
La comédienne, réalisatrice et humoriste Isabelle Mergault est décédée le vendredi 20 mars 2026 à Neuilly-sur-Seine, à l’âge de 67 ans, des suites d’un cancer contre lequel elle luttait depuis plusieurs mois. C’est son ami de longue date Laurent Ruquier qui a annoncé la triste nouvelle à l’AFP au nom de la famille. Le cinéma, le théâtre et la radio français perdent une artiste complète au talent singulier.
Née le 11 mai 1958 dans le 14e arrondissement de Paris, Isabelle Mergault grandit à Aubervilliers dans une famille issue du milieu médical. Son père est chirurgien, sa mère chercheuse en médecine et dermatologue. Elle est par ailleurs l’arrière-petite-fille d’Eugène Régilait, l’inventeur du lait en poudre. Après avoir passé son baccalauréat en candidate libre, elle étudie aux Beaux-Arts tout en suivant des cours de théâtre. Atteinte d’une dyslalie, un défaut de prononciation sur les sons « ch » et « j », elle consulte un orthophoniste à 18 ans. Celui-ci lui conseille de conserver cette particularité, convaincu qu’elle deviendra un atout dans le milieu du spectacle. Un conseil visionnaire.
Dans les années 1980, Isabelle Mergault enchaîne les seconds rôles comiques au cinéma. On la découvre notamment dans Diva de Jean-Jacques Beineix (1981), On n’est pas des anges… elles non plus (1981), Pour cent briques, t’as plus rien ! (1982) et surtout dans P.R.O.F.S (1985), où elle incarne une enseignante de sciences naturelles fantasque qui imite la tourterelle devant ses élèves. Elle apparaît également dans les séries télévisées Marie Pervenche et Navarro. Sa dyslalie, loin d’être un handicap, devient sa marque de fabrique et un ressort comique redoutable. Elle joue dans une trentaine de films au cours de sa carrière d’actrice.
En 1991, Isabelle Mergault prend une décision radicale : elle arrête sa carrière d’actrice pour se consacrer à l’écriture. Elle travaille notamment comme scénariste et co-écrit avec Gérard Jugnot le film Meilleur espoir féminin en 2000. Parallèlement, sa gouaille et son franc-parler la font remarquer à la radio et à la télévision. Elle devient l’une des sociétaires emblématiques de l’émission Les Grosses Têtes sur RTL, animée par Laurent Ruquier, où sa voix reconnaissable entre toutes et son humour mordant font merveille.
C’est justement Laurent Ruquier qui lui écrit ses premières pièces de théâtre : La presse est unanime en 2003, puis Si c’était à refaire en 2005, face à Pierre Palmade. Cette même année, elle écrit le scénario de Je vous trouve très beau mais hésite à le réaliser elle-même. C’est Michel Blanc, l’acteur principal, et le producteur Jean-Louis Livi qui la convainquent de passer derrière la caméra. Le film sort début 2006 et c’est un triomphe : 3,5 millions d’entrées en salles. Cette comédie agricole lui vaut le César du meilleur premier film en 2007, ainsi que la distinction de Chevalier du Mérite agricole, partagée avec Michel Blanc. Trois autres longs-métrages suivront en tant que réalisatrice : Enfin veuve (2008) avec Michèle Laroque et Jacques Gamblin, Donnant donnant (2010) avec Daniel Auteuil et Des mains en or (2023) avec Lambert Wilson et Josiane Balasko.
Le théâtre occupe une place centrale dans la seconde partie de sa carrière. Après avoir joué dans des pièces écrites par d’autres, Isabelle Mergault se lance dans l’écriture de ses propres comédies. L’Amour sur un plateau (2011), Adieu je reste ! (2012), Ouh Ouh (récompensée du Globe de Cristal de la meilleure pièce en 2015), Ne me regardez pas comme ça ! (2015), La Raison d’Aymé (2018) aux côtés de Gérard Jugnot et Le Bracelet (2024) témoignent d’une productivité et d’une popularité constantes sur les planches. Elle est également romancière, publiant Un escargot tout chaud chez Grasset en 2017.
Sur le plan personnel, Isabelle Mergault était devenue maman en 2010 en adoptant Maya, une petite fille d’origine nigérienne née en 2009. Elle avait expliqué être devenue mère « par hasard », après avoir gardé la fillette pour rendre service à sa famille biologique. Elle avait opté pour une adoption simple, permettant à Maya de garder le contact avec ses parents biologiques. Isabelle Mergault laisse derrière elle sa fille Maya, aujourd’hui âgée de 16 ans, et le souvenir d’une artiste libre, drôle et profondément attachante qui aura marqué le paysage culturel français pendant plus de quatre décennies.
J’ai apprécié le texte de Laurent Ruquier qu’a écrit sur Isabelle Mergault (source instagram)



