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Posted 5 avril 2010 by zast in Interview
 
 

Interview de Coline Serreau


Nous vous proposons l’interview de la réalisatrice Coline Serreau pour son documentaire Solutions locales pour un désordre global que nous avons pu faire en partenariat avec Gérard Chargé de Ciné Zooms pendant les 14 èmes rencontres du Cinéma de Gérardmer.



 

 

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Ce film est-il un acte citoyen ?

 


Coline Serreau : Oui peut être (rire). C’est un outil, pour les gens, d’explication et de proposition de solutions. C’est pour que le public s’en empare afin de trouver sa propre solution.

 

 


L’avenir c’est nous même, est-ce à nous de nous prendre en charge ?

 

 

Coline Serreau :  Les politiques ne nous aideront pas, ils l’ont déjà prouvé. Le changement viendra du peuple.

 

 

 


Comment vous êtes vous aperçu que la terre était malade ?

 

 

Coline Serreau :  Nous le savions déjà. Il y a des choses que l’on apprend : la situation des semences et des subventions.

Ou comment on a confisqué les graines qu’on a remplacé par des hybrides qui sont consommatrices de pétrochimie et qui ne sont pas bonnes alors que la nature nous donnait déjà de bonnes graines, ou comment on a volé les subventions du peuple pour les nourrir alors qu’en réalité on ne nourrit que les industriels.


On voit tous ces points clairement exposés dans le film. Nous avons enlevé les mensonges que l’on nous raconte.

Il faut savoir qu’il n’y a pas de fatalité. On a fait un film optimiste et qui ne culpabilise pas les gens. Il y a des pistes pour s’organiser. Car quand les gens se révolteront, ils trouveront de formidables solutions.

 

 

 

Quelles sont les solutions pour les boycotter ?

 


Coline Serreau :  Il y a beaucoup de personnes qui font des choses. Avec Internet, c’est  facile d’aller sur plein de sites qui vous mettront en relation avec les personnes qui sont dans votre région. Vous choisissez vous même.

 

Il y a déjà des choses en route comme dans les écoles pour que l’on mange bio. Il  y a plein d’associations qui s’occupent des semences car c’est cela qu’ils nous ont confisqué… C est notre vie. Vous savez, il n’y a pas besoin d’arme nucléaire si vous avez besoin des semences, l’humanité est tenue comme cela.

 

Le boycott  c’est bien si on propose une alternative. Je ne suis pas là pour dire faites ceci, faites cela. Je ne suis pas un parti politique. Le film accompagne un mouvement qui est déjà là. C’est un outil.

 

 

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Se sent-on impuissant par rapport aux multi-nationales ?

 

 

Coline Serreau :  Oui, les gens se sentent impuissants et seuls alors qu’ils ne sont pas seuls. Et ceux qui ne font rien, se sentent aussi seuls…

Avec le travail, c’est un système qui ne laisse pas de temps pour réfléchir. Il faut que les gens reprennent la main sur cela. Ce n’est pas facile. Les gens savent qu’ils se font voler.

 

 

 

Peut-on envisager des supermarchés plus honnêtes ?

 


Coline Serreau : Oui c’est possible d’avoir dans chaque quartier, dans chaque ville, des structures de petites tailles.

Les gens veulent manger avec les AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Ca pourrait se développer sur tous les niveaux.

Sinon comment les gens vont s’en sortir ? Les gens ne sont pas des doux rêveurs.

 

 

 

Quel a été l’accueil du film ?

 


Coline Serreau :  Les personnes sont contentes en sortant du film. Ce que je sens c’est que cela réveille une révolte qui est là. Nous ne sommes pas dans un naufrage, il n’y a pas de quoi désespérer car la société bouge.

 

C’était bien de voir ces personnes de l’école hôtelière qui vont bientôt nourrir la terre s’intéresser à ces sujets. Lorsqu’on leur dit certaines vérités, ils ont l’air content de les apprendre. Je pense qu’il faut aussi montrer le film dans les écoles d’agriculture.

 

 

 

Et les paysans ?

 

 

Coline Serreau :  Il faut remettre le paysan au centre de nos vies. C’est lui qui nous a nourris, qui a fait que l’humanité est là. Maintenant souvent les français trouvent que le mot ‘paysan’ est une insulte… Il faut que cela redevienne le métier le plus noble du monde. Des millions de gens peuvent revenir à la terre. Il faut arrêter l’agriculture qui nous empoisonnent.


Pour être paysan, il faut être très intelligent. La connaissance de la terre, c’est un métier qui demande beaucoup de technique. Ca ne s’improvise pas comme cela. Cela se transmet par les livres, l’oral, le sentir, le toucher.

On peut être paysan et informaticien. Maintenant ils sont tous gestionnaires. Il faut arrêter les clichés.

 

On peut concilier une activité urbaine. L’homme est varié. On sait faire plein de choses. Tout le monde est doué. On peut faire beaucoup de choses dans une journée. Un ouvrier peut être créateur, …

Les changements de sociétés  peuvent être lents et rapides. Il n’y a plus de politique digne de ce nom car personne ne s’occupe des gens. On est empoisonné. On leur donne notre argent …

 

Les politiques mangent tous bio. Il y a que la population qui ne mange pas bio. Il faut inverser cela. La vraie démocratie c’est faire la différence entre la bonne et la mauvaise nourriture et il faut  un lien direct entre la bonne nourriture et l’assiette de tout le monde.

 

 

La version vidéo de l’interview :

 


 


Interview par Gérard Chargé de Ciné Zooms et Florian Magyari de CineAlliance

Retranscription de l’interview par Stéphane Humbert de CineAlliance

Photos par Stéphane Humbert de CineAlliance
Caméra par Stéphane Humbert de CineAlliance
Montage par Stéphane Humbert de CineAlliance

zast