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Posted 5 octobre 2009 by zast in Interview
 
 

Interview du réalisateur Thierry PAYA pour son film Ouvert 24/7


Nous vous proposons l’interview du réalisateur Thierry PAYA qui a bien voulu répondre à nos questions à propos de son premier long métrage horrifique intitulé Ouvert 24/7. Une avant première du film aura lieu le 31 octobre 2009 au cinéma Le Palace à Hayange.

 


Pourriez-vous vous présenter et nous décrire votre parcours avant la réalisation de « Ouvert 24/7 » ?


Thierry PAYA : Et bien oui ! Je m’appelle Thierry PAYA, je suis originaire de Hayange en Moselle, où je réside toujours. J’ai réalisé une dizaine de courts et moyens-métrages depuis le début des années quatre-vingt-dix.


Qu’est ce qui vous attire dans la réalisation et plus précisément dans les films d’horreur ?


Thierry PAYA : La réalisation est une thérapie pour moi, c’est la seule chose qui me permet d’oublier mes angoisses.
Et le cinéma de « genre », et plus spécialement les films d’horreur, sont un excellent remède pour ça.
Contrairement à ce que peuvent dire des gens « bien pensants », il n’y a rien de malsain dans cet art, et tous les gens que j’ai rencontré dans ce domaine se sont toujours révélés très sympas et marrants !

 



Quelles sont vos références cinématographiques ?


Thierry PAYA : Question compliquée… Très jeune, j’étais obsédé par « King-Kong » et « Frankenstein« , ainsi que « La Quatrième Dimension« . Bien plus tard, « Les Dents De La Mer » et « L’Exorciste » seront « le » choc pour moi. Suivra la découverte de tous ces réalisateurs-cultes: William FRIEDKIN, Steven SPIELBERG, John CARPENTER, Joe DANTE, John LANDIS, Sam RAIMI, George ROMERO, Tobe HOOPER, Alfred HITCHCOCK, Brian De PALMA

Mais aussi William LUSTIG, Dario ARGENTO, Michele SOAVI, Lucio FULCI… Sans oublier bien entendu les films fauchés mais jouissifs, les série B, Z, Y, X, T… Lloyd KAUFMAN et Troma évidemment… Pour tout vous dire, je peux facilement passer de « Gremlins » à « Mother’s Day » ou de « E.T.  » à « The Toxic Avenger« . Accessoirement, je peux aussi regarder « The Texas Chainsaw Massacre » en boucle, puis enchaîner (…) sur un bon film de crocodile-tueur. Bon, j’arrête là !!!


Comment avez-vous eu l’idée de réaliser « Ouvert 24/7 » ?


Thierry PAYA : Suite à ma rencontre avec Colin VETTIER, le scénariste à l’origine de l’idée de mon avant-dernier film, un court-métrage de six minutes intitulé « Jogging« . Nous avions décidé de collaborer à nouveau, et pendant un repas dans un restaurant mongol, les idées ont fusé ! « On fait quoi, un court ? » Non, trop d’idées et d’envies de cinéma… « On va faire un long », et il s ‘appellera « Ouvert 24/7 » !


Pourriez-vous nous parler de l’histoire du film ?


Thierry PAYA : L’histoire se déroule dans un bar routier isolé dont la spécialité est la choucroute. Il est « Ouvert 24/7« , et la serveuse aime qu’on lui raconte des histoires en échange d’une bière de plus. Elle va même se prêter au jeu du conte. En découle trois histoires, avec chacune un thème, un registre et un titre à part. « Question De Goût » dévoile une banale histoire d’un couple ordinaire… Constitué de deux lesbiennes, recherchées par un flic fou et torturé. Le problème ? Elles sont vaguement cannibales sur les bords.

Le deuxième segment, « Règlement De Contes« , nous narre les aventures d’une ogresse et de sa rencontre avec Mathilde, une jeune apprentie-ogresse qui se « cherche », et qui la cherche ! Détournement de contes de fées et humour décalé saupoudré de séquences gore sont bien évidemment au programme, avec en point d’orgue un hommage à Craig REARDON, le maquilleur-culte du célèbre « Poltergeist » réalisé par Tobe HOOPER. L’on n’en dira pas plus, si ce n’est que c’est un certain David SCHERER qui s’est ici occupé des effets spéciaux !!!

Le troisième segment ressemble plus à un fait divers sordide. Deux sœurs vivant à la campagne avec leur père dans le pays platt (Nord-est de la Moselle) s’échappent de leur ferme pour aller en ville voir une comédie musicale ! Dur et sans concessions…

 

 

Pourquoi avez-vous décidé de faire un film à sketchs (Trois histoires) ?

Thierry PAYA : Pour une raison simple: Je voulais aborder plusieurs sujets dans le genre et assouvir ma soif de situations différentes à travers le gore, l’humour décalé, le sexe, les crocodiles, la forêt sombre, l’ogresse, la cannibale, le Thriller, etc. Et le seul moyen de mettre une partie de toutes ces envies, c’était le film à sketchs.  Une formule également bien pratique lorsque l’on n’a pas la possibilité d’immobiliser l’emploi du temps des acteurs pendant de nombreux mois.

 

 

Combien de temps a duré la post-production puis combien de temps a duré le tournage ?


Thierry PAYA : Le tournage a démarré le 12 septembre 2008, pour se terminer le 9 août 2009. Cela peut paraître long, mais il ne faut pas oublier que nous ne tournions pratiquement que les week-ends, et que nous avons connu quelques périodes creuses. Cependant, l’équipe ne s’est jamais arrêtée, que se soit au niveau des repérages, des décors, des changements de dernière minute… La post-production a débuté au début de l’été, et se poursuit au moment où je vous parle. C’est d’ailleurs la course contre la montre, car tout doit impérativement s’achever avant la Grande Première, le 31 octobre 2009. Jour d’Halloween, bien évidemment !!!



Entre le scénario et la réalisation, avez-vous dû éliminer certaines scènes, pour cause de manque de budget, de scènes irréalisables ou de manque de temps, par exemple ? Si oui, auriez-vous quelques anecdotes ?

Thierry PAYA : Bien entendu !!! Sinon, c’est pas marrant !!! L’on n’a pas éliminé beaucoup de choses une fois le tournage commencé, j’ai essayé de toujours rester en adéquation avec le scénario. Cependant, des changements de dernière minute dus à l’absence d’un comédien (Un petit rôle heureusement) nous a obligé a réécrire la scène en temps réel sur le tournage. Je me souviens même d’une fois où Colin VETTIER a récrit une scène par SMS !!!

Une anecdote ? Bien sûr ! La pauvre Michelle YOUNG, chanteuse américaine de très grand talent, en a fait les frais ! Elle nous avait pourtant fait l’honneur de venir depuis son Tennessee natal, à ses frais, pour interpréter la comédie musicale du troisième segment. Et pour la remercier de sa participation en tant que chanteuse pour la musique du film, je lui ai proposé un petit rôle dans le deuxième segment, le rôle d’une princesse. Mais en derrière minute, des intempéries nous ont fait nous recroqueviller en studio pour tourner une autre scène, et de princesse, elle est passée à clocharde !

 


Comment Lloyd KAUFMAN a t’il été associé au projet ?


Thierry PAYA : Par Colin VETTIER, qui en plus d’être scénariste et le spécialiste Troma du site www.horreur.com, est un fan de la première heure. Il y a quelques années, il a réalisé son rêve en effectuant un stage aux côtés du Maître à New York. Visiblement, ce stage s’est bien passé puisque, des années après, Lloyd KAUFMAN n’a pas hésité une seconde lorsque Colin VETTIER l’a appelé pour lui demander de faire une apparition dans « Ouvert 24/7« . Cela ne s’est évidemment pas passé aussi simplement que ça, étant donné l’emploi du temps de fou de Lloyd KAUFMAN. Mais il a tenu ses engagements ! Rien que pour cela, respect…



Comment se sont déroulées les quarante-huit heures pendant la venue de Lloyd KAUFMAN ?





Thierry PAYA : Le mieux du monde !!! C’est un parfait gentleman, vraiment, il est venu à Serémange-Erzange, petite commune de la Vallée de la Fensch avec sa charmante épouse, et nous avons tourné la scène… Toute l’équipe était prête comme d’habitude, et Lloyd KAUFMAN est un grand professionnel. Au passage, il en a profité pour filmer toute cette journée, afin de montrer à ses étudiants comment l’on fait un film indépendant en France ! Nous avons vraiment eu un rapport réalisateur-comédien, et il n’a jamais pris l’équipe de haut, bien au contraire ! il a observé, et m’a même confié avoir été impressionné par le professionnalisme de l’équipe ! N’oublions pas que ce monsieur a lancé des gens comme Kevin COSTNER ou Samuel L. JACKSON, qu’il a monté sa première maison de production avec Oliver STONE, et lancé les gars de « South Park« … Et la liste est encore longue !



Comment avez-vous choisi les acteurs ainsi que les rôles que vous alliez leur attribuer ?

Thierry PAYA : Je connaissais déjà Maud GALET-LALANDE, pour en avoir fait mon héroïne dans « Jogging« . Stéphanie KERN SIEBERING m’a été présentée par Colin VETTIER, Marie-Pierre VINCENT avait déjà tourné avec moi, etc. Les autres acteurs ont été choisis sur casting, ou bien ont été recommandé par leurs pairs. Le bouche à oreille, quoi !

Le plus compliqué reste les rôles où interviennent les enfants… Certains acteurs ont été choisis pour leur « gueule », d’autres pour leur expérience. La plupart sont professionnels, et je n’ai eu aucun mal pour les diriger. Ils savaient ce que j’attendais d’eux, et ils ont amené beaucoup à l’histoire. Je ne voulais pas d’un film de genre avec des comédiens « approximatifs », rumeur trop souvent répandue sur les films d’horreur à petit budget. Tout dans les effets spéciaux, et rien dans l’interprétation, plus sa gicle, mieux c’est… J’ai fait l’inverse, enfin j’espère…

 


Pourriez-vous nous parler de la partie technique du film et du matériel dont vous avez pu bénéficier ?

Thierry PAYA : Vu le budget plus que limité, nous avons utilisé le matériel que nous avons acquis au fur et à mesure des tournages. Nous avons tourné en mini-DV avec la caméra Canon XL2 (Qui a rendu l’âme depuis, R.I.P.) et son seul objectif d’origine, ce qui limite les possibilités. Nous avions aussi construit un travelling-maison, ainsi qu’une mini-grue. Mais par faute de temps, j’ai limité les mouvements de caméra et le nombre importants d’axes que j’avais prévu, en misant comme je le disais sur la performance des acteurs.

Ceci dit, il y quand même des mouvements sympathique dans le film… Norbert MOLLICONE, notre le directeur de la photographie, a utilisé des projecteurs Arri. Nous avons toutefois eu recours deux fois à la location pour des projecteurs H.M.I., ainsi qu’une grue Bull Crane de 6m50. Et là, on s’est bien amusé ! L’ingénieur du son a son propre matériel, et toute la régie de post-production nous appartient.



Pourriez-vous nous donner quelques anecdotes de tournage ?


Thierry PAYA : La ville de Hayange nous a prêté une ancienne salle de cinéma, que nous avons transformé en studio. Au bout de deux jours de tournage, il y avait déjà des tâches de sang au plafond !!! Il faut dire que David SCHERER n’y va pas de main morte…En fait le tournage était une « grosse » anecdote , tout ce qu’on faisait tenait de l’improbable et l’anecdotique !!!!



Avez-vous eu quelques craintes durant le tournage ?


Thierry PAYA : Évidemment, vu que toute l’équipe était bénévole, y compris les acteurs. N’importe qui pouvait quitter le plateau et nous lâcher à n’importe quel moment. Heureusement, cela ne s’est pas produit… Tout le monde s’est donné à 200%. Mon autre grande crainte, c’était le facteur temps: je crois bien que je demandais l’heure toutes les deux minutes ! Les tournages étaient très intenses, sur un laps de temps très serré.

 


En ce moment, vous êtes sur le montage du film, comment se déroule cette post-production ?

Thierry PAYA : Et bien, Maxime MATHIS (Le monteur) a terminé le montage image, et Martial VIDIGH (Ingénieur du son et compositeur de la musique) mixe le son. Ils sont enfermés dans une cave depuis plus de deux mois, et n’ont pas le droit de sortir tant que c’est pas fini !!! Il y aussi notre cher Eric MARCIANO qui planche comme un fou sur les effets visuels…..Enfermé lui aussi avec un bout de pain et de l’eau !!Non, je plaisante ! Tout se passe bien, mais encore une fois, le temps passe trop vite !!!


 

Pour les musiques du film, quel style allez- vous utiliser ? Classique, rock…

Thierry PAYA : Depuis que je fais des films, c’est Martial VIDIGH qui se charge de la musique de ceux-ci. Comme c’est d’ailleurs le cas pour tout le reste du film, tout est original de A à Z. Le premier segment est très synthétique et froid, le deuxième plus orchestré et grand-guignolesque, un peu dans la veine du travail de Danny ELFMAN (s’il faut donner un exemple). Le troisième est constitué d’une chanson de comédie musicale, interprétée donc par Michelle YOUNG et un chœur d’hommes allemand… En fait, quelque chose entre Broadway et le Mur de Berlin. Vous voyez ce que je veux dire ???



A quelques semaines de la première diffusion, comment vous sentez-vous ?

Thierry PAYA : L’angoisse est là… C’est sur ! il faut être prêt pour le 31 octobre !!! Et je ne veux décevoir aucune des personnes de l’équipe, je leur dois beaucoup ! En même temps il faut relativiser… Ce n’est qu’un film.

 


Le film sera-’t’il exploité en salle, en DVD ou dans un autre type de diffusion ?

Thierry PAYA : Nous espérons pouvoir le présenter à Fantastic’Arts (Gérardmer) cette année et dans d’autres festivals, y compris à l’étranger ! Un double-DVD sortira dans la foulée !



Avez vous déjà de nouveaux projets ?


Thierry PAYA : Oui ! Ce sera du trente-cinq millimètres, un court-métrage très hitchcockien écrit par Colin VETTIER. J’espère bien travailler à nouveau avec la même équipe, mais cette fois, le film sera tourné en dix jours d’affilée, et je le ferai pas sans une production correcte.

 


Nous remercions Thierry Paya pour le temps qu’il a pu consacrer à nos questions.


Site officiel : http://www.ouvert24sur7-lefilm.c.la/

 

Interview réalisée par Stéphane Humbert

 

Photos de CHRIS SCHU et Singapour 1939 Productions



zast