Critique de Les Voitures qui ont mangé Paris
Synopsis
Arthur et son frère George circulent sur une petite route de campagne, non loin de Paris, dans l’Est de l’Australie, quand ils sont victimes d’un accident. George est tué sur le coup, Arthur s’en sort quasiment indemne. À sa sortie de l’hôpital de Paris, il est accueilli par le maire de la bourgade, Keelie, qui a organisé les funérailles de George. Keeli l’héberge. Arthur tente de quitter Paris, mais en vain. Keeli lui propose alors un emploi d’infirmier. Arthur découvre peu à peu les mœurs étranges des habitants et le comportement troublant du médecin, dans cette ville qui semble porter malheur aux chauffeurs qui la traversent…
Avis de Yanick Ruf
Les Voitures qui ont mangé Paris nous plonge dans une petite ville australienne isolée, en apparence paisible, mais qui dissimule rapidement un fonctionnement pour le moins inquiétant. Dès les premières minutes, le spectateur comprend qu’il a affaire à un village étrange, coupé du monde et régi par ses propres règles. L’ambiance devient progressivement de plus en plus malsaine, tandis que les habitants semblent cacher de lourds secrets.
Le film se distingue avant tout par son esthétique incroyablement kitsch. Les décors, les costumes et certains accessoires donnent à l’ensemble un charme artisanal très particulier. L’exemple le plus amusant reste sans doute cette maison transformée en hôpital : il suffit de placer des croix blanches un peu partout pour lui donner une apparence médicale, y compris sur une perceuse. Ce genre de détail résume parfaitement l’esprit du film, à la fois naïf, bricolé et complètement décalé.

L’univers évoque un mélange improbable entre 2000 Maniacs et Mad Max. Comme dans le premier, on retrouve une communauté apparemment accueillante, mais profondément dérangée, vivant selon des traditions et des pratiques difficiles à comprendre. Comme dans le second, les voitures occupent une place centrale et deviennent peu à peu des objets inquiétants, presque monstrueux.
Cette petite ville exerce une véritable fascination. Elle paraît fonctionner en totale autarcie, ce qui ne manque pas de soulever quelques questions. Comment une communauté aussi réduite peut-elle survivre seule, sans véritables échanges avec l’extérieur ? Comment les habitants subviennent-ils à leurs besoins ? Le film ne cherche pas vraiment à répondre à ces interrogations, préférant cultiver le mystère et l’étrangeté de ce village hors du temps.
La mise en scène contribue largement à cette atmosphère singulière. Certaines scènes sont accompagnées d’une musique grandiloquente, digne des plus grands westerns. Ce décalage entre la modestie des situations et l’ampleur de la bande sonore crée un effet parfois involontairement comique, mais aussi particulièrement savoureux. Le film semble constamment hésiter entre l’horreur, la satire, le western et la comédie noire.

La dernière partie accentue encore cette dimension démente. Les voitures sont maquillées, transformées et équipées pour devenir de véritables machines tueuses. Elles ne sont plus de simples moyens de transport, mais les instruments d’un système de pièges et de violence. Leur apparence bricolée renforce paradoxalement leur pouvoir inquiétant : elles semblent avoir été fabriquées par une communauté entière pour une seule et même fonction.
Le scénario reste parfois étrange et certaines situations manquent de cohérence, mais c’est aussi ce qui fait le charme du film. Les Voitures qui ont mangé Paris n’est pas une œuvre à regarder pour son réalisme ou la profondeur de sa logique narrative. Il faut plutôt l’aborder comme une expérience insolite, un film d’exploitation australien porté par une ambiance unique et une imagination débordante.

Présenté lors de sa sortie dans plusieurs festivals à travers le monde, notamment au Festival de Cannes, le film s’est imposé comme une véritable curiosité. Son mélange de satire sociale, d’horreur, de kitsch et de délire mécanique le rend difficile à comparer à une production plus classique.
Une œuvre imparfaite, parfois maladroite, mais suffisamment originale pour laisser une impression durable. Les Voitures qui ont mangé Paris est le genre de film que l’on ne recommande pas forcément à tout le monde, mais qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie.
