’avouer que la saga MGS, restée propriété de Konami, végète. L’unique tentative d’originalité mènera au très moyen Metal Gear Survive. Pour le reste, seuls des tentatives de portage ou de remake des volets précédents viendront étancher la soif des fans. C’est ainsi qu’après un premier volume de MGS Master Collection (contenant les trois premiers volets), puis un remake de MGS 3 baptisé MGS Delta, c’est désormais à la Master Collection Volume 2 de se frayer un chemin jusqu’à nos bacs.

Comme indiqué en introduction, ce Volume 2 contient désormais MGS 4 et Peace Walker. Ce dernier, initialement sorti sur PSP en 2010, avait déjà bénéficié d’une ressortie via la HD Collection de 2012 sur Xbox 360 et PS3. C’est d’ailleurs cette version qui aura servi de base à cette mouture PS5, l’éditeur n’ayant même pas daigné retiré le carton « HD Collection » sur l’écran d’accueil du jeu. Sur le plan technique, ne vous attendez donc pas à une claque visuelle puisque l’on parle bien d’un jeu PSP upscalé, avec ce que cela implique sur les limitations techniques d’origine malgré les indéniables améliorations du passage à la HD. La modélisation des décors et personnages nous renvoie ainsi à un entre-deux entre PS1 et PS2, le gameplay conserve les étranges choix d’origine (exit la possibilité de ramper, pourtant emblématique de la saga) et les cinématiques conservent leur (sympathique) mise en scène façon « comics animés » enrobée par des dialogues audios. Bref, si vous avez joué à la HD Collection de l’époque 360, vous ne serez pas dépaysés. On saluera tout de même que le passage à la PS5 permette au jeu de gagner en définition et en fluidité (4K et 60 fps), ce qui reste appréciable surtout si vous ne possédez pas la HD Collection de 2012.

Toutefois, inutile de le nier, le « gros morceau » de ce Volume 2 est assurément Metal Gear Solid 4 Guns of the Patriots. Sorti en exclusivité sur PS3 durant les premières années d’existence de la console, le titre n’avait jamais connu les honneurs d’un portage sur un autre support. Autant dire que son arrivée sur PS5, Xbox Series, Switch et PC tient de l’événement ! Et de ce côté, force est d’avouer que Konami a bien fait ses devoirs. Tout d’abord, comme indiqué par un carton au démarrage du jeu, le contenu n’a pas été altéré, y compris pour les sujets qui seraient aujourd’hui sujets à débat. A l’heure des modifications a posteriori des œuvres, parfois assez exagérées (côté films, on repense encore au gag post-générique de Toy Story 2 supprimé suite au mouvement MeToo), cette démarche est à saluer sur le plan de la préservation de l’œuvre d’origine. Sur un plan technique, le passage à la 4K et au 60 fps est assez impressionnant dans le cas de MGS 4. Certes, des défauts auparavant invisibles apparaissent à cause de l’upscaling et de la disparition de l’effet de brouillard, mais dans l’ensemble, MGS 4 force l’admiration. Visuellement, sans être évidemment au niveau des standards current-gen, le titre reste fort agréable à l’œil même après toutes ces années. La modélisation des personnages et des décors tient encore bien la route, les cinématiques sont toujours impressionnantes (heureusement vu qu’elle compose une majeure partie du jeu !) et le gameplay fait toujours honneur à la saga, même si MGS 5 est depuis passé par là. Inutile de le nier : pour un fan de la saga, retrouver ce gameplay rigide tellement emblématique, couplé à un rendu visuel encore fort honorable aujourd’hui et surtout dans une expérience linéaire – et non pas un open-world – aura de quoi satisfaire même les moins nostalgiques. Quant aux néophytes, inutile de préciser qu’ils trouveront là un tel bel écrin pour découvrir l’expérience MGS 4.

Si MGS 4 et Peace Walker constituent le coeur de ce Volume 2, il convient de mentionner également la présence de Metal Gear Ghost Babel, sorti initialement sur Game Boy et rebaptisé (à tort) Metal Gear Solid chez nous. On notera d’emblée que malgré ce changement de titre chez nous, le jeu n’a aucun point commun avec l’intrigue du MGS de la PS1, se déroulant dans une autre continuité narrative sans lien avec la saga Solid. En effet, MGGB nous met à nouveau dans la peau de Solid Snake, lequel doit infiltrer une base construite sur les ruines de Outer Heaven à Zanzibar, soit la même base qu’il infiltrait dans le premier Metal Gear sur MSX/NES. Jeu GameBoy oblige, le gameplay et le level design sont simplifiés, mais on retrouve bien l’essence de la saga Metal Gear, jusqu’à la vue de dessus emblématique ou la présence du mythique Codec. Un bonus bien appréciable pour les fans, au même titre que les divers artworks et la bande originale également présents sur le disque.

Côté scénaristique, difficile de revenir sur l’expérience de ces jeux compte tenu de leur position dans la chronologie de la saga. En effet, on rappelle que Peace Walker se situe chronologiquement entre MGS 3 et MGS 5 (il est d’ailleurs une forme de brouillon du système de gestion de la Mother Base présent dans ce dernier), et spoile d’ailleurs énormément d’éléments du troisième volet dès ses premières minutes. On ne saura donc vous conseiller de ne pas le lancer avant d’avoir fini au moins MGS 3. Pour résumer, disons qu’après les événements de MGS3, Big Boss devra se rendre au Costa Rica pour contrecarrer les actions d’une armée privée (avec un nouveau modèle de Metal Gear dans l’équation, forcément) et surtout élucider un mystère lié à son ancien mentor. A noter que côté gameplay, outre le recrutement de soldats qui sera repris dans MGS 5, Peace Walker met à profit le scénario autour de l’armée de Big Boss à travers la possibilité de jouer en coopération jusqu’à 4 joueurs en ligne. De son côté, MGS 4 vous remet dans la peau de Solid Snake, héros de MGS 1 et 2 faisant désormais face à un vieillissement précoce (d’où son nouveau surnom, Old Snake), et qui se retrouve embarqué dans une guerre au Moyen-Orient pour faire face à une nouvelle menace technologique. Cette mission sera également l’occasion pour lui de recroiser d’anciennes connaissances, amis comme ennemis. Bref, vous l’aurez compris malgré nos efforts pour ne pas spoiler : il vaut mieux avoir terminé à minima MGS 1, 2 avant d’envisager de lancer MGS 4, et terminé au moins MGS 3 avant de lancer Peace Walker. La bonne nouvelle, si vous n’avez pas de console rétro à la maison, c’est que ces trois jeux sont rassemblés dans la Master Collection Volume 1.

Etrangement, il est compliqué d’accorder une note à cette Master Collection Volume 2. Faut-il noter les jeux ou le portage technique ? Si on note les jeux, faut-il les noter par rapport à l’expérience procurée à leur date de sortie d’origine, ou bien par rapport aux standards d’aujourd’hui ? Un problème cornélien, dont la réponse résidera davantage dans votre propre expérience vidéoludique. Si vous avez déjà fait ces jeux et/ou que vous possédez leurs précédentes versions, vous devriez pouvoir passer votre chemin sans trop de regrets, à moins de vouloir absolument les rejouer en 4K/60fps. En revanche, si vous ne les avez jamais fait et que vous n’avez pas une PS3 à disposition, l’achat se justifie davantage tant cette nouvelle mouture n’a pas à rougir du poids des années (surtout pour MGS 4), mais à la seule condition d’avoir déjà fait au moins les trois volets antérieurs. Sans cela, vous risquerez assurément de vous gâcher une grosse part du plaisir de la découverte de ce qui est encore aujourd’hui l’une des sagas les plus cultes du jeu vidéo.

