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Posted 30 mai 2010 by zast in Interview
 
 

Rencontre avec BRIAN YUZNA


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Brian Yuzna est un scénariste, producteur et réalisateur américain né aux Philippines en 1951.

Spécialisé dans le genre fantastique, il débute au cinéma en 1985 en produisant le célèbre Re-Animator de Stuart Gordon. En 1989, il signe Society, son premier film en tant que metteur en scène, puis donne une suite aux expériences post-mortem du Dr Herbert West l’année suivante avec La fiancée de Re-Animator (il accouchera du troisième volet, Beyond Re-Animator, toujours avec Jeffrey Combs, en 2003). Il a également réalisé Le retour des morts-vivants 3, un des segments du film à sketchs Necronomicon (aux côtés de Christophe Gans et du japonais Shusuke Kaneko), Le dentiste 1&2, Progeny – L’enfant du futur, Faust (adapté d’un comic-book), Rottweiler et La malédiction des profondeurs.  

 

Invité de la 3ème édition du SMIHFF (Sainte-Maxime International Horror Film Festival), Brian Yuzna a largement évoqué sa nouvelle réalisation lors d’une rencontre avec le public…

 

 

 

– Quel est le sujet de votre dernier opus, Amphibious 3D ?

 

Le film parle d’un scorpion de mer géant qui s’en prend aux humains…

Le point de départ de l’histoire est un jeune garçon possédant des dons shamaniques qui est vendu par son oncle pour travailler sur un bateau de pêche. A la suite de rituels tribaux et d’un sacrifice humain, le monstre sort des entrailles de la mer grâce à des mouvements de plaques tectoniques et attaque l’engin sur lequel on retrouve quelques Occidentaux, notamment une scientifique blonde du style « bimbo » et un beau capitaine…

Amphibious 3D peut être vu sous deux axes : d’une manière sérieuse comme un « monster movie » classique, mais également de façon plus décalée puisqu’un des protagonistes ne réalise pas ce qui se passe, étant persuadé que le scorpion fait partie du tournage d’un film… dans le film donc ! La raison à cela ? Je n’avais pas les moyens de montrer au public un monstre de blockbuster, j’ai donc décidé d’injecté au métrage une dose d’humour et de second degré !

 

 

– Parlez-nous de l’aspect technique du tournage…

 

Tourné l’été dernier en Indonésie, le film a été réalisé en « vraie 3D » avec deux caméras en simultané sur le plateau. Cette idée était venue avant la grande mode actuelle du cinéma en relief… C’est un véritable challenge : en 2 dimensions, un film se situe dans un cadre et l’on distingue les bords de l’image, alors qu’avec le relief vous devez imaginer que vous êtes au milieu d’une boîte et un nouvel espace se crée, ce qu’on appelle le « Z-space ». En termes de comparaison avec d’autres arts, la 3D se rapproche de la sculpture tandis que la 2D s’assimile à la peinture.

Nous avions un autre défi de « taille » : créer un véritable scorpion pour le mélanger aux images de synthèse. La maquette a été construite à Bali, en pleine jungle, et mesure 12 mètres… C’est un Suisse-Allemand qui était chargé de l’animer, même si au final, il s’est avéré très difficile de la bouger !

 

 

 

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– Pensez-vous que la 3D représente actuellement l’avenir du cinéma ?

 

La 3D est très importante pour deux raisons : tout d’abord, amener les gens au cinéma puisque les films en tant que tels ne peuvent pas être piratés ou en tout cas être vus dans des conditions optimales. Le surplus du prix du billet permet de couvrir l’investissement, tant au tournage que pour l’aménagement des salles de cinéma, même si cela reste très cher pour les exploitants de s’équiper…

Ensuite, les copies numériques sont moins chères à déplacer que le 35mm puisque le transfert s’effectue sur un simple disque dur.

 

 

 

– Êtes-vous plus adepte des effets numériques ou des « vieux » effets de plateau ?

 

Je préfère mélanger les deux, numérique et accessoires réels !

Après tout, Phil Tippett, qui a travaillé sur les dinosaures numériques de Jurassic Park, vient de la « stop motion » (image par image) si chère à Ray Harryhausen !

 

 

– Que préférez-vous dans le cinéma d’horreur : le style à l’ancienne avec de l’humour ou la mode actuelle des films durs et très « 1er degré » ?

 

J’aime quand la violence est associée à l’ironie.

A ce titre, je n’apprécie pas plus que ça les « torture porn » (films dans le style de Saw), ça ne me distrait pas… Pour autant, je pense qu’un film d’horreur doit rester « sérieux » un minimum, ne pas devenir trop « campy » à la John Waters, où ça part dans tous les sens !

 

 

 

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– Aimeriez-vous réaliser des films à « gros budget » ?

 




Quand je fais un film, je pense toujours au public qui va le regarder.

Je ne serais pas capable de concevoir un long-métrage comme Les dents de la mer par exemple, j’aurais trop peur d’ennuyer les spectateurs !

J’essaye de faire des films qui me rapportent assez pour enchaîner sur d’autres projets. J’ai beaucoup d’amis qui ont réalisé un ou deux films, et puis fini… Moi, je ne sais pas ce que je deviendrais si je ne pouvais plus faire de cinéma !

Je suis avant tout adepte de la métaphore du restaurant : quand on s’y rend, c’st pour manger un certain type de cuisine, mais si on vous sert de tout, on ne sait plus où l’on est et il n’est pas sûr d’y trouver quelque chose à son goût… C’est pour cela que je travaille toujours dans le même « genre ».

 

 

– Alors justement, Amphibious 3D va-t-il être un « bon petit plat » ?

 

Je l’espère bien… mais on ne sait jamais avant que cela soit terminé ! [Nota : le film est actuellement en phase de post-production en Europe.]

Très souvent, les cinéastes travaillent avec les mêmes collaborateurs : la même équipe technique, le même compositeur, etc… Mais pas moi !

Tim Burton, qui est pourtant l’un de mes réalisateurs favoris, opère ainsi. Mais on finit par retrouver les mêmes idées, voire des « doublons » dans sa filmographie : L’étrange Noël de Mr Jack & Les noces funèbres sont très similaires par exemple…

 

 

 

– Qu’est-ce qui vous attire tellement dans le cinéma d’horreur ?

 

J’adore le style expressionniste, comme dans le cinéma allemand des années 20, Fritz Lang, etc…

Le simple terme « film d’horreur » vient de titres Universal comme Frankenstein ou Dracula qui possèdent une forte dimension surréaliste. J’aime beaucoup le surréalisme au cinéma.

Concernant l’horreur moderne, pour moi il y a trois films de la même période qui ont créé un nouveau genre avec un sens de l’humour et de l’ironie jamais vus auparavant : Evil Dead, Le retour des morts-vivants de Dan O’Bannon, et Re-Animator. On pourrait presque inclure Les griffes de la nuit de Wes Craven avec l’attitude très cynique de Freddy Kruger.

De cette liste, Le retour des morts-vivants est sûrement le moins apprécié des fans. Je le trouve pourtant très bon : Dan O’Bannon y a insufflé un côté EC Comics (cf. « Les Contes de la Crypte ») bien meilleur que dans Creepshow par exemple. On y retrouve parfaitement l’esprit des bandes dessinées qu’on lisait à l’époque dans des magazines comme « Mad » !


 

 

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– Verra-t-on un jour l’ « arlésienne » House of Re-Animator ?

 

Il ne faut pas croire tout ce qu’on lit sur Internet, vous savez…

Et puis, une firme américaine a acheté les droits du nom « Re-Animator »… donc on ne peut plus l’utiliser de notre propre initiative… !

 

 


 

– En pleine vague actuelle de « reboots » des grands succès horrifiques des années 80 comme le récent Freddy – Les griffes de la nuit, aimeriez-vous qu’on réactualise Re-Animator ?

 

Je serais très content si un jeune metteur en scène voulait s’en charger… Mais qui ?

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis et mis en forme par Alex Vasiljkic.


Un grand merci à Mr BRIAN YUZNA et aux organisateurs de la 3ème édition du SMIHFF

qui s’est tenue samedi 22 mai 2010.




zast