L’Eventreur de New York : Test Blu-ray

Réalisateur
Lucio Fulci
Acteurs
Almanta Suska, Howard Ross, et Jack Hedley
Pays
Italie
Genre
Giallo
Notre score
9

The Ecstasy Of Films est de retour avec un titre annoncé depuis un certain temps déjà et que nous avions avec une hâte non feinte, de découvrir : L’Eventreur De New York. L’éditeur français propose avec cette oeuvre de Lucio Fulci, un giallo particulièrement violent, ne reculant jamais devant la perversité du genre. Le film est présent dans un très distingué Mediabook, avec deux couvertures au choix, de la même manière que l’avaient été les éditions de Rage réalisé par David Cronenberg et Re-Animator réalisé par Stuart Gordon.

L’article autour de cette édition s’articulera en deux temps :

I) La critique de L’Eventreur De New York 

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

L’avis de Quentin :

I) La critique de L’Eventreur De New York 

L’Eventreur de New York, sorti en 1982 clôture une période bénie dans la carrière de Lucio Fulci qui rencontre le succès en 1969 avec Perversion Story. Le cinéaste italien débute sa carrière en 1959 et signe de nombreuses comédies italiennes, jusqu’à se tourner vers le champ du giallo, déjà bien ouvert et codifié par les oeuvres de Mario Bava. Fulci dans sa conception du thriller transalpin prend plaisir à chacun de ses efforts de tordre les codes, les lieux et l’esthétique inhérente au genre ganté de noir. Que cela soit La Longue Nuit de L’Exorcisme et son analyse étouffante rurale des Pouilles, Le Venin De La Peur et ses accents expérimentaux ou bien L’Emmurée Vivante avec son travail autour de la construction narrative, le cinéaste italien ne fait rien comme les autres et cherche constamment à transgresser les codes, les réinventer, pour apporter des entités singulières au potentiel pervers et irrévérencieux du genre.

Avant de débuter l’aventure L’Eventreur de New York, Lucio Fulci part en 1979 sur les terres de l’Oncle Sam et s’essaye au cinéma d’horreur, s’amusant encore à manipuler et violenter les codes de ces derniers avec quatre films : L’Enfer Des Zombies, Frayeurs, L’Au-Delà et La Maison Près Du Cimetière. Cette parenthèse horrifique de la carrière du réalisateur originaire de Rome, est un tournant essentiel pour comprendre le travail proposé dans L’Eventreur De New York, oeuvre brutale et ultra-violente, faisant exploser de manière outrancière le giallo italien tant l’oeuvre va réussir à tordre les corps, la chair et dépasser les mises à mort habituelles du genre.

Le film se déroule dans les ruelles suintantes et sauvages de la ville à la Grosse Pomme du début des années 80. Ces dernières ont déjà inspiré Abel Ferrara avec L’Ange De La Vengeance et William Lustig avec Maniac.
Loin du giallo bourgeois (Le Venin De la Peur) ou bien du cauchemar giallesque rural (La Longue Nuit De L’Exorcisme), le film place l’action dans un univers nouveau dans la carrière du cinéaste, au coeur de la crasse ambiante de la 42ème rue entre cinéphilie d’exploitation et club pour adultes. L’horreur et la violence sont ambiantes, décuplant la barbarie des schémas transalpins. Derrière chaque citoyen semble se cacher un maniaque, un déséquilibré, hommes et femmes paraissent avoir la carrure de criminels dans ces ruelles perpendiculaires démentes.

L’être humain en tant qu’entité perverse et coupable s’intensifie, là où le doute pèse sur chaque protagoniste dans le giallo ordinaire, ici chaque personnage se trouve être coupable déviant qu’il soit ou non le tueur. L’enquête prend alors très rapidement place en seconde analyse et Fulci ne cesse de s’enfoncer dans les entrailles de New York, la caméra tel un judas obsessionnel, multipliant les zooms sur les regards, les bouches, les armes et les vices. L’exploration et la découverte du mal partant des bas-fonds ne semble jamais s’arrêter partant des sous-terrains de la ville et contaminant les murs, les tours, se faufilant par les fenêtres pour ne laisser aucun échappatoire à ses citoyens et plus particulièrement citoyennes.

Le film comme une grande part du cinéma annoté giallo, nous parle de la confrontation entre innocence infantile et sexualité. Prenant différents aspects et motifs qu’il s’agisse de la religion, de la famille, de la politique ou bien encore de l’impuissance généralisée, qu’elle soit sexuelle ou autoritaire, le genre est un cri de colère contre l’impossibilité transitive entre l’enfance et l’âge adulte, une criminalité voyeuriste, envieuse et jalouse.
Un parallèle qui semble difficile à retrouver dans les premières minutes du film tant l’enfance et l’innocence semblent avoir disparu à jamais de cette ville géante où la multitude de rues semblent accentuer la vitesse du crime. Cet aspect étouffant et hyperactif de la ville sied à merveille au cinéma de Lucio Fulci et réutilise un modèle, porte d’entrée à « l’innocence » du tueur,  que l’on avait vu se dessiner dans La Longue Nuit De L’Exorcisme à travers le jeu de mot italien entre paperino et Paperino, le premier définissant le caneton et le second symbolisant Donald Duck, figure emblématique du cinéma d’animation américain.

Le tueur de L’Eventreur De New York communique de la sorte régulièrement avec la police locale et s’adresse à ses victimes avec une voix nasillarde et termine souvent ses phrases par un « Couack Couack », lui valant le nom de « Duck ». Bien que faisant sourire à ses premières interventions, le « Canard » tueur du film se révèle en tant qu’entité suffocante et effrayante, délivrant un coup de caméra en fin de film sur son visage, tel un cauchemar réaliste qui marquera les esprits.
L’Eventreur De New York est cette dimension schizophrénique des Etats-Unis des années 80 partagée entre néons, couleurs vives, guirlandes épileptiques, rêves, enchantements et réalité crasse, viols, meurtres  ou bien police incapable de protéger la population.

Fulci dans son labyrinthe de l’horreur particulièrement aiguisé ne cesse de propulser le spectateur entre réalité de la rue, des murs, des visages, des êtres avec une impression de surréalisme planant sur les personnages, présence inaccessible ouvrant sur une dimension fantastique inconsciente entre rêve et cauchemar. Perception qui ne cesse de se décupler au rythme de la bande originale composée par Francesco De Masi rendant hommage à la fois à la passion de Lucio Fulci pour le jazz mais également à la culture musicale populaire des années 80. Il mêle les deux courants et souligne l’héritage des scènes mettant en avant les parties jazz fiévreuses au service de la mise en scène giallesque, de patrimoine italien et accentuant les sonorités 80 lorsqu’il tend vers une violence et organisation cinématographique plus américaine qui rappelle certaines séquences du cinéma de Ferrara.

L’Eventreur de New York est une oeuvre définitivement incontournable de Lucio Fulci ainsi qu’un giallo particulièrement pervers et nauséabond qui réussit à garder la virulence du cinéma italien tout en se servant dans la crasse ambiante de la 42ème Rue du début des années 80. Une référence du cinéma se déroulant au pied de la Grande Pomme  aux côtés de Maniac de William Lustig et L’ange De La Vengeance de Abel Ferrara.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image : 

Le master proposé par The Ecstasy Of Films est tout bonnement merveilleux. On redécouvre le film de Fulci avec un sens du détail, et de mise en avant des couleurs assez saisissant. Quel bonheur de sentir le regard amoureux de Fulci sur cette 42° Rue qui rayonne de mille feux, ne saturant jamais les noirs et révélant une palette de couleur  généreuse, avec une gestion habile des contrastes, permettant de retranscrire à merveille cette période perdue. Une édition de référence pour (re)découvrir le film.

Note image : 5/5

Son : 

L’édition propose les trois versions du film :

  • La version anglaise : La piste sonore anglaise dispose d’un rendu des ambiances et atmosphères très réussie. Les voix se mêlent au mix général sans jamais être trop avant ni jamais trop en retrait. La bande-son prend toute son amplitude pour entrer de manière « confortable » dans l’oeuvre de Fulci. La piste de référence pour découvrir l’oeuvre.
  • La version italienne : La piste sonore italienne offre un confort d’écoute aux adaptes du cinéma transalpin qui souhaitent renouer avec l’atmosphère giallesque de la langue pour découvrir l’oeuvre.
  • La version française : Une piste française très honorable qui néanmoins souffre de voix très en avant dans le mix, qui gomment parfois un peu le caractère crasse de l’oeuvre tant les ambiances se trouvent quelque peu atténuées.

Note Son : 4/5

Suppléments :

Comme bien souvent The Ecstasy Of Films se démarque avec ses éditions Mediabook renfermant un nombre de bonus considérables. Cette fois-ci encore l’éditeur français a frappé fort en offrant une belle palettes de bonus mais également un livret  de 40 pages fascinant revenant sur l’oeuvre, le réalisateur et l’influence de New York sur le travail de Fulci.

Les bonus présents sur le Blu-ray sont :

– Don’t Fear The Reaper : Entretien avec Almanta Suska (26 min).

– Ripping Rememberances : Entretien avec la fille de Lucio FulciAntonella Fulci (22min).

– The Ripper Files : Un documentaire avec les trois acteurs/actrices, Howard Ross, Barbara Cupisti et Zora Kerowa. (24min)

– La Musique du sang : Entretien avec Daniele De Gemini, le directeur de la célèbre Beat Records Company en Italie. (18min)

– Deux ou trois choses que je sais de Lucio… : Entretien avec Dardano Sacchetti, maestro du scénario. (20min)

– Le peintre du diable : Entretien avec le maître de l’illustration, Enzo Sciotti. (17min)

– Documentaire : 42nd Street Memories : The Rise and Fall of America’s Most Notorious Street (82min – vostfr) de Calum Waddell

Cette myriade de suppléments est particulièrement fascinante tant chaque entretien et document proposés ouvrent les portes d’une oeuvre que l’on ne finit plus de redécouvrir.
On notera tout particulièrement l’entretien avec Almanta Suska et le documentaire sur la 42° Rue comme des suppléments d’un apport essentiel et qui font de cette édition un summum de réussite qu’il s’agisse de l’objet comme de son contenu.

Note Suppléments : 5/5

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