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Cogan : Killing Them Softly

 

 
Overview
 

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Titre Original: Killing Them Softly
 
Durée: 104 min
 
Date de sortie: 05-12-2012 (cinéma) / 05-04-2013 (vidéo)
 
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Posted 3 avril 2013 by

 
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Lorsqu’une partie de poker illégale est braquée, c’est tout le monde des bas-fonds de la pègre qui est menacé. Les caïds de la Mafia font appel à Jackie Cogan pour trouver les coupables. Mais entre des commanditaires indécis, des escrocs à la petite semaine, des assassins fatigués et ceux qui ont fomenté le coup, Cogan va avoir du mal à garder le contrôle d’une situation qui dégénère…

Film en compétition dans la Sélection Officielle au Festival de Cannes 2012  

L’avis de Fabien

Du réalisateur du western mélancolique L’assassinat de Jesse James le choix d’un polar mafieux avec Brad Pitt, Ray Liotta et James Gandolfini suscitait pas mal de curiosités vu son traitement personnel du genre western dans son superbe précédent film.

Au delà de son pitch classique de polar, adaptation du roman L’Art et la manière paru en 1974 et écrit par George V. Higgins, un homme de main doit exécuter un contrat pour rétablir le contrôle du business de ses employeurs, Cogan : Killing Them Softly superpose avec réussite l’histoire de la crise économique des bas-fonds de la pègre à l’histoire de la crise financière d’un pays : on y croise ainsi un duo de petits gangsters paumés enchaînant les maladresses,  un tueur à gage alcoolique et fatigué en instance de divorce, un tenancier de tripot imaginant le braque de son commerce pour survivre, un col blanc achetant des billets éco pour les tueurs qu’il a engagé. Quant au personnage de Brad Pitt, un tueur froid mais cultivé et lucide sur le sort de son pays, il doit insister pour obtenir le juste salaire alors que son employeur négocie invoquant la crise généralisée !

Andrew Dominik aborde le polar sous un angle intéressant en mettant en scène le malaise existentiel que ces personnages trimballent dans un monde en crise. Dans ces conversations triviales que l’on croiraient écrites par Tarantino, un sentiment de solitude émerge, la dépression gagne, la palme revenant à James Gandolfini, énorme en gangster sur le retour ne voulant plus sortir de sa chambre et exécuter son contrat.

Parfois trop maniériste (la séquence d’une virtuosité vaine d’un flingage avec effet bullet time) la mise en scène stylisée de Dominik est plus efficace quand elle s’attache à développer son drame policier capitaliste, à révéler la détresse ou l’humour à froid de ses personnages, en faisant déclarer par exemple à Brad Pitt sur un ton cynique et désabusé que « l’Amérique ce n’est pas un pays, c’est un business ».

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Avis de Manuel Yvernault :

Andrew Dominik n’est pas un réalisateur prolifique. Un film tous les 6/7 ans. Deux premiers longs métrages qui s’inscrivent dans une forme et une esthétique marquées, dont L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, western crépusculaire, d’une beauté inouïe.

On retrouve dans Cogan (Killing Them Soflty) les mêmes désirs projetés du réalisateur mais le discours sur la notoriété de son western est remplacé (en moins subtil) par celui du pouvoir de la finance. Le lyrisme de L’assassinat de Jesse James laisse place au polar et à la modernité narrative qui l’accompagne. Une modernité de propos et de forme. Cogan est un film qui prend son temps. Etendre la temporalité par un retour à une mise en scène nécessaire (importance des points de vues : de chaque personnage, à travers un rétroviseur, un masque, sous héroïne, sous alcool…) qui ramène au sens même d’une réalisation méticuleuse (scène du braquage toute en tension, lenteur et fausses pistes).
Andrew Dominik ne peut distendre son propos et la manière dont il le met en scène. Il fait évoluer ses personnages dans une Amérique abattue (la crise est passée par là) dans des décors vides, proches du no man’s land. L’univers est crasseux et pluvieux, le soleil ? présent. Lors d’infimes éclaircies comme les élans de ses personnages pour se sortir de leur vie, misérable parfois, aberrante tout le temps. C’est cette touche d’absurdité qui prédomine tout au long du film. Désamorcé les notes noires du polar pour en agencer un ton plus réaliste et dénonciateur. En ça, le film se suffit à lui-même et la profusion de déclarations politiques (radio, télé) tout au long du film gâche un peu la subtilité du discours du réalisateur. Rien de gênant (la scène d’intro assène de toute façon le premier coup et indique le rythme à suivre) mais un peu moins subtile que le reste du film.
Parti pris loin d’être nécessaire puisque dans une dernière séquence (qu’on ne spoilera pas) le film se résume en un dialogue culte.

Certes les spectateurs plus attachés au genre seront sans doute déstabilisés par la forme et le passage en force du réalisateur mais cette mise en scène revient à mettre en avant l’importance des personnages et des dialogues. Le format du film (à peine 1h40) semble aller au plus pressé, comme le résumé d’un fait divers banal, à l’esprit choral, où la banalité d’action de chaque protagoniste semble s’évanouir dans un tout chaotique et absurde. En fait, chacun prend la place qui lui incombe et l’incohérence de chaque action apporte au film cette saveur particulière. Si le western devait avoir une filiation Cogan en serait un reflet moderne possible. Donnant un écho particulier à L’assassinat de Jesse James, la reconnaissance laissant place à la finance.

Brad Pitt, fil conducteur parmi tous ces gangsters réussit comme à son habitude à délivrer une prestation magnétique et parfaite. Là où même les silences en disent autant que les dialogues. Son personnage (Cogan) est le reflet réaliste de ce que l’Amérique est devenue, statique et financière (« Don’t make me laugh. I’m living in America, and in America you’re on your own. America’s not a country. It’s just a business. Now fuckin’ pay me. »), post Bush, à l’aube de la présidence Obama.

Le film serait la critique moderne de ce que l’Amérique est devenue. Un pays où la violence (le film l’est, même de manière épars) est montrée comme un vecteur sur lequel les Etats-Unis se sont fondés et ce à niveau égal avec une certaine nécrose financière. Un tout qui dirige le pays vers l’immobilisme où l’absurdité utilisé par Andrew Dominik serait l’unique moyen de désamorcer la noirceur de fond.
Par la précision de sa mise en scène (et de son montage), la force de son (ses) discours sous-jacent(s), Cogan résonne comme le poème noir de cette fin d’année, parsemé ça et là d’ironie et d’extravagance. Loin de son western majestueux, Andrew Dominik signe tout même le polar non-conformiste de cette fin d’année.

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Test blu-ray

Des images très travaillées (souvent ternes avec quelques cadres aux portions volontairement floues) avec des ralentis aux détails qui tuent et des plans-séquences ciselés avec soin alliés à une très bonne bande-sonore où les nombreux dialogues bien aérés côtoient des bruitages percutants (coups de poing, détonations) : du travail de pro!

Cette édition blu-ray Metropolitan propose comme suppléments 4 scènes coupées dont 2 consacrées à un personnage secondaire et un court making-of,  featurette promo où Brad Pitt brille par son absence. Si la technique impressionne, le contrat suppléments est vite expédié, on aurait en savoir plus sur le tournage et sur la nouvelle collaboration Dominik/Pitt.

 


zast

 


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