Biarritz Film Festival 2026 : un palmarès sous le signe de la jeunesse
Biarritz Film Festival 2026 : un palmarès sous le signe de la jeunesse

Biarritz Film Festival 2026 : un palmarès sous le signe de la jeunesse

Biarritz Film Festival 2026 : un palmarès sous le signe de la jeunesse

Pour sa quatrième édition, le Biarritz Film Festival, NOUVELLES VAGUES a clôturé samedi 27 juin 2026 six jours de cinéma dédiés aux récits de la jeunesse, avec une cérémonie de remise de prix organisée au cœur de la ville basque. Du 23 au 28 juin, le festival a confirmé son positionnement singulier: une compétition internationale de huit longs métrages inédits en salle en France, entièrement tournée vers les histoires, les désirs et les colères des nouvelles générations.

Devant une salle de 1 200 personnes, les lauréats ont reçu le trophée du festival, conçu par les étudiants de l’école Boulle et façonné par la maison Desrues, devenu en quatre ans un marqueur reconnaissable de l’événement. La soirée s’est achevée avec la projection de Club Kid écrit et réalisé par Jordan Firstman, présenté hors compétition, qui prolongeait à sa manière les obsessions du festival pour les identités en mutation.

Le jury de la compétition longs métrages était présidé par Kristen Stewart, qui poursuit ainsi son compagnonnage avec le jeune cinéma international. À ses côtés, un aréopage très générationnel et résolument cosmopolite: le cinéaste français Nathan Ambrosioni, la comédienne française Suzy Bemba, la réalisatrice italienne Carolina Cavalli, l’actrice britannique Esmé Creed-Miles, le comédien indien Ishaan Khatter, la comédienne canadienne Whitney Peak, ainsi que Raphaël Quenard et Vassili Schneider, tous deux figures montantes du cinéma français.

Analyse et temps forts

Le Grand Prix revient cette année à Big Girls Don’t Cry, écrit et réalisé par la Néo-Zélandaise Paloma Schneideman. En revisitant le début des années 2000 à travers les yeux d’une jeune fille confrontée à des violences insidieuses, le film s’inscrit pleinement dans la ligne du festival: sonder les zones grises de l’adolescence et la manière dont le temps reconfigure les traumatismes. Le regard très personnel de Schneideman, sa manière de faire affleurer la douleur tout en célébrant la force de son héroïne, ont manifestement emporté la conviction du jury. Le film bénéficie d’une reprise au cinéma Le Royal, dimanche 28 juin à 14h, signe de l’attention que le festival souhaite lui accorder auprès du public local.

Le Prix du jury distingue No Good Men (Kabul Jan) de Shahrbanoo Sadat, coproduction entre l’Allemagne, la France, la Norvège, le Danemark et l’Afghanistan. La cinéaste afghane poursuit ici son exploration des destins pris dans les chaos géopolitiques et montre combien la notion de nouvelle vague n’a rien de strictement occidental. Le film, distribué en France par Condor Distribution, devrait trouver un écho particulier à sa sortie en salles, tant son sujet entre en résonance avec les préoccupations contemporaines.

Congo Boy de Rafiki Fariala est l’autre grande figure de ce palmarès. Le film, réalisé entre la République centrafricaine, la République démocratique du Congo et l’Italie, décroche à la fois le Prix d’interprétation pour Bradley Fiomona Dembeasset et le Prix du public. Ce doublé souligne la puissance de son écriture et la sensibilité de son interprète principal, mais aussi la capacité du festival à faire se rencontrer exigences artistiques et adhésion des spectateurs. Une seconde projection est programmée dimanche 28 juin à 17h au Royal, dans une logique de mise en avant des titres les plus plébiscités.

Une mention spéciale vient saluer Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun, cinéaste déjà remarquée pour ses détournements poétiques des codes du genre. Coproduction États-Unis–Canada, le film incarne l’autre versant du festival: des propositions plus radicales, parfois expérimentales, qui interrogent les imaginaires adolescents et les représentations de la peur et du désir.

Côté courts métrages, le jury présidé par Anthony Bajon, entouré de Galatea Bellugi, Gohar Martirosyan, Sami Outalbali et du vidéaste SEB, sacre Baise-moi à Saint-Gilles du Belge Victor Ruprich-Robert. Ce choix confirme l’attention du festival à des formes brèves qui captent la nervosité du temps présent, avec des récits ancrés dans des territoires précis mais porteurs d’échos universels.

La dimension participative du festival se retrouve dans les prix décernés par les publics jeunes. Le Prix du jury Pass Culture, composé de huit jeunes de 18 à 19 ans, distingue Animol, écrit par Nick Love et réalisé par Ashley Walters, venu du Royaume-Uni. Le Prix du jury des lycéens et des apprentis, réunissant soixante personnes âgées de 15 à 20 ans, couronne La Gradiva de Marine Atlan, coproduction franco-italienne distribuée par Tandem Films. Ces choix dessinent une cartographie sensible des attentes des jeunes spectateurs, qui ne se contentent pas d’accompagner le festival mais participent pleinement à ses décisions.

Bilan et perspectives

En quatre éditions, le Biarritz Film Festival, NOUVELLES VAGUES s’est installé comme un temps fort du calendrier des festivals, en France et au-delà. Sa spécificité tient autant à son ancrage local qu’à son ouverture internationale: la sélection 2026 mêle productions venues d’Europe, d’Océanie, d’Afrique et d’Amérique du Nord, rappelant que les récits de jeunesse traversent les frontières et reflètent des réalités profondément diverses.

Le palmarès 2026 confirme l’ADN du festival: un intérêt constant pour les expériences adolescentes et post-adolescentes, la mise en lumière de cinéastes émergents et l’envie de croiser les regards professionnels et ceux des publics jeunes. La présence de Kristen Stewart à la présidence du jury confirme cette stratégie de visibilité et de transmission, en reliant une figure mondiale du cinéma à une génération de cinéastes en train de se faire un nom.

Pour l’industrie, Biarritz devient un observatoire précieux des tendances à venir. La place accordée à des films comme Big Girls Don’t Cry, No Good Men ou Congo Boy signale la vitalité de coproductions audacieuses et la montée en puissance de récits portés par des voix longtemps marginalisées. Le rôle des distributeurs français, déjà associés aux titres en compétition, laisse entrevoir une circulation renforcée de ces œuvres dans les mois à venir.

Au-delà du seul palmarès, le festival confirme sa fonction de laboratoire pour des formes et des récits qui interrogent les normes. Le dialogue entre jurys professionnels, jurys jeunes et public crée un écosystème où les films sont discutés, partagés, parfois contestés, mais rarement indifférents. Nouvelles Vagues n’entérine pas un canon, il capte un mouvement en cours, celui d’un cinéma qui regarde la jeunesse non comme une cible mais comme une force motrice, créative et politique.