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Satyricon : Test Blu-ray

 
 
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Date de sortie: 1969 Date de sortie Blu-ray : 07/05/2019
 
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Posted 15 juillet 2019 by

 
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Synopsis : Satyricon nous raconte les pérégrinations de deux jeunes parasites de l’époque néronienne, Encolpe et Ascylte.

L’avis de Quentin :

A l’aube de son centième anniversaire, et vingt-six ans après sa mort, Fellini renaît en cette année 2019, avec d’une part une sensationnelle exposition à la cinémathèque française revenant sur son oeuvre et la connivence providentielle avec le travail de Picasso, de l’autre, une restauration 4K proposée par Potemkine pour Satyricon.

Nous reviendrons en ces lignes sur cette édition luxueuse que nous propose l’éditeur français.

L’article se divisera en deux parties :

I) La critique de Satyricon

II) Les caractéristiques techniques de l’édition blu-ray

I) La critique de Satyricon

Après deux de ses plus grands succès, La Dolce Vita et 8 et demi, films introspectifs sur le réalisateur, ses doutes, ses folies, ses envies ou bien ses craintes, Federico Fellini revint avec Satyricon, une oeuvre dépassant le processus psychanalytique du cinéaste. Il passe de la première personne du singulier à la troisième personne du pluriel, s’adressant désormais à l’humanité toute entière en partant de l’individu jusqu’au concept de hiérarchie établie, et sa remise en cause.

A la manière d’une oeuvre de science-fiction, le cinéaste italien nous peint un univers crépusculaire, agonisant, cauchemardesque situé dans une Rome antique onirique et non plus historique. On y voit un monde malade, en proie à toutes ses pulsions qu’elles soient sexuelles, sociales ou bien hiérarchiques. On assiste à un ballet constant de jeux de pouvoirs où le laissé pour compte peut devenir supérieur, ou bien même leader d’une civilisation.

La mise en scène de Fellini y est phénoménale, certainement la plus aboutie du réalisateur, qu’il s’agisse des décors, des lumières, des acteurs ou encore bien de sa musique entêtante. Tous ces paramètres font de cette orgie permanente un cauchemar suave, poisseux et suintant qui fascine, exalte. Le film transporte le spectateur au beau milieu de ses ébats, le recouvrant de sueur, de fièvre, de folie tout simplement. Il suffit de se laisser à l’hystérie collective, pour pénétrer dans certainement l’une des plus belles œuvres du septième art. Un document universel sexuel et politique que l’on admire, mettant l’être humain devant ses vices, sa cruauté, et bien évidemment son insondable beauté.

Il use de sa transposition spatio-temporelle pour parvenir à peindre des tableaux s’adressant à la société de l’époque, résonnant encore de manière étrangement réussie de nos jours, signant son caractère intemporel.

Il expose son point de vue sur le statut de l’artiste, le poète, personnage ne connaissant jamais la reconnaissance par ses contemporains, les siècles jouant en sa faveur. Il parle de cette manière, de la culture, de la vertu, discipline perdue et pervertie permettant de distinguer le véritable poète du charlatan. Le charlatan ne pratiquant la discipline qu’à but financier, et non pas pour la création artistique.

De cette manière, il dresse le portrait d’une société capitaliste courant droit à sa perte, avide, et dénuée de toute humanité. Les coulisses du pouvoir sont ainsi analysés et dénoncés. On assiste de la sorte à une scène de funéraille larmoyante, basculant peu à peu vers la question de l’héritage au  cours de la cérémonie. On pleure les êtres afin de mieux se repaître de leurs richesses.

Fellini nous donne également sa vision d’une société individualiste, nombriliste, menant à la mort des dieux, à leur abandon. Néanmoins, le ridicule du procédé se trouve là où l’homme perd foi en ses fortunés, il se retourne vers les oracles portes paroles de dieux sacrifiés, devenus inexistants.

La démarche pousse alors l’homme à se confronter à sa propre animalité, mécanique rendue à merveille par le réalisateur italien lors d’une confrontation avec le minotaure. Le labyrinthe de la bête ne devient que le reflet microcosmique,  de l’existence humaine, sa capacité à s’enfermer et à ne pas parvenir à se transcender dans la société pour fondamentalement la modifier dans une appréciation macrocosmique.




De plus, Fellini fait pénétrer la vie, les spectateurs, dans une conception théâtrale de l’art afin de la métamorphoser et redonner naissance au septième art, offrant une nouvelle virginité au cinéma. Un tour de force que l’on ne reverra peut être plus dans le cinéma moderne. Il dépasse tous les critères cinématographiques pour les magnifier. De la sorte, il nous raconte les bribes d’un passé antique oublié, dont les traces disparaissent de jour en jour, et où l’humain a un devoir de passation du savoir, sans lequel il risque de perdre ses acquis, sa perception du monde ou tout simplement la vie.

Satyricon est une véritable merveille cinématographique, un récit monde transcendant, enivrant, excitant. A travers cette création, le cinéaste italien réussit à toucher un paramètre que très peu ont su approcher : le sacré. Cependant, le maestro ne fait pas seulement que l’approcher, il le saisit pleinement nous éblouissant d’une beauté sans équivalent.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image :

La restauration 4K que nous propose Potemkine est tout simplement extraordinaire. A la manière de Procès de Jeanne D’Arc, édité il y a quelques semaines, tout a été pensé pour propulser Satyricon dans les plus belles restaurations de film de l’année. Le grain de la pellicule a été gardé de manière discrète, faisant la part belle à une définition de l’image incroyable, mais également à des contrastes et des couleurs donnant une nouvelle jeunesse au film. Une édition exempt de défaut, qu’il se faut de posséder pour célébrer le cinéma, le grand cinéma.

Note Image : 5/5

Son :

Deux pistes sont proposées au sein de cette édition blu-ray :

  • Une piste Italienne (DTS-HD 2.0) : La version originale, à l’image du film est sans aucun défaut. Les aigus comme les graves ne sont jamais en déséquilibre et ne nous prennent jamais en défaut. La balance voix et effets sonores est extraordinairement bien calibrée. Cette version est tout simplement la seule qui devrait à ce jour exister, la langue italienne, la diction ainsi que l’intonation paraissant comme primordiales pour l’appréciation poétique du film.
  • Une piste Française (DTS-HD 2.0) : La version française, qui est loin d’être imparfaite ne parvient pas à s’envoler, la dimension poétique de la langue italienne disparaissant. On se retrouve néanmoins sur un travail sonore convenable mais qui par sa volonté de traduction perd le charme de l’oeuvre.

Note Son : 5/5

Suppléments :

Pour célébrer cette sublime restauration du chef d’oeuvre de Fellini, Potemkine nous propose de revenir sur le film au travers de trois suppléments :

  •  Entretien avec Italo Moscati : L’écrivain et réalisateur italien revient sur le cinéma de Fellini en ouvrant sur une citation de Pasolini : « Fellini danse comme une ballerine ». Il aborde ainsi une perspective du cinéma de Fellini, une manière de voir le monde et son oeuvre, en commençant par la réussite du cinéaste italien a avoir dépassé transcendé le cinéma, lui donnant une nouvelle rythmique, une approche innovante en matière d’approche du récit. Moscati mène un parallèle entre 8 et Demi et Satyricon, une dualité entre le passage d’une création personnelle à universelle. L’explication s’oriente également entre l’oeuvre de Pétrone et la retranscription que porte Fellini à l’écran, représentation sexuée. Le réalisateur prend plaisir à nous parler des costumes, de la reconstitution, de la façon de représenter une Rome onirique et non pas historique, la fantaisie qui habitait le cinéaste durant le tournage. Moscati réalise une interprétation, explication juste et pertinente de cette oeuvre unique. Un entretien avec un réalisateur passionné et fasciné par l’oeuvre qu’est Satyricon.
  •  Entretien avec Dominique Delouche : Le réalisateur français aborde son approche du Satyricon en commençant par sa rencontre avec Fellini lors de la première de La Strada. Il revient sur la place qu’il occupa dans l’équipe du réalisateur en tant qu’assistant jusqu’à son passage derrière la caméra en tant que cinéaste. On y apprend la méthode qu’avait Fellini de réaliser ses films, ainsi que le tournant onirique de sa carrière. Une analyse sur la mise en image des cauchemars du réalisateur italien apparaît, prenant à contre-pied sa méthode habituel de représentation des rêves. Il préfère ainsi montrer au monde ses frayeurs, ses angoisses, ses doutes. Un témoignage d’une trentaine de minutes très intéressant permettant de pleinement comprendre Satyricon, ou plus largement le cinéma de Fellini.
  •  Teatro Numero Cinque : Un documentaire réalisé par Delouche revenant sur les tournages de Fellini dans le Teatro Numero Cinque au sein de la Cinecittà. Le document permet de pénétrer sur le tournage de Satyricon et de voir le maestro Fellini, à l’oeuvre, en train de composer des scènes désormais anthologiques. Des images fascinantes ne faisant qu’apporter plus de magie à cette oeuvre mystique.

Potemkine parvient au travers de ces deux entretiens, ainsi que de ce documentaire à cibler le travail du cinéaste italien et nous conte les anecdotes, clefs pour posséder le Satyricon de la meilleure des manières. Nous sommes certainement face à la plus belle édition du chef d’oeuvre de Fellini, un indispensable tout simplement.

Note suppléments : 4/5


Quentin Tarantino

 


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