Le 22e Festival international du film de Kazan « Altyn Minbar » s’est tenu du 4 au 8 septembre dans la magnifique ville de Kazan, capitale du Tatarstan, connue comme la capitale culturelle du monde islamique. « Altyn Minbar » signifie littéralement « chaire d’or » et symbolise une tribune d’exception permettant de promouvoir, à travers le cinéma, les valeurs morales les plus élevées, l’humanisme et le dialogue culturel avec le monde. La devise du festival est d’ailleurs : « Du dialogue des cultures à la culture du dialogue ».
Située au confluent de la Volga et de la Kazanka, Kazan est une ville multiculturelle où mosquées et églises se côtoient. Ses boulevards sont bordés d’imposants établissements d’enseignement, d’institutions culturelles et de conservatoires. L’université d’État de Kazan est notamment célèbre pour avoir accueilli parmi ses étudiants Léon Tolstoï et Vladimir Lénine, ainsi que le compositeur et pianiste russe M. Balakirev.
Sous l’égide de Nina Kochelyaeva, présidente du comité de sélection et directrice de la programmation, le festival proposait une sélection de films variés et passionnants. Nina explique :
« La sélection s’articule autour de la notion de “mon”, qui signifie “âme” en tatar. Cette idée est au cœur de tous les films, qu’ils abordent les ravages de la guerre, l’anarchie, les migrations, les maris et les pères qui partent travailler dans des contrées lointaines, le retour aux racines ou encore le monde vu à travers les yeux d’enfants innocents. »
Le jury NETPAC était composé de Salavat Iuzeev, originaire du Tatarstan, d’André Rafael Ivanov, venu de France, et de moi-même, Indu Shrikent.
Avec plus de cinquante films primés à son actif, qu’il s’agisse de longs métrages, de courts métrages documentaires ou de films ethnographiques, Salavat est membre de l’Union des écrivains de la République du Tatarstan. En 2006, il a reçu le prestigieux prix littéraire G. Derjavine pour son ouvrage A Draught of Silence. Il est maître de conférences au département Cinéma et Télévision de l’Institut national de la culture de Kazan.
André Rafael Ivanov est le fondateur et directeur du Festival du film kazakh en France. Il a notamment coproduit plusieurs projets, parmi lesquels la série télévisée Infinity, réalisée par Thierry Poraud, le film Alla – A Pearl of the Orient, réalisé par Berlin Irishev, ainsi que White Raven, réalisé par Ralph Fiennes. Il est également membre du NETPAC.
Indu Shrikent est administratrice du Tuli Research Centre for India Studies, membre fondatrice du NETPAC India et directrice du festival Osian’s – Cinema Festival of Asian and Arab Cinema.
Le palmarès du jury NETPAC
À l’unanimité, le jury a décerné le prix NETPAC à Another Birth (Une autre naissance), d’Isabelle Kalandar, originaire du Tadjikistan. Une mention spéciale a été attribuée à Mon, de Sofya Chigirova, originaire du Tatarstan.
Le texte accompagnant le prix décerné à Another Birth était le suivant :
« Pour avoir transformé la poésie en cinéma et créé un langage visuel magique, dans lequel la beauté et l’harmonie résonnent dans chaque plan. »
Parastu, huit ans, est bouleversée à l’idée que son grand-père soit mourant. Celui-ci désespère de revoir son fils, parti depuis longtemps. Pour empêcher son grand-père de mourir, la fillette décide de partir à la recherche de son père avec deux amis.
L’histoire se déroule dans un petit village rural, au cœur des montagnes immenses et spectaculaires du Badakhshan. Isabelle Kalandar a su capter la beauté naturelle de cette région et l’entrelacer avec beaucoup de sensibilité à la poésie profonde de la célèbre poétesse iranienne Forough Farrokhzad, afin de mettre en lumière toute l’intensité des émotions.
Le titre du film est lui-même emprunté à un poème de Forough Farrokhzad, Tavalodi Digar, qui signifie « Une autre naissance ».
Le jury principal, présidé par le célèbre cinéaste iranien Majid Majidi, a également récompensé Another Birth pour sa musique et lui a décerné une mention spéciale du jury. Le film a par ailleurs reçu le prix du Rais du Tatarstan.

Mon, de Sofya Chigirova
La justification de la mention spéciale attribuée à Mon était la suivante :
« Pour son regard singulier et profondément personnel sur le retour aux racines culturelles, aux traditions et aux valeurs familiales pérennes. »
Originaire du Tatarstan, Mon, premier long métrage de Sofya Chigirova, dépeint avec tendresse le parcours d’Alina, une jeune femme qui abandonne une carrière musicale prometteuse pour rentrer chez elle et prendre soin de sa grand-mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer.
Le film restitue avec beaucoup de justesse le contraste entre les valeurs et les traditions de la vie villageoise et celles du monde urbain. Il est également intéressant de découvrir certaines célébrations traditionnelles, avec leurs danses colorées, leurs costumes, leurs jeux et leurs moments de joie et de convivialité.
Quelques autres films marquants de la compétition
Black, Red, Yellow, d’Aktan Arym Kubat (Kirghizistan)
Situé dans un village rural kirghiz, le film raconte l’histoire de Turdugul, une tisserande respectée qui vit et travaille dans la vallée. Son artisanat reflète les courants émotionnels qui traversent sa vie et sa société.
Un tapis rouge laissé inachevé après une brève histoire d’amour avec un éleveur de chevaux du village devient, des années plus tard, un symbole poignant de mémoire lorsqu’il est achevé à l’occasion des funérailles de celui-ci.
Les trois couleurs du titre — le noir, le rouge et le jaune — symbolisent respectivement la tranquillité, la passion et la mémoire.
Farz, de Sarvar Karimov (Ouzbékistan)
L’un des principaux réalisateurs et scénaristes d’Ouzbékistan, Sarvar Karimov, signe avec Farz un drame puissant sur la générosité d’un artisan honnête et travailleur, dont les bonnes intentions sont mal interprétées et donnent lieu à des calomnies.
Le film a reçu le prix du meilleur scénario.
Bonds Roots and Passions, de Sunay Terzioglu (Turquie)
À la suite d’un accident impliquant une embarcation de réfugiés, les survivants prennent conscience de la situation désespérée dans laquelle se trouvent les migrants.
Ninavau, de Bebbra Mailin (Malaisie)
Ce film marque les débuts de Bebbra Mailin dans la réalisation de longs métrages de fiction.
Son héroïne, Ninavau, retourne chez elle, en Malaisie orientale, pour assister au mariage de sa sœur. Le retour provoque des tensions lorsque sa famille, profondément attachée au catholicisme, découvre qu’elle s’est convertie à l’islam.
The Captain’s Daughter, de Larisa Sadilova (Russie)
Situé durant l’été 1972, ce film raconte l’histoire de Lyubochka, une fillette de huit ans convaincue que son père est capitaine au long cours et qu’il est parti pour une longue traversée.
Personne ne la croit et tous considèrent ses affirmations comme le fruit de son imagination enfantine. Le film est également empreint de nostalgie pour l’époque soviétique.

Riverstone, de Lalith Rathnayake (Sri Lanka)
Riverstone est un film particulièrement abouti, conçu comme un drame psychologique. L’intrigue se déroule alors que trois policiers transportent un prisonnier politique vers sa ville natale, à travers une région montagneuse.
Les acteurs servent remarquablement ce scénario original. Le film a remporté le prix du meilleur réalisateur de long métrage, tandis que Shyam Fernando a reçu le prix du meilleur acteur.
Land of Angels, de Babak Khajehpasha (Iran)
Land of Angels est un film profondément émouvant qui se déroule à Gaza. Zoha, une institutrice d’âge mûr, décide de prendre soin de plusieurs enfants séparés de leurs familles lors de l’évacuation de la ville.
Ce qui bouleverse particulièrement le spectateur, c’est la compassion et l’humanité dont elle fait preuve pour préserver le moral des enfants, malgré les bombardements et les tirs d’artillerie. Leur résilience est remarquable. Pour les réconforter, elle leur propose de chanter et de danser, s’efforçant ainsi de maintenir leur courage et leur joie de vivre.
Land of Angels a remporté trois récompenses : le Grand Prix du meilleur long métrage, le prix de la meilleure actrice et celui de la meilleure photographie.
Un festival placé sous le signe de l’humanité et du partage
Sous la direction particulièrement compétente de Milyausha Lyabibovna Aytuganova, directrice exécutive du Festival international du film de Kazan, la manifestation est devenue un rendez-vous culturel majeur. Elle a franchi plusieurs étapes importantes, notamment en développant son rayonnement international, en diversifiant sa programmation et en renforçant les échanges entre professionnels du cinéma.
Les danses et les chants présentés lors des cérémonies d’ouverture et de clôture étaient un véritable enchantement. Chaque événement était organisé avec une précision et une ponctualité remarquables.
L’hospitalité mérite également d’être saluée. Chaque soir, nous étions invités dans un restaurant différent, ce qui nous a permis de découvrir une merveilleuse diversité de saveurs et de rencontrer l’ensemble des membres des jurys. Chacune de ces soirées était ainsi un moment véritablement exceptionnel.
J’ai évoqué plus haut le thème sous-jacent du festival : « Mon », qui signifie « âme ». Je tiens à le souligner à nouveau : c’est un festival qui a du cœur et une âme.
Je suis tombée et me suis fracturé le bras droit dès le premier jour du festival. L’équipe organisatrice a pris grand soin de moi. J’ai été profondément touchée par l’empathie et la compassion dont chacun a fait preuve à mon égard. Je leur suis infiniment reconnaissante pour toute l’attention qui m’a été témoignée.
Pour conclure, ma participation au 22e Festival international du film de Kazan a été une expérience merveilleuse !
Indu Shrikent (Inde)
Indu Shrikent a rejoint en 1993 Cinemaya, The Asian Film Quarterly, la seule revue au monde consacrée exclusivement au cinéma asiatique. Elle a été l’un des membres fondateurs du NETPAC India.
Dès sa création en 1999, elle a codirigé le festival Cinefan avec Aruna Vasudev et contribué à son développement. Elle a également été directrice des 10e et 12e éditions du festival Osian’s–Cinefan du cinéma asiatique et arabe, organisé à New Delhi.
Elle a siégé dans les jurys de nombreux festivals internationaux de cinéma, notamment à Istanbul, Ismaïlia, Berlin, Amiens, Busan, Locarno — où elle a présidé le jury de la compétition des courts métrages —, au festival FAJR, à Rotterdam, Vesoul, Cinemanila, Brisbane, Jeonju et Cinemalaya.
En 2010, elle a été membre du jury de la FIPRESCI à Hong Kong.
Elle a également participé à de nombreux festivals de cinéma, notamment à Cannes, Tokyo, au MEIFF d’Abou Dhabi, au festival du film de l’ASACR organisé à Colombo, ainsi qu’à des festivals à Singapour, Toronto, Molodist à Kiev, et aux festivals FAJR, Urban Film Festival et Festival for Martyrs en Iran.
Article de Indu Shrikent. Traduction Jean-Marc THEROUANNE.

