Industriel au sein d’une grande fabrique de chaussures, Kingo Gondo décide de rassembler tous ses biens afin de racheter les actions nécessaires pour devenir majoritaire. C’est à ce moment-là qu’il apprend que son fils Jun a été enlevé et qu’une rançon est exigée. Se produit alors un véritable coup de théâtre : ce n’est pas Jun mais Shin’ichi, le fils de son chauffeur, qui a été enlevé. Gondo est désormais face à un dilemme : doit-il dépenser toute sa fortune pour sauver l’enfant d’un autre ?
Célébré pour ses fresques féodales (Les 7 Samouraïs, 1954; Kagemusha, 1980; Ran, 1985…), le réalisateur japonais Akira Kurosawa est également l’auteur d’une série de remarquables films noirs (L’ange ivre, 1948; Chien enragé, 1949; Les salauds dorment en paix, 1960…), ancrés dans le Japon contemporain, interprété par son acteur fétiche Toshirō Mifune. Adapté d’un roman d’Ed McBain (Rançon sur un thème mineur), Entre le ciel et l’enfer est le plus connu de ces films noirs que Carlotta propose en 4KUHD après une ressortie en salles le 03 septembre 2025.
Après le succès de Rashomon (Grand Prix Venise en 1961) Akira Kurosawa, alors en pleine hype, s’attaque avec Entre le ciel et l’enfer au thème du kidnapping, pratique alors très répandue au Japon. Modèle de scénario et de mise en scène ce film noir est divisé en trois parties, le kidnapping, le paiement de la la rançon, la traque et l’arrestation du criminel. Dans le premier segment, un huis clos d’une grande intensité de 53′, le réalisateur privilégie le plan-séquence avec une composition très travaillée du plan pour faire monter peu à peu la tension dramatique; la seconde partie se rapproche du documentaire avec le travail des enquêteurs minutieusement détaillé notamment dans une longue séquence de briefing puis la troisième partie, axée sur la traque et l’arrestation du criminel, est d’une belle énergie grâce à la caméra à l’épaule en témoigne la superbe séquence du train. Des beaux quartiers avec ses échanges commerciaux aux bas-fond peuplés de miséreux avant le retour aux hautes sphères le film opère un mouvement vertical, après le remarque travail sur l’horizontalité dans le plan en Scope de la première partie. En outre le motif du reflet, utilisé dans la troisième partie (lunettes du criminel, vitre dans le parloir), distille un trouble persistant dans l’élaboration d’une peinture nuancée et sans concessions de la condition humaine.
Ce classique du film noir est un des films préférés du maître pour Bong Joon-ho et est célébré par ses prestigieux collègues comme Martin Scorsese, Brian De Palma, Wong Kar Wai, Takeshi Kitano et Spike Lee (signataire d’un piteux remake avec Denzel Washington, Highest 2 Lowest sur Apple TV), à (re)découvrir dans une somptueuse restauration proposée par Carlotta.
Technique
La restauration 4K a été effectuée par la Toho en 2023, à partir du négatif original 35mm du film. Il s’agit d’un indéniable bon technique par rapport à l’édition blu-ray de Wild Side de 2017 avec cette copie propre à l’excellente définition. Si quelques plans sont en retrait, en raison des conditions de tournage ou à des effets de montage, le travail de restauration est remarquable. Le film est plus lumineux (merci le Dolby Vision) et les contrastes sont plus appuyés et détaillés que sur l’antique blu-ray. Le grain est présent, comme il convient. Sur le plan sonore également un excellent travail avec la version originale sous-titrée en 4.0 d’origine et stéréo 2.0 (le film n’a jamais été doublé) au son limpide et précis : belle présence des voix et détail affirmé des arrière-plan.
Bonus
Le film est dispo en édition prestige limitée combo 4KUHD blu-ray + memorabilia et en éditions single 4KUHD et blu-ray chez Carlotta.
Au niveau des bonus reprise de deux suppléments du disque de Wild Side à savoir Le suspense selon Kurosawa, un documentaire d’archives avec souvenirs du tournage (37′) et L’analyse du film par Jean Douchet (15′) où le cinéaste, critique et historien du cinéma décortique la mise en scène du maître Kurosawa soit de la « virtuosité pure ».
Le bonus inédit est Tension et grâce, un entretien inédit avec Nicolas Saada (10′, audio) où le critique des Cahiers du cinéma et réalisateur (Espion(s), Taj Mahal) loue les nombreuses qualités de cet excellent film noir de Kurosawa : « entre réalisme et onirisme, ordre et chaos, noirceur et beauté peut-être son plus grand film ».

