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We Blew It

 
 
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Genre:
 
Pays:
 
Durée: 137 min
 
Date de sortie: 08/11/2017
 
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Posted 29 novembre 2017 by

 
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Comment l’Amérique est-elle passée d’Easy Rider à Donald Trump ? Que sont devenus les rêves et les utopies des années 60 et 70 ? Qu’en pensent, aujourd’hui, ceux qui ont vécu cet âge d’or ? Ont-ils vraiment tout foutu en l’air ?

Avis de Margaux

« We blew it » sont les derniers mots que prononce Peter Fonda face à Dennis Hopper dans la séquence de fin d’Easy Rider. Il faut savoir que cette phrase a été improvisée par l’acteur, Peter Fonda expliqua plus tard ne pas vraiment savoir pourquoi il l’avait prononcée. Tout le propos de Jean-Baptiste Thoret réside dans cette courte réplique que l’on peut traduire par « on a tout gâché ». Après plusieurs écrits sur le sujet du cinéma américain des années 70, le critique de cinéma passe ici derrière la caméra. Jean-Baptiste Thoret décide donc, pour ce film, de sillonner les routes des États-Unis. Il tente ainsi de comprendre pourquoi et comment l’Amérique des années 60/70 a pu, peu à peu, se transformer et arriver à cette Amérique de Donald Trump que nous connaissons aujourd’hui.  Alors en plein bouleversement politique, social et culturel, habitée par un désir de liberté et par une énergie plus que jamais créative dans le monde de l’art, l’Amérique a-t-elle fini par tout gâcher ? C’est ainsi que  le choix du titre devient alors beaucoup plus limpide, les mots de Peter Fonda planant désormais sur toute une génération perdue.

Dans son film, Jean-Baptiste Thoret choisit de donner la parole aux individus rencontrés sur son chemin et ce, sur un même pied d’égalité, qu’ils soient cinéastes, photographes, commerçants, ou encore citoyens. Tous racontent cette époque des sixties/seventies et évoquent leurs souvenirs d’un passé désormais révolu. Le film retrace certains des grands événements qui ont profondément changé la société américaine insufflant ainsi un puissant élan de création. L’assassinat de John F. Kennedy, la guerre du Vietnam, les multiples meurtres commandités par Charles Manson, tous ces sombres épisodes ont participé à briser un idylle naissant, l’innocence est perdue. Il y a un avant et un après et le cinéma en est la preuve. Les réalisateurs changent leur manière de concevoir des films et de raconter des histoires, ces événements marqueront à jamais le début de l’époque la plus florissante du cinéma américain.

Les personnes que Jean-Baptiste Thoret décide de faire parler évoquent aussi le présent en expliquant ce qui a changé (ou non) pour eux. Certains subsistent dans l’idée de pouvoir changer les choses, de retrouver cette liberté si précieuse, pendant que d’autres expliquent comment Donald Trump est la personne qu’il faut pour sauver leur pays. Le film possède ainsi cette force de se promener dans le temps mais aussi dans l’espace. Thoret n’adopte pas la célèbre trajectoire du road-movie américain qui consiste à traverser le pays d’est en ouest. Il se déplace dans de nombreux États mais ne cesse de faire des allers-retours entre plusieurs villes ou lieux parfois symboliques (Dealey Plaza). La structure éclatée du film rend brillamment compte d’une société elle aussi dispersée.  En effet, le réalisateur tente de faire apparaître cette fêlure invisible qui a marqué la fin des années 70 et il faut accepter le fait que certains questionnements resteront sans réponses.

Une grande partie du documentaire s’attache à évoquer cette époque par le prisme du cinéma. Jean-Baptiste Thoret prend le parti d’interviewer des cinéastes aujourd’hui peu (ou plus) connus du grand public, tous ont principalement tourné à cette époque où cinéma d’auteur rimait encore avec cinéma populaire. On y retrouve, entre autres, Peter Bogdanovich, Charles Burnett, Bob Rafelson, Larry  Cohen ou encore Jerry Schatzberg.  C’est d’ailleurs Michael Mann qui ouvre le bal, symbole d’une génération consciente du passé et flamme d’espoir pour le cinéma et son héritage, en effet, il réalise son premier film au début des années 80. Le film se clôture, avec un bel hommage, sur  les précieux mots de Tobe Hooper.

Le film de Jean-Baptiste Thoret est à mi-chemin entre le documentaire et la fiction, sa forme presque contemplative, relevée par le format Cinémascope, laisse au spectateur le temps de réfléchir à ce qu’il voit et à ce qu’il entend. La bande son qui accompagne les images est un personnage à part entière. Tout comme les films cités, les morceaux convoquent les fantômes du passé pour ne pas alourdir mais, au contraire, élever les images de sens. La mise en scène du film apporte effectivement du sens là où, parfois, les dialogues s’arrêtent.  La caméra continue de tourner après les entretiens et, à certains moments, la magie opère. C’est le cas de la séquence où Ronee Blakley, actrice du film Nashville (1975) de Robert Altman, chante accompagnée de son piano le final du film dans le même décor 42 ans plus tard. Le plan dure quelques minutes après la fin du morceaux et Ronee Blakley contemple, avec mélancolie, un passé qu’elle avait presque oublié, toute l’émotion est transmise dans ces quelques instants.

We blew it est un film mélancolique, mais pas nostalgique, qui réfléchit le présent par le passé. Il semble cependant difficile pour Jean-Baptiste Thoret de faire le deuil de cette époque, mais l’envie de courir voir tous ces films évoqués une fois le générique fini est déjà un très bel hommage.


Fabien Brajon

 


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