Alors que l’on attend encore des nouvelles du futur volet post-Shadows, Assassin’s Creed nous gratifie d’un remake longtemps attendu par les fans : Black Flag Resynced ! Alors, les pirates de ces Caraïbes virtuels ont-ils toujours le vent en poupe ? Nos impressions dans la suite.
Si elle fait partie du paysage vidéoludique depuis bientôt vingt ans (vindiou, cela ne nous rajeunit pas lorsqu’on a connu le premier volet à sa sortie !), la licence Assassin’s Creed n’a eu de cesse de souffler le chaud et le froid dans le cœur des fans. Au milieu des volets à l’accueil mitigé (Revelations, AC3, Unity, Syndicate…) et du virage action-RPG ayant divisé les fans de la première heure (Origins, Odyssey, Valhalla…), quelques titres surnagent et réussissent encore aujourd’hui à mettre globalement tout le monde d’accord. Parmi ceux-là, on retrouve bien évidemment Assassin’s Creed IV Black Flag. Sorti il y a treize ans, cet opus prolongeait le scénario autour des ancêtres américains de Desmond Miles, cette fois en nous mettant dans la peau du grand-père de Connor, héros de AC3 (sans compter le prologue avec son père Haytham). Mais surtout, Black Flag apportait avec lui un immense lot de choix assez osés qui ont su durablement marquer les joueurs. Outre un héros lorgnant pour une fois davantage vers l’anti-héros (Kenway étant davantage intéressé par sa propre réussite que par le conflit entre Assassins et Templiers, lui-même n’appartenant à aucun camp au début de l’aventure), c’est surtout l’ajout du gameplay naval qui a su marquer autant les manettes que les rétines des joueurs. En effet, si de courtes phases de batailles navales apparaissaient déjà dans AC3, Black Flag leur a donné leurs lettres de noblesse en mettant la navigation, les abordages et les batailles navales au cœur du gameplay, supplantant le parkour qui était emblématique de la licence depuis les aventures d’Altaïr dans le premier AC. Bien sûr, les déplacements acrobatiques répondaient toujours présent, mais on sentait bien que le parkour était mis en retrait derrière les possibilités immenses du gameplay maritime autour du Jackdaw, le navire d’Edward. Navigation, batailles à coups de canon, attaques de fortifications, abordages, gestion de l’équipage et des ressources, améliorations du Jackdaw, chasse au harpon, plongée, chasse au trésor sous-marine… Rien n’avait été laissé au hasard, et l’accueil du public fut tel qu’Ubisoft décida dans la foulée de lancer un projet dédié à ce gameplay naval, projet au long cours qui aboutira au laborieux et mitigé Skull and Bones. Mais il en fallait davantage à Ubisoft pour reléguer la piraterie à fond de cale, et c’est ainsi qu’un projet de remake de Black Flag fut officiellement lancé, menant au titre qui nous intéresse aujourd’hui, sobrement baptisé Assassin’s Creed Black Flag Resynced.

Avant de poursuivre, une précision s’impose : Black Flag Resynced reprenant l’immense majorité du gameplay et du scénario de son prédécesseur, nous ne reviendrons que brièvement dessus dans cet article, et vous renvoyons donc vers notre test du jeu original de 2013 pour une revue plus détaillée de ces aspects. N’allez pas croire pour autant que Black Flag Resynced n’est qu’un vulgaire portage du jeu d’origine, Ubisoft ayant mis les petits plats dans les grands pour remettre cette figure de proue au goût du jour.

En premier lieu, abordons l’aspect graphique. Contrairement aux versions PS4/One qui n’étaient qu’un upscale du jeu original sorti peu avant sur PS3/360, Black Flag Resynced bénéficie d’une vraie refonte graphique, toutes proportions gardées. En effet, la structure globale de ce monde ouvert caribéen reste peu ou prou identique au jeu d’origine, notamment en termes de taille et de disposition. N’espérez donc pas naviguer dans d’immenses zones inédites ou arpenter des nouveaux quartiers à Nassau, Kingston ou La Havane. Même si l’on relève quelques légers ajustements dans la disposition des éléments de décors afin de s’adapter aux nouveautés et ajustements côté gameplay, dans l’ensemble, la map reste quasi-intégralement similaire à l’expérience de 2013. En revanche, le jeu bénéficie d’une véritable refonte au niveau de ses textures et modélisations. Prenons les personnages par exemple : leur design reste certes inchangé (pour les figures principales), mais on voit bien que chaque personnage, du héros Edward Kenway jusqu’au moindre PNJ d’arrière-plan, a bénéficié d’un véritable coup de polish, voire d’une refonte complète dans certains cas. Idem concernant les décors urbains qui, tout en conservant globalement leur structure d’origine, bénéficient de nouvelles textures plus variées qu’auparavant, venant briser l’impression de déjà-vu qui était constante dans l’original durant nos balades en ville. Quant aux décors de nature sauvage, entre la colorimétrie beaucoup plus chatoyante et la flore beaucoup plus fournie (on sent véritablement l’effet « jungle »), la sensation de dépaysement virtuel n’a jamais été aussi palpable depuis Red Dead Redemption 2. Et on ne parle pas de la mise à jour du rendu de la mer, bien plus réaliste et sublimé par un comportement des vagues plus imprévisible qu’auparavant, dans la veine des meilleurs mods PC pour l’original réalisés par la communauté jusqu’ici. Quant aux effets de particules comme les explosions, ils profitent eux aussi des possibilités offertes par cette nouvelle génération de consoles.

Outre cette refonte graphique, Black Flag Resynced peut également compter sur quelques nouveautés et ajustements par rapport à l’original. Rayon nouveauté, si l’essentiel de l’aventure originale dans le passé est repris ici, il en est tout autrement pour les phases dans le « présent » à la société Abstergo, qui faisaient notamment le lien avec l’intrigue de Desmond Miles. A l’époque, nous avions d’ailleurs salué ces phases teintées de cynisme et d’auto-dérision (qui nous renverraient aujourd’hui à certaines idées de Matrix 4). Las, ces phases ont disparu du remake et ont été remplacées par des missions facultatives dans l’esprit « What If » où nous pourront voir Kenway face à certains dilemmes personnels (par exemple, que serait-il arrivé si il avait tenu sa promesse à sa femme ?), le tout dans une esthétique orientée SF/virtuel. Toujours parmi les nouveautés, outre l’ajout d’une météo dynamique joliment rendue (et impactant les conditions de navigation), on notera l’ajout de trois personnages d’officiers pouvant rejoindre votre équipage et qui, si vous remplissez leurs quêtes respectives, pourront vous octroyer quelques bonus appréciables sur le Jackdaw. Enfin, de nouvelles missions venant conclure l’arc de Barbe-Noire ont été ajoutées à la fin du jeu. Une démarche à saluer vu la popularité du personnage, même si leur ajout risque de faire débat par rapport à l’évolution du personnage de Kenway.

En ce qui concerne les ajustements, ces derniers se retrouveront dans de nombreux aspects, notamment de gameplay. En premier lieu, fini les temps de chargement entre villes et mer, l’ensemble se fait aujourd’hui quasiment sans coupure. De son côté, le système de combat a été mis à jour et reprend désormais l’approche de parade/esquive en fonction des indicateurs visuels de l’attaque adverse. Un choix logique et déjà vu dans bon nombre de jeux depuis des années, mais qui s’accompagne ici de la mise en retrait de la lame secrète, reléguée dans les duels au rang de finish-move. Côté déplacement, on appréciera qu’Ubisoft ait séparé la touche de sprint de celle de « course libre » (parkour), ce que l’original ne faisait pas et qui nous valait ainsi de fréquents arrachages de cheveux lorsqu’on se retrouvait par exemple à grimper un bâtiment par erreur pendant une poursuite au sol. De même, il est enfin possible de s’accroupir en-dehors des zones de hautes herbes, ce qui sera particulièrement appréciable dans les phases furtives. Quant à la nage, il est enfin possible de plonger en dehors des zones de plongée dédiées, ce qui facilitera grandement la vie pour infiltrer un navire ou échapper à vos poursuivants en bord de mer.

Vous l’aurez compris, avec ces différents ajouts et ajustements, Black Flag a bon nombre d’atouts pour séduire une nouvelle génération de joueurs, et pourquoi pas donner envie aux anciennes de replonger dans l’aventure. Néanmoins, ces différentes modifications dans le gameplay pourront créer un sentiment étrange une fois manette en main, à savoir d’être un peu le derrière entre deux chaises. On l’a dit, de nombreux ajustements ont été réalisés afin de hisser Black Flag au rang des productions récentes. Malheureusement, ces mises à jour peinent à gommer l’impression de jouer à un AC de 2013. Qu’il s’agisse d’une IA régulièrement aux fraises, de soucis dans les lancements de scripts ou plus généralement de bugs en tous genres (dont de nombreux bugs de collision/déplacement relevés durant notre test), Black Flag Resynced nous renvoie par moments plusieurs années en arrière, et pas pour les bonnes raisons. Certes, sur le plan technique, ce remake est très loin d’être honteux comparé à certains opus précédents, mais on aurait espéré que le soin apporté à Shadows devienne une nouvelle norme. Ou au moins que le DLC Freedom Cry soit inclus, pour compléter pleinement ce remake.

Au final, Black Flag Resynced rend indéniablement honneur au jeu original et permet de profiter des aventures d’Edward Kenway dans leur plus bel écrin à ce jour. Si vous n’avez jamais pu tester Black Flag, cette version Resynced est assurément la plus belle version pour s’y essayer. Certes, on regrettera les divers bugs et approximations techniques qui devraient faire grincer quelques dents, mais cela n’enlève heureusement rien au plaisir de (re)découvrir ces Caraïbes virtuels au son des chants de marins et des tirs de canons. On espère désormais qu’une seule chose : un remake du premier volet !
