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Mélo : Test Blu-ray

 
 
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Genre:
 
Pays:
 
Durée: 109 minutes
 
Date de sortie: 1986 Date de sortie DVD et Blu-ray : 03/06/2019
 
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Posted 1 juillet 2019 by

 
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Synopsis : Un célibataire et un couple confrontent leurs vies respectives: le premier n’a plus que les souvenirs, le second n’a plus que les compromis. Lui se voile la face quand son meilleur ami Marcel, se laisse séduire par sa femme. La tragédie couve sous ces faux-semblants… Dans chaque cas, l’échec est béant, les regrets chahutent le quotidien. Il suffit que l’héroïne cède à la tentation de rectifier son destin pour que l’apocalypse s’abatte sur les têtes du trio maudit.

Potemkine, éditeur français incontournable, clôture son formidable premier semestre 2019 avec la sortie d’une curieuse oeuvre française à mi-chemin entre le théâtre et le cinéma : Mélo de Alain Resnais. L’éditeur parisien, nous propose de redécouvrir ce chef d’oeuvre du cinéma hexagonal, et va bien plus loin en nous proposant une toute nouvelle restauration afin de porter cette adaptation de la pièce d’Henri Bernstein vers la postérité.

Notre article se divisera en deux parties :

I) La critique de Mélo

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

L’avis de Quentin : 

I) La critique de Mélo

Mélo de Alain Resnais est une déclaration d’amour du cinéaste au sixième art, le théâtre, ainsi qu’au mélodrame. Il déconstruit la notion même de mélodrame en donnant à son film les deux premières syllabes du genre reposant sur le caractère musical de cette mouvance. Étymologiquement, le terme mélodrame fixe la rencontre de la musique, le mélo, avec l’action théâtrale, le drame. Néanmoins, le réalisateur français dépasse cette conception. Il propose un mélodrame en trois actes où la musique n’est pas présente de manière à porter l’intrigue mais plutôt à poser le cadre de l’histoire. Nous suivons de cette manière, des musiciens dans leur intimité, leurs relations amicales et passionnelles sans jamais offrir la possibilité à une bande originale de porter l’oeuvre. Le cinéaste, se joue d’ailleurs même du concept musical, l’incorporant seulement durant de rares secondes, lors d’interprétations d’oeuvres par les personnages afin de refléter le caractère de chacun et leurs positions les uns par rapport aux autres. Une manœuvre fine et élégante qui sait parler aux mélomanes.

Le mélodrame est également mis à l’honneur à travers le jeu des acteurs. Le cinéaste français a fait en sorte que les acteurs fassent part d’une grandiloquence dans leur jeu, d’exagération dans leurs intonations, gestuelles ou réactions. Cette mise en scène forte en interprétation pouvant s’avérer impénétrable durant la première séquence, devient au fur et à mesure du visionnage d’une grande limpidité. Un rythme que l’on apprend à suivre au fil des séquences, parvenant à nous bercer autour de ce triangle amoureux.

De plus, Mélo offre une démarche assez rare de collaboration entre le sixième et le septième art. Alain Resnais parvient parfaitement à organiser son propos créant une oeuvre n’oubliant pas ses racines, tout en parvenant à user du média cinéma. Il dépasse de la sorte le caractère éphémère, de la performance théâtrale, et lui fait  embrasser une carrière éternelle, au travers de la caméra.  De cette manière, le réalisateur pose chaque nouvelle séquence par un plan fixe, installant les décors et les personnages en présence à la manière d’un tableau théâtral, pour, une fois la spatialisation établie, déplacer la caméra dans le décor, nous faisant directement pénétrer dans la pièce, l’intimité des personnages. On quitte ainsi notre simple position de spectateur.

Le film est découpé en trois actes respectant la mise en scène théâtrale. Nous assistons à des ouvertures et clôtures de rideaux pour délimiter les trois parties de l’oeuvre. La tragédie se développe de manière insidieuse au fur et à mesure des scènes et des dialogues. Le climat de tension ne cesse d’augmenter, les personnages ne pouvant se dérober à la fatalité. C’est justement lorsque ces derniers se rendent compte de leur situation, et qu’ils souhaitent fuir le malheur, que ce dernier gagne en ampleur.

Les acteurs sont tous à la quintessence de leurs carrières, de leurs performances. On redécouvre avec plaisir André Dussollier, avec toute sa malice, et sa vitalité. Cela fait bien longtemps que l’acteur ne délivrait plus de telles performances, c’est donc un vrai bonheur que de le retrouver dans Mélo. Cependant, cela ne s’arrête pas  en si bon chemin car on relèvera également une sublime performance de la part de Sabine Azéma,également rencardé depuis quelques années à la comédie française, tout comme Dussollier, où ils se rencontrent déjà dans Tanguy par exemple. Azéma propose certainement dans Mélo, sa plus grande performance. Elle parvient à totalement posséder le personnage, à le faire sortir de l’écran, le spectateur voulant continuellement se rendre à son secours, l’aider dans sa détresse. Enfin, autre rôle marquant, celui de Pierre Arditi, qui nous rappelle à ses grandes heures. Ce dernier est tout simplement épatant en mari malade, ne voulant pas ouvrir les yeux sur l’infidélité de sa femme.





Alain Resnais, nous peint ainsi le tableau d’une humanité en perte de sens, de but, qui désire trouver le bonheur dans le bras de l’autre, de l’inconnu. L’homme célibataire, souffrant de sa solitude et s’éprenant d’amour pour pallier à son mal. Le couple éternel, souffrant à travers une vie de compromis, où la femme souhaite une vie nouvelle, faite d’aventure et de surprises. Une quête de l’impossible ne pouvant que verser dans la tragédie.

Mélo de Alain Resnais est un haut nom du cinéma français, permettant l’union du sixième et du septième art. Il nous offre certainement l’oeuvre maîtresse délimitant la frontière entre drame et mélodrame. Une oeuvre pleine de poésie, touchante, émouvante, terrifiante et parfois même révoltante, se questionnant sur les faux-semblants d’une humanité égarée dans sa quête de bonheur et d’individualité.

II) Les caractéristiques de l’édition Blu-ray

Image :

La restauration 2K que nous propose Potemkine est très réussie. La copie garde son grain d’origine et sait en jouer afin d’en faire un gage de qualité. Le niveau de détails, de colorimétrie ou bien même de contraste est habilement maîtrisé offrant de très belles séquences. Néanmoins, on pourra remarquer que certaines scènes, les plus obscures, ont quelque peu de mal dans la gestion des noirs. Cependant, il s’agit d’un détail moindre qui n’empêche en aucun cas de redécouvrir ce chef d’oeuvre de Alain Resnais.

En somme, il s’agit d’une restauration maîtrisée et sublimée dans sa quasi intégralité que nous propose Potemkine, et pour cela on ne peut que les en remercier.

Note image : 4/5

Son :

La version DTS HD DUAL MONO,  est stable permettant de pleinement pénétrer dans l’atmosphère du film. Cependant les dialogues, surtout ceux d’André Dussollier, se trouvent à certains moments un peu brouillon de par sa diction, poussant à augmenter, à certains moments le volume du film. Néanmoins, ces séquences se font assez rares et la piste son au format HD fait son travail de manière satisfaisante, ne saturant jamais que cela soit dans les graves ou bien les aigus.

Note Son : 3/5

Suppléments :

– Entretien avec Alain Resnais (7 minutes) : Le cinéaste revient sur les conditions de tournage du film et l’accord qu’a passé le cinéaste avec son producteur de tourner le film en 20 jours. Il partage également son admiration pour les pièces de Bernstein et le choix d’adaptation de Mélo. Enfin, il indique les raisons suite à ses précédents échecs au cinéma, de reformer la même équipe d’acteurs pour porter son nouvel effort qu’était Mélo.

– De Bernstein à Resnais, l’adaptation de Mélo : entretien avec Myriam Juan, historienne (19 minutes) : L’historienne, revient sur la grande carrière d’Henri Bernstein, de Paris jusqu’aux grandes salles de Broadway, revenant sur l’ensemble de son oeuvre pour arriver progressivement au cinéma de Resnais, ainsi qu’à l’attrait du cinéaste pour Bernstein. Un supplément important permettant de saisir le chemin du sixième au septième art de manière adroite et pertinente.

– Le décor de Mélo : Jean-Pierre Berthomé, historien du cinéma, commente les archives de Jacques Saulnier (21 minutes) : L’historien du cinéma revient sur le travail de Jacques Saulnier pour le film d’Alain Resnais. Il mène une analyse fabuleuse sur la dualité des deux appartements du film, leur affrontement. Les décors deviennent ainsi un personnage du film, tentant continuellement de donner l’envie au personnage de Sabine Azéma  de rejoindre celui interprété par André Dussolier. Des croquis nous y sont dévoilés pour mieux comprendre l’agencement des studios, et la réunion de tous les tableaux que nous offre le film, afin de tourner le film dans des délais réduits. Une étude de l’espace est alors menée apportant au film, une légende, une identité propre dans sa conception.  Un bonus fascinant qui apporte à l’oeuvre de Resnais une profondeur et un véritable hommage à son décorateur Jacques Saulnier. Un incontournable de cette édition tout simplement.
– Entretien avec le décorateur Jacques Saulnier (18 minutes) : Jacques Saulnier revient sur l’intégralité de sa carrière en partant de sa participation au cinéma de Rohmer jusqu’à sa grande association avec Alain Resnais. De nombreuses anecdotes nous sont apportées pour saisir le travail devant être mené entre le réalisateur et le chef décorateur, l’importance de cette association, pour la réussite du film. Ce supplément s’accorde à la perfection avec l’analyse de Berthomé sur les décors, permettant de comprendre le travail de Resnais, le travail de décorateur mais bien plus avec l’empreinte que Saulnier instille dans les œuvres pour lesquelles il travaille. Les deux suppléments apportent beaucoup pour les spectateurs voulant aller plus loin sur l’étude de Mélo.
– Entretien avec Pierre Arditi (12 minutes) : Pierre Arditi revient sur sa découverte de la langue d’Henri Bernstein, toute la profondeur créé au travers de cette oeuvre théâtrale. Il explique sa fascination sur la pièce et la manière dont le metteur en scène des années 30 était parvenu à transcender le théâtre de par sa manière d’utiliser la langue française. Un regard humble est porté sur l’adaptation de Resnais et sur le passage du théâtre au cinéma. Une explication particulièrement intrigante est menée  par l’acteur sur les conditions de tournage et les premières interprétations du scénario sans caméra pour faire découvrir à l’équipe technique, l’oeuvre avant de la filmer. Un entretien honnête et touchant de la part de Pierre Arditi, sur une façon de faire du cinéma que l’on ne retrouvera certainement plus.
– Entretien avec André Dussollier (28 minutes) : André Dussollier revient sur ses différents travaux avec Alain Resnais. Ce dernier, parle de Bernstein et aborde la réputation du metteur en scène, la difficulté d’adapter ses œuvres sans être décrié. Il indique même que les écoles de théâtre ne voulaient pas entendre parler de Henri Bernstein dans les années 70. Il indique la manière qu’a Resnais de travailler avec ses acteurs sans jamais s’imposer. Le cinéaste parviendrait à toujours orienter ses protagonistes sans jamais imposer sa vision de manière arbitraire. De plus, Dussollier revient de façon intéressante sur sa perception du théâtre et du cinéma, la manière de mener des monologues et des dialogues, les différences d’approche. Néanmoins la prise son de ce supplément plein d’anecdotes est parfois brouillonne.
– Entretien avec la scripte Sylvette Baudrot (12 minutes) : Sylvette Baudrot revient sur la difficulté de mémoriser pour les acteurs, et tout particulièrement André Dussollier de retenir le texte. Certains monologues faisaient parfois plus de quatre pages. Elle aborde également le script qu’elle a établi ainsi que ses nombreuses annotations sur ce dernier. Elle explique la fabuleuse collaboration qu’elle a connu avec Alain Resnais. On y apprend les différentes écritures des scènes et leurs différences d’interprétation. On y découvre les raisons qui ont poussé le cinéaste à choisir telle écriture de séquence.

– Entretien avec le producteur Marin Karmitz (13 minutes) : Karmitz revient sur sa carrière de producteur et la difficulté qu’il a eu de réussir pour devenir à ses yeux un bon producteur. Il indique qu’à partir de la production de Mélo, il se mit à être fier pour son travail. Une aventure passionnante sur les rouages de la production. Un témoignage rare permettant de saisir les enjeux d’un producteur dans le choix de ses projets mais également de ses demandes.

Potemkine nous offre une édition fabuleuse de Mélo, bénéficiant d’une restauration fabuleuse pour un film majeur du cinéma français et va bien plus loin en proposant des suppléments d’une grande richesse. L’éditeur parisien mérite définitivement sa réputation luxueuse de par sa remarquable manière de travailler sur chacune de ses éditions, Mélo étant un merveilleux exemple de leurs efforts.
Note suppléments : 5/5


Quentin Tarantino

 


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