Réalisateur
Barry Jenkins
Acteurs
Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, et Trevante Rhodes
Pays
USA
Genre
Drame
Durée
111 min
Titre Original
Notre score
8

Le passage à l’âge adulte d’un jeune homme, Chiron, pendant l’ère de la guerre contre la drogue à Miami.

Avis de Manu

Au festival de l’indépendance, tout le monde monte maintenant son stand un peu de la même manière. Ainsi, les fenêtres d’expositions se ressemblent toujours plus ou moins sur leur forme, ne faisant varier le fond que par le sujet qu’elles tentent de dessiner. Barry Jenkins, un habitué du « salon », avait déjà fait parler de lui avec son premier long, Medicine for Melancholy. Et c’est auréolé d’un succès obtenu l’année dernière de festivals en festivals, depuis celui de Toronto, qu’il revient avec Moonlight, film dont la rudesse n’a d’égal que la tendresse de son récit ; fort, très fort dans la manière. Pourtant, en toute fin, un sentiment mesuré demeure quant à la réelle portée du film tant il est subtil et doté de finesse aussi bien dans son traitement que dans son récit, mais qui parfois, peine à donner une direction claire et évidente de sa démonstration par son originalité.

Si Moonlight tire sa force de tous les clichés que le réalisateur évite sur thèmes abordés (homosexualité, drogue, violence…), il semble ne pas se détacher assez de « ses origines », une pièce de théâtre, en scindant en 3 chapitres la vie de Chiron. Il y a une sorte de facilité de l’ellipse qui apporte une légère frustration quant au passage d’un âge à un autre du personnage principal. Cependant, la mise en scène soignée et d’une sensibilité de chaque instant (même dans ses plus durs moments) n’est jamais voyeuriste ; et Barry Jenkins finit par l’emporter avec une réelle subtilité. Ses mouvements de caméra (« personnage » du film par instants) apportent eux un caractère noble et poétique. Jamais un dealer « bad boy » n’aura été filmé et présenté de la sorte.

Si Moonlight sort autant son épingle du jeu, c’est avant tout par la grâce de son récit, passage à l’âge adulte d’un enfant qui doit survivre dans un Miami jamais filmé comme tel. L’élégance de la mise en scène couplée à la photo magnifique de James Laxton, donne au film cet élan inédit qui semble fabriquer devant nos yeux la grammaire cinématographique d’un auteur en plein naissance, et confirmation. Barry Jenkins réussi à mixer poésie et drame urbain, tout en filmant et racontant les moments durs de la vie de son personnage. Au point de balader le spectateur jusqu’à un final surprenant de clarté et de beauté (le tout en deux phrases et deux plans). Comme évident, Moonlight se termine, ne laissant au spectateur que le choix de ressentir ce qu’il vient de voir, ce qu’on vient de lui offrir, comme une ode poétique et d’ouverture d’esprits d’une Amérique qui en a justement, hélas, bien besoin cette année. S’il est difficile de crier au chef-d’œuvre, d’œuvre et donc d’auteur, il en est par contre bien question ici, et Barry Jenkins nous offre un petit bijou qui procure un impact bien plus puissant après coup, histoire de digérer comme il faut ce film proche de l’expérience cinématographique fait de moments innocents, d’instants aériens, comme d’une animalité pleine de sensibilité jamais filmée comme telle.

Moonlight
8
Plus d'articles
L’Intendant Sansho : Test Blu-ray