Festival Lumière 2026 part 2 et fin
Festival Lumière 2026 part 2 et fin
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Festival Lumière 2026 part 2 et fin

Vendredi dernier 16/10 de retour à Lyon avec pour débuter une riche journée la master class Robert Eggers. Le réalisateur américain de The Witch, The Lighthouse et dernièrement Nosferatu a répondu aux questions de la journaliste Virginie Apiou pendant 90 min.

Morceaux choisis. Au sujet du cinéma muet : « J’adore ça ! L’image est presque plus importante que le son. Dans The Lighthouse, les personnages parlent un dialecte que même les anglais ne comprennent pas. Quand on est passé du cinéma muet au son, il y a eu une énorme chute. Mais des cinéastes comme Fritz Lang ont gardé tout l’intérêt de leur film en se concentrant seulement sur le visuel. Je pense que j’ai essayé de faire un travail similaire avec Werwulf mon prochain film ».

Concernant l’utilisation du gros plan voire du très gros plan : « Dans mes films il y a souvent des plans très serrés où on a l’impression que les acteurs nous regardent. J’aime positionner la caméra très proche de mes acteurs afin qu’ils la regardent directement quand ils jouent. Je suis fasciné par leur regard et j’ai vraiment envie qu’ils s’adressent au spectateur ».

Puis est abordé la thématique du monstre, très présente dans sa filmographie (vampire, loup-garou et sorcière) : « Alien est le meilleur film de monstre. Je suis fou de ce qu’a fait H.R. Giger sur la créature. Elle est redoutable et a un pouvoir hallucinant sur nous et finalement elle nous ressemble, sa tête a la forme d’un pénis, et en-dessous d’un vagin ! Et elle n’a pas d’yeux, on ne peut pas capter son regard ».

Enfin au sujet du corps : » Sur Werwulf et Nosferatu, j’ai travaillé avec une chorégraphe qui a guidé Lily-Rose Depp et s’est inspirée du travail de Jerzy Grotowski. Malgré cette importance accordée au corps, il ne faut jamais séparer le corps, l’émotion et la psyché mais au contraire toujours en envisager tout ensemble ».

En bonus nous avons eu droit, en exclu mondiale, aux dix premières minutes de son prochain film Werwulf qui s’annonce bien dark et bestial au vu des premières images hallucinantes où Aaron Taylor-Johnson est possédé (sorti le 06/01/2027).

Festival Lumière 2026 part 2 et fin

L’après-midi place à la master class très attendu des frères Coen au théâtre des Célestins avant la remise du Prix Lumière le soir même au Palais des Congrès. Les frangins répondent aux questions du directeur Thierry Frémeaux (avec l’indispensable Didier Allouch à la traduction).

Résumé. Leurs débuts. Ethan Coen : » Gamins nous tournions en vidéo de petite version de deux minutes de films d’horreur particulièrement mauvais. On a compris une chose essentielle, le montage peut sauver bien des choses.
Joel Coen : « Dans le fond, on ne savait pas ce qu’était le montage. Pour réaliser un raccord, on interrompait une scène, on changeait de plan et de lieu puis on revenait au décor initial. Après on a envoyait ça au labo par la poste et l’avantage c’est que lorsque le film nous revenait il était terminé ! On aimait les films d’horreur, Sam Raimi et Massacre à la tronçonneuse« .
Leur méthode de travail. EC :  » On écrit ensemble, on choisit ensemble les acteurs et les équipes. Et on mesure nos idées et leur pertinence à la réaction de l’autre. On accepte sans problème les idées de l’extérieur y compris celles qu’on avait commencé par rejeter. Avec Carter Burwell, il nous arrive de décrire une musique en expliquant à quoi surtout, elle ne doit pas ressembler, musique qu’il propose finalement et dont on adore le résultat ! L’accident devient parfois une ressource ».
Sur leur direction d’acteur. JC : « On a un mode de direction plutôt libéral : on explique le ton du film, on donne le texte et on laisse les acteurs trouver leur chemin ».
Leur film préféré. JC : « C’est avec un premier film qu’on apprend tout, qu’on découvre sa manière de faire et qu’on se font pour le reste de sa vie. De ce point de vue Blood simple reste mon préféré. Mais mes souvenirs les plus heureux sont aussi liés à l’ambiance que procure de tourner en musique sur le plateau par exemple de The Big Lebowski.
EC: « O’Brother me rappelle mon autre enfance. La musique live pendant les prises transforme l’énergie d’un tournage ». Leur film le plus difficile à tourner. JC: « Millers Crossing. C’était une adaptation d’un texte de Dashiel Hammett et on galéré sur la structure. On s’est arrêté trois semaines et on écrit Barton Fink, l’histoire d’un type qui n’arrive pas à écrire ! »
Au sujet des règles, des conventions de cinéma. EC : »On revendique une certaine naïveté à l’égard des règles du cinéma. On a appris à regarder des films, sans jamais assimiler les règles tout à fait. Dans Inside Llewyn Davies, on a même enfreint la règle de l’axe des 180° et personne ne l’a remarqué ! ». JC : « Si vous travaillez sur un film, chaque fois que pouvez enfreindre une règle, faites-le ! »

Festival Lumière 2026 part 2 et fin

Vendredi soir la cérémonie de remise du prix Lumière aux Coen débute par la traditionnelle vidéo des précédents prix Lumière parmi lesquels Clint Eastwood, Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Tim Burton ou bien Michael Mann. Les hommages se succèdent avec les discours des talentueux Frances McDormand (actrice fétiche dès Blood simple, oscarisée pour Fargo, épouse de Joel) et Javier Bardem (inoubliable tueur à gages psychopathe Anton Chigurh dans leur chef d’oeuvre oscarisé No country for old men) puis des intermèdes musicaux (Bénabar, Angélique Kidjo pour respectivement des reprises d’Aznavour et de Brel, chanteurs appréciés par Ethan), une projection de vues des frères Lumière (une tradition très appréciée) nous conduisent vers la remise du prix Lumière à la confrérie (le surnom donné aux frères Coen par Emmanuel Lubezki, leur chef op sur Burn After Reading).

Festival Lumière 2026 part 2 et fin

Le lendemain matin nous assistons à la conférence de presse des récipiendaires du 18ème prix Lumière, l’occasion de poser une question sur leur pratique récurrente du storyboard et spécifiquement sur la mort d’un personnage clé dans leur très bonne comédie noire Burn after reading.

Festival Lumière 2026 part 2 et fin

En milieu d’après-midi les Coen se prêtent à l’exercice habituel pour le prix Lumière du tournage remake de la sortie des usines Lumière, les réalisateurs effectuent plusieurs prises, accompagnés de leur chef op Bruno Delbonnel (Inside Llewyn Davis, La Ballade de Buster Scruggs et The Tragedy of Macbeth réalisé en solo par Joel) et avec le concours de figurants de luxe comme Daniel Auteuil, Benoît Magimel, James Franco et Sabine Azéma.

Festival Lumière 2026 part 2 et fin

Le soir nous terminons en beauté ces quelques jours passés au festival Lumière avec la nuit Coen à la halle Tony Garnier présentée par les frères, une petite présentation en vidéo de Javier Bardem, un quiz Allociné pour accompagner la projection sur grand écran de quatre films majeurs des Coen, les chefs d’oeuvre Fargo, No country for old men accompagnés du délirant Arizona Junior et de l’hilarant Burn after Reading, dernier film de cette nuit festive consacrée aux géniaux Coen Brothers.