Tim Burton ou le Prométhée gothique
Tim Burton ou le Prométhée gothique

Tim Burton ou le Prométhée gothique

Un nouveau passionnant essai ciné vient de paraître chez Playlist Society, Tim Burton ou le Prométhée gothique. Son autrice, Elsa Colombani, critique de cinéma et docteur en lettres et littérature anglophones, collabore régulièrement aux pages cinéma de la revue Études.

Structuré en quatre parties, ce texte de 200 pages s’attache tout d’abord à expliquer la dualité du monstre burtonien comme Edward aux mains d’argent, façonné sur le modèle de l’iconique Frankenstein de Mary Shelley : « Le monstre et double, à la fois autre et lui-même : à l’extérieur, une silhouette fantastique, où se projette tous les fantasmes, et à l’intérieur, une âme authentique et vulnérable ». La poésie gothique de Burton est largement détaillée dans ces premières pages : l’arbre des morts de Sleepy Hollow, les monstres couturés (La Chose dans la série Netflix Mercredi), les hommes animaux comme Batman, la figure du vampire et de la sorcière dans Dark Shadows. Le château, totem gothique par excellence, est à l’honneur de la seconde partie qui prend pour référence le conte pour évoquer les nombreux enfants martyrs (Bloom, Wonka, Crane) de l’univers burtonien. La troisième partie est consacré à l’art, avec mention des nombreux artistes, créatifs de la filmographie de Burton, comme un sculpteur (Edward), un cinéaste (Ed Wood), un chocolatier (Wonka), une peintre (Keane), une écrivaine (Mercredi). L’autrice rappelle que l’art de la résurrection au coeur de Frankenweenie où un jeune garçon réanime son chien mort était déjà au centre du livre de Mary Shelley : « Le docteur Frankenstein, apparaît comme une allégorie idéale du metteur en scène de cinéma, qui lui aussi coupe et découpe des images, pioche dans des inspirations passées, fait revivre des êtres disparus, assemble le tout pour construire son œuvre. Burton incarne la figure d’un savant démiurge qui fabrique des personnages à partir d’éléments en provenance des contes, des comics et de la littérature gothique, personnages qui sont eux-mêmes souvent des inventeurs ou leur créature ». Un des nombreux intérêts de ce chapitre est d’évoquer les films les moins aimés de Tim Burton via la figure du « serial artist » avec Sweeney Todd et son barbier tueur en série et le curieux Big Eyes. La quatrième partie intitulée Frontières troubles, mondes doubles détaille l’esthétique du sublime dont le fameux arbre des morts est, pour l’autrice, l’incarnation. Sont évoqués d’autres motifs récurrents de la filmo burtonienne comme le cimetière soit un lieu de comédie dans Beetlejuice et Ed wood, la mort en musique avec un monde des morts festif dans Les noces funèbres, la spirale (motif de la boucle temporelle dans Miss Peregrine) et la porosité entre les strates temporelles visible notamment par l’utilisation de flash-back (Charlie et la chocolaterie), le récit non linéaire de la vie d’un personnage par plusieurs narrateurs (Big Fish), le saut dans le futur dans La planète des singes. Les inspirations cinématographiques de Burton sont rappelées comme Le cabinet du docteur Caligari (1920) pour Batman le défi et tout le cinéma de Mario Bava particulièrement présent dans Sleepy Hollow et Beetlejuice Beetlejuice. Enfin l’autrice parle de l’influence visible du réalisateur américain dans le folklore de la fête d’Halloween et bien sûr dans le champ cinématographique qui va de L’île aux chiens à Stranger Things en passant par Hôtel Transylvanie et Coco

Elsa Colombani résume ainsi le parcours de Tim Burton dont la filmo peuplée de freaks, de marginaux, de farfelus oscille entre noirceur absolue (Batman, le défi, Sleepy Hollow, Sweeney Todd) et burlesque joyeux (Charlie et la chocolaterie, Beetlejuice) : « La trajectoire professionnelle de Burton correspond à celle de ces personnages, toujours considéré comme excentriques voire anormaux, mais chez qui subsiste un espoir d’être enfin admis dans le giron de la communauté. ». Cet essai, très documenté, sourcé, qui balaie toute la filmo (de Pee-Wee Big Adventure à Mercredi) du génial Tim Burton via plusieurs thématiques, motifs récurrents dont le gothique hérité de Frankenstein est la principale composante devrait passionner tous ses fans et les cinéphiles passionnés par les réalisateurs à l’univers singulier et à la patte unique.