Critique de In the Lost Lands
Synopsis
Une reine pactise avec la puissante et redoutĂ©e sorciĂšre Gray Alys afin quâelle lui rapporte un trĂ©sor capable de lui confĂ©rer un pouvoir immense. Alys et son guide, le vagabond Boyce, doivent sâaventurer dans les dangereuses ContrĂ©es Perdues. LĂ , ils devront dĂ©jouer et combattre hommes et dĂ©mons pour honorer leur part du contratâŠ
Avis de Yanick Ruf
In the Lost Lands prend un vrai pari de genre : mĂȘler la fantasy, le western sale et la SF post-apocalyptique dans un univers qui Ă©voque autant Mad Max que des visions de contes dĂ©vastĂ©s. Le film avance dans un monde de ruines, de poussiĂšre et de ferraille, oĂč la magie cohabite avec la violence la plus brute. Cette fusion, dĂ©jĂ rare en soi, donne au rĂ©cit une identitĂ© trĂšs marquĂ©e, presque monolithique, comme si tout lâunivers avait Ă©tĂ© coulĂ© dans une mĂȘme matiĂšre grise et brĂ»lĂ©e.
La mise en scĂšne assume une esthĂ©tique trĂšs stylisĂ©e, presque picturale. On pense parfois Ă Sky Captain and the World of Tomorrow pour ce cĂŽtĂ© artificiel revendiquĂ©, ces dĂ©cors qui ressemblent Ă des visions de bande dessinĂ©e ou de fresque numĂ©rique, avec des teintes souvent monochromes qui Ă©crasent la palette au profit dâune cohĂ©rence visuelle forte. Le rĂ©sultat est Ă©tonnamment cohĂ©rent : le film nâessaie jamais de faire illusion comme un rĂ©alisme de surface, il prĂ©fĂšre construire un monde graphique, un peu abstrait, mais trĂšs lisible. Câest probablement son plus grand atout.

Au cĆur de lâintrigue, il y a une chasse au loup-garou, qui sert de moteur narratif autant que de prĂ©texte Ă la traversĂ©e dâun territoire hostile. Mais lâintĂ©rĂȘt du film ne tient pas seulement Ă la quĂȘte : il tient surtout Ă ses figures. Milla Jovovich y incarne une sorciĂšre fascinante, presque mythologique, qui rappelle par son calme et sa maniĂšre dâĂȘtre la figure du tueur de western classique, Ă la Lee Van Cleef dans Le Bon, la Brute et le Truand. Elle a cette prĂ©sence de personnage qui ne promet jamais plus que ce quâelle peut tenir, mais qui tient toujours ce quâelle promet. Le dĂ©tail des contrats, mĂȘme contradictoires, la rend presque plus dangereuse que nâimporte quel monstre : elle est dâabord fidĂšle Ă sa propre logique.
Face Ă elle, Dave Bautista apporte une force plus rugueuse, plus terrienne. Son personnage, Boyce, est moins un hĂ©ros quâun survivant, un homme massif que le monde semble avoir dĂ©jĂ suffisamment battu pour quâil nâait plus besoin de jouer au dur. Le moment oĂč il sâextrait lui-mĂȘme une balle de lâĂ©paule dit beaucoup de cette brutalitĂ© concrĂšte : le corps y est traitĂ© comme une mĂ©canique quâon rĂ©pare en urgence, sans hĂ©roĂŻsme inutile. Le film aime ce genre de gestes secs, presque primitifs, qui ramĂšnent constamment le rĂ©cit Ă la douleur et Ă lâendurance.

Autour dâeux gravitent des sortes de croisĂ©s fanatiques, chasseurs de sorciĂšre ou soldats dâune foi dĂ©voyĂ©e, qui ajoutent une dimension plus religieuse et inquisitoriale Ă lâensemble. Ils donnent au film un relief supplĂ©mentaire : ce nâest pas seulement une fuite ou une chasse, câest aussi un monde oĂč la violence a trouvĂ© des justifications sacrĂ©es. Cette tension entre croyance, mission et prĂ©dation renforce lâimpression dâun univers entiĂšrement livrĂ© Ă des forces irrĂ©conciliables.
Au final, In the Lost Lands impressionne dâabord comme objet visuel. Il a quelque chose de trĂšs maĂźtrisĂ© dans son esthĂ©tique, presque irrĂ©prochable dans sa fabrication dâunivers. On peut lui reprocher une certaine raideur ou une stylisation parfois dominante sur lâĂ©motion, mais il possĂšde une vraie personnalitĂ©, rare dans ce type de production. Câest un film de visions plus que de psychologie, un western fantastique post-apo qui prĂ©fĂšre les silhouettes, les pactes et les paysages aux explications. DâaprĂšs Martin, et portĂ© Ă lâĂ©cran comme un monde en ruines fascinant, il assume pleinement son cĂŽtĂ© conte noir de science-fiction baroque.
Bande annonce du film In the Lost Lands


