Kiyoshi Kurosawa, célèbre pour Cure et Shokuzai , signe avec Bumpkin Soup ses débuts dans le cinéma pink, disponible pour la première fois en Blu-ray le 20 janvier chez Carlotta Films. Yoriko Doguchi et Juzo Itami portent ce film absurde et jubilatoire, tourné en 1985, qui mélange humour, récit d’apprentissage et comédie musicale.
L’histoire


La jeune Aki quitte sa campagne pour Tokyo, à la recherche de Yoshioka, l’amour de lycée inscrit à l’université. Sur le campus, elle croise une faune étrange: intellectuels blasés, étudiants obsédés par le sexe, un professeur de psychologie en quête d’une théorie sur la honte. Ce voyage initiatique vire à la satire déjantée, entre numéros musicaux inattendus et vignettes absurdes inspirées des Nouvelles Vagues française et tchèque, ainsi que de Seijun Suzuki et Nagisa Oshima. À la croisée du pinku et de l’expérimental, le film explore l’innocence face à la débauche urbaine, avec une Aki qui rit des excès masculins.
Le casting et l’équipe
Kiyoshi Kurosawa réalise et co-écrit ce deuxième long-métrage, initialement commandé comme pink film par Million Film sous le titre College Girl: Shameful Seminar , mais racheté par la Director’s Company après refus du studio. Au scénario, Kunitoshi Manda collabore avec lui. Yoriko Doguchi incarne Aki, égérie naissante du photographe Kishin Shinoyama, face à Juzo Itami en professeur Hirayama. Kensô Katô joue Yoshioka, le crush déchu. Le casting s’élargit à Mitsuhiro Kamifuji, Yumi Tachihara, Miki Yamaji, Ryô Kachi, Mitsue Tsumuki, Kazuya Konaka et Tamami Hayashi en étudiants excentriques. Production Directors Company, Epic Records et Rikyu University, tournage à Tokyo. Durée: 83 minutes.
Date de sortie
Sorti au Japon le 3 novembre 1985, Bumpkin Soup arrive en Blu-ray restauré en 2K le 20 janvier en France via Carlotta Films. Version originale DTS-HD Master Audio 1. 0, sous-titres français. Suppléments: entretien de 15 minutes avec Yoriko Doguchi évoquant sa première avec Kurosawa et Juzo Itami; essai vidéo de 12 minutes par Jerry White, auteur de Kiyoshi Kurosawa: Master of Fear , sur les deux premiers pinku du réalisateur, Kandagawa Wars et celui-ci. Cette édition révèle un Kurosawa jeune, déjà maître de l’absurde, flirtant avec Godard pour subvertir le genre pinku.
Ce film rare, rejeté pour son ton trop libre, capture la jeunesse japonaise des années 1980: désenchantée, sexuelle, rebelle. Aki navigue dans un cirque universitaire où la honte théorique du professeur s’effrite face aux élans libérés. Numéros chantés, performances artistiques ridicules, expériences loufoques: Kurosawa joue des formes, passe du rire au malaise. Yoriko Doguchi irradie en campagnarde espiègle, Juzo Itami excelle en académicien excentrique. Influencé par Suzuki et Oshima, le cinéaste infuse un souffle international, rendant ce pinku inclassable et prophétique de ses futures horreurs psychologiques.
La restauration 2K met en valeur la texture brute, les couleurs vives des séquences musicales. Parfait pour (re)découvrir les racines d’un auteur passé maître dans Kaïro , Tokyo Sonata ou Cloud . Une pépite pour les amateurs de cinéma japonais audacieux.
