C’est une immense figure du cinéma qui s’en va. L’acteur néo-zélandais Sam Neill est mort ce lundi 13 juillet 2026 à Sydney, en Australie, à l’âge de 78 ans. Sa famille a annoncé la nouvelle dans un communiqué publié sur son compte Instagram, précisant qu’il était entouré des siens et qu’il s’est éteint avec la dignité qui aura caractérisé toute sa vie. Le décès est qualifié de soudain et inattendu. Pour des millions de spectateurs, il restera à jamais le paléontologue Alan Grant de Jurassic Park. Pour les cinéphiles, il aura été bien davantage : l’homme qui a sombré dans la folie chez Carpenter, qui s’est déchiré face à Isabelle Adjani chez Zulawski, et qui a traversé cinquante ans de cinéma avec une élégance rare.
De quoi est mort Sam Neill ?
La question va se poser, car la disparition surprend. Sam Neill était en rémission. Après le tournage de Jurassic World : Le Monde d’après en 2022, il avait révélé souffrir d’un lymphome T angio-immunoblastique de stade 3, un cancer du sang qui devait, pensait-il alors, le condamner à la chimiothérapie jusqu’à la fin de ses jours. En avril dernier, il annonçait à la chaîne australienne Channel Seven News une nouvelle inespérée : après cinq ans de combat et l’échec progressif de la chimiothérapie, une thérapie génique ayant modifié son système immunitaire l’avait fait entrer en rémission. Il se disait guéri.
Le communiqué familial insiste sur ce point : le décès est soudain et inattendu, et Sam Neill était toujours en rémission au moment de sa mort. Il était soigné à l’hôpital privé St Vincent de Sydney, dont ses proches ont tenu à remercier le personnel. Les causes exactes n’ont pas été précisées, la famille demandant le respect de son intimité et annonçant que d’autres détails seraient communiqués ultérieurement.
Alan Grant, le rôle qui a fait de lui une icône
En 1993, Steven Spielberg lui confie le rôle du docteur Alan Grant dans Jurassic Park. Chapeau de cuir vissé sur la tête, lunettes de soleil et sourire médusé devant le premier brachiosaure, le paléontologue bourru entre instantanément au panthéon de la pop culture. Le film devient un phénomène planétaire et fait de cet acteur néo-zélandais de 45 ans une star mondiale.
Il reprendra le rôle dans Jurassic Park III en 2001, puis une dernière fois dans Jurassic World : Le Monde d’après en 2022, pour des retrouvailles très attendues avec Laura Dern et Jeff Goldblum. Trois apparitions qui auront suffi à faire d’Alan Grant l’un des personnages les plus aimés du cinéma d’aventure moderne.
L’Antre de la folie : Sam Neill chez John Carpenter
Un an après le triomphe de Jurassic Park, Sam Neill signe l’un des rôles les plus fascinants de sa carrière dans L’Antre de la folie (In the Mouth of Madness), troisième volet de la Trilogie de l’Apocalypse de John Carpenter, après The Thing et Prince des ténèbres. Il y incarne John Trent, enquêteur pour une compagnie d’assurances lancé sur les traces de Sutter Cane, un romancier d’horreur à succès porté disparu, interprété par Jürgen Prochnow.
Hommage assumé à H.P. Lovecraft, le film brouille méthodiquement la frontière entre réalité et fiction jusqu’à une mise en abyme vertigineuse. Neill y est prodigieux, glissant du scepticisme narquois à la démence pure, portant seul un film où le réel se délite scène après scène. Carpenter racontait avoir dû rendre ses créatures presque cartoonesques, précisément parce que son acteur passe le film à railler l’horreur avant de découvrir qu’elle est bien réelle. Échec commercial à sa sortie, L’Antre de la folie est devenu un film culte, et le rôle de John Trent reste l’un des sommets de la filmographie de Neill.
Possession, Damien et les années fantastiques
Le fantastique aura d’ailleurs jalonné toute sa carrière. En 1981, deux films le révèlent au public international. La Malédiction finale (Omen III), sa première grosse production hollywoodienne, où il incarne Damien Thorn devenu adulte. Et surtout Possession, le film d’horreur psychologique d’Andrzej Zulawski, où il donne la réplique à Isabelle Adjani dans un tourbillon de démence conjugale qui vaudra à l’actrice le prix d’interprétation à Cannes. Une œuvre extrême, longtemps maudite, aujourd’hui considérée comme un jalon du cinéma de genre.
Deux ans plus tard, il décroche une nomination aux Golden Globes pour son incarnation de l’agent britannique Sidney Reilly dans la série Reilly, l’as des espions. Ce succès le place parmi les favoris pour succéder à Roger Moore dans le rôle de James Bond. C’est finalement Timothy Dalton qui obtiendra le rôle en 1987.
La Leçon de piano et le cinéma d’auteur
Réduire Sam Neill au blockbuster et au fantastique serait pourtant une injustice. La même année que Jurassic Park, il tourne dans La Leçon de piano de Jane Campion, Palme d’or à Cannes, où il campe Alisdair Stewart, le mari rigide et frustré d’Holly Hunter. Un rôle ingrat, tout en raideur contenue, qu’il aborde sans jamais chercher la sympathie du spectateur. Sa filmographie témoigne d’un éclectisme constant, avec deux collaborations aux côtés de Meryl Streep, et une présence régulière dans des œuvres exigeantes. Plus récemment, il s’était fait connaître d’une nouvelle génération avec la série Peaky Blinders.
Du bègue de Christchurch à la star internationale
Né Nigel John Dermot Neill à Omagh, dans le comté de Tyrone en Irlande du Nord, il émigre à l’âge de sept ans avec sa famille à Christchurch, sur l’île du Sud néo-zélandaise. C’est là qu’il se met à se faire appeler Sam, un surnom qui lui restera. Rien ne le destinait pourtant à la scène : le jeune Neill souffre d’un bégaiement sévère qui le rend presque mutique. Il confiait en 2023 au Sydney Morning Herald avoir été un enfant très silencieux, redoutant que les adultes lui adressent la parole faute de pouvoir leur répondre. Le trouble ne s’estompe que vers quatorze ou quinze ans, en même temps qu’il gagne en assurance.
Étudiant en littérature anglaise à l’université de Canterbury, il découvre le théâtre, enchaîne travaux télévisés et courts-métrages en Nouvelle-Zélande, puis perce avec Sleeping Dogs. Il devient l’une des figures fondatrices du cinéma des antipodes.
Cinquante ans de carrière et une dignité intacte
Sur plus de cinq décennies, Sam Neill aura tourné dans des dizaines de films et de séries sans jamais renier ses racines néo-zélandaises, où il possédait un domaine viticole. Son humour pince-sans-rire, sa présence à la fois placide et vive, sa capacité à traverser les genres sans jamais forcer le trait lui auront valu l’affection durable du public. Le Premier ministre néo-zélandais a salué un homme ayant affronté la maladie avec la même dignité, le même humour et la même conviction que celles qui donnaient leur force à chacune de ses interprétations.
