Dimanche dernier 11/10 direction Lyon pour la 18ème édition de l’incontournable Festival Lumière qui célèbre le cinéma sous toutes ses formes pour tous, avec cette année les frères Coen en invités d’honneur pour le prix Lumière 2026, des master class de grands réalisateurs comme Todd Haynes, Tsui Hark et Robert Eggers, des rétrospectives Ettore Scola et Norman Jewison, des projections labellisées Lumière Classics avec de belles restaurations récentes du patrimoine cinématographique mondial et bien plus encore.
Après le retrait de mon accréditation au Village Cinéma, désormais dans le prestigieux grand Hôtel-Dieu et passage rapide au salon du DVD avec la présence de nombreux excellents éditeurs vidéo comme Carlotta et The Jokers place à la master class du réalisateur mythique de The Blade et Time and tide, Tsui Hark, 2h de discussion animée par David Martinez de l’équipe HK Vidéo et du journaliste Didier Allouch.

Morceaux choisis : concernant sa découverte du cinéma : « je suis cinéphile depuis l’enfance. Les films japonais, surtout Akira Kurosawa m’ont inspiré ». Puis au sujet des singularités du cinéma de HK : « les films de Hong Kong sont parmi les plus créatifs à partager le public ils sont faits pour les Hong Kong stressés. C’est pour ça que mes films ont cette tension. tous les cinéastes de Hong Kong ont toujours l’impression que leur film sera le dernier. C’est peut-être aussi pour ça que leurs œuvres sont très énergiques. Ça donne alors plein d’humour et de décalage qui fait notre spécificité. »

Après cette sympathique master class direction l’Institut Lumière pour deux projections spéciales, The Grandmaster (2013) de Wong Kar-wai en version director’s cut (7′ de plus que la version salles) présentée par sa star Zhang Ziyi puis Il était une fois en Chine (1991) introduit par son réalisateur Tsui Hark.
The Grandmaster, le film d’action mélancolique de WKW, plein de ralentis, de décadrages et de filtres a pour atout majeurs son magnifique duo Tony Leung / Zhang Ziyi et bien sûr la rigueur de ses séquences de kung-fu chorégraphiées par le génial Woo-Ping Yuen (Matrix, Tigre et dragon) dont la brutale séquence d’ouverture sous une pluie battante et celle dans un escalier mêlant combat et romantisme avec Ip Man vs Gong-er (Leung et Ziyi). La narration est chaotique (WKW est connu pour ne pas avoir un scénario bouclé au moment du tournage), remplie d’ellipses curieuses (un biopic sur Ip Man sur plusieurs décennies en Chine avec plein de personnages comme sa femme et d’autres grands maîtres qui disparaissent curieusement du film); in fine un sentiment d’inachevé (des soucis de tournage et de montage bien connus) mais quelques fulgurances esthétiques et des acteurs sublimes.

Puis en soirée projection d’Il était une fois en Chine (1991) de Tsui Hark, film d’aventure épique avec Jet Li situé fin du XIXe siècle en Chine du Sud. Hark s’empare d’une figure de la culture populaire cantonaise, Wong Fei Hung, médecin ayant réellement existé, devenu après sa mort un personnage légendaire. Comme souvent chez Tsui Hark le film déborde d’énergie démentielle, de personnages (ici orientaux et occidentaux caricaturaux) et de sous-intrigues inégales mais aussi de géniales idées de mise en scène comme ce combat sur des échelles où Jet Li impressionne par sa souplesse et sa rapidité. Le mélange de burlesque délirant, de violence très chorégraphiée et de drame historique est difficilement digeste sur 2h20. Reste les exploits aériens de Jet Li, combattant hors pair, rapide et virevoltant, un corps élastique qu’exploite bien Hark pour les scènes de combat supervisées par Woo-Ping Yuen dans ce premier opus de la saga Il était une fois en Chine (6 films jusqu’en 97).
Lundi matin projection du méconnu A Soldier’s Story un petit film policier du canadien Norman Jewison, le réalisateur engagé de Dans la chaleur de la nuit (1967) et de Rollerball (1975) dont le festival propose une rétrospective. Adapté d’une pièce de théâtre de Charles Fuller, récompensée par le Prix Pulitzer en 1982, ce huis clos dans une base américaine raconte la difficile enquête d’un officier noir sur le meurtre d’un sous-officier noir. Assez classique dans son déroulement, audition des soldats noirs de la brigade du défunt capitaine avec flash back où brille un jeune Denzel Washington déjà excellent, friction avec les officiers blancs et petit retournement de situation A Soldier’ s Story se révèle fort et touchant en parlant derrière l’argument policier de ségrégation dans le sud des USA, dans l’armée US et bien sûr de la contribution essentielle des Afro-américains aux combats des deux Guerres mondiales.
L’après-midi la master class de Zhang Zihi débute par la projection de son tout premier court-métrage, le sensible Poem (2021). Morceaux choisis : au sujet de son personnage dans le culte Tigre et dragon (2000) : «Il y a quelque chose qui relève du courage, de l’affirmation de soi, du sens de l’aventure et de l’observation… des qualités que l’on envie peut-être un peu tous. Cette héroïne est très dangereuse, mais un type de danger qui plaît, car il conteste le pouvoir en place. Même s’il s’agit d’un film historique, ce personnage reste très moderne. Surtout pour une actrice asiatique, et pour un film qui date d’il y a 20 ans. Mais avant tout, si j’ai accepté le rôle, c’est parce que Ang Lee me l’a proposé ! ». Au sujet de la séquence de combat dans l’escalier dans The grandmaster : « Au début, quand on m’a parlé de cette scène, je n’avais pas le sentiment qu’il y aurait quelque chose d’aussi fort. Au vu de la proximité de nos visages, on arrivait même à sentir l’odeur des cosmétiques qu’on portait à ce moment-là ! Quand j’ai vu les images de la scène une fois qu’elle a été tournée, j’ai réalisé à quel point nos visages étaient proches… c’est quelque chose de romantique à l’orientale, où on échange des coups, mais aussi une partie de son âme ».

Vendredi 16/10 part 2 avec master class de Robert Eggers, des frères Coen pour leur prix Lumière et plein de projections encore au programme.

