Critique de L’Attaque des crabes géants
Synopsis
Un groupe de scientifiques arrivent sur une île pour étudier les effets des armes nucléaires. A leur arrivée, ils découvre que l’endroit est peuplé de crabes qui se sont tranformés en des crétures énormes et monstrueuses.
Avis de Yanick Ruf
Attack of the Crab Monsters est typiquement le genre de série B des années 50 dont Roger Corman avait le secret : tournée vite, avec peu de moyens, mais suffisamment d’idées et de rythme pour rester étonnamment divertissante. Sorti en 1957, ce petit film de science‑fiction horrifique exploite à fond l’angoisse nucléaire de l’époque : sur une île du Pacifique irradiée par les essais atomiques, une équipe de scientifiques débarque pour enquêter sur la disparition d’une mission précédente… et tombe sur des crabes géants mutants, capables non seulement de réduire les humains en miettes, mais aussi d’absorber leurs esprits et de parler avec leurs voix.

Dans sa version restaurée en HD, le film bénéficie aujourd’hui d’une copie étonnamment propre, qui met en valeur ses éclairages contrastés, ses décors de studio et surtout ses créatures en carton‑pâte, dont le charme kitsch fonctionne d’autant mieux qu’on les voit beaucoup. Corman ne perd pas de temps : les crabes apparaissent dès les premières minutes, et l’on comprend très vite, dès que les personnages évoquent l’utilisation de grenades et de dynamite, quel sera le climax explosif de l’histoire. Le doublage français, très daté, ajoute une couche de plaisir coupable : accents appuyés, répliques outrancières et sérieux imperturbable face à des crustacés téléguidés rendent l’ensemble délicieusement cocasse.

Le scénario aligne tous les motifs du film d’îlot assiégé : communications sabotées, radio détruite, resserrement progressif de l’espace à mesure que les crabes font littéralement s’effondrer des pans entiers de l’île, personnages qui disparaissent un par un, puis reviennent sous forme de voix désincarnées qui appellent les survivants vers un piège. L’idée des crabes qui absorbent les cerveaux et manipulent mentalement les humains introduit une dimension presque surréaliste, entre télépathie pseudo‑scientifique et fantômes de SF, que le film assume avec un sérieux désarmant. Certes, la logique scientifique tient à peine debout, et les capacités des monstres varient selon les besoins du scénario, mais le rythme tendu et la durée très courte (à peine 1 h 02, générique compris) empêchent de s’ennuyer ou de trop réfléchir aux incohérences.

Avec son atmosphère oppressante, ses effets spéciaux fauchés mais inventifs et son mélange de peur sincère et de ridicule involontaire, Attack of the Crab Monsters s’impose comme un condensé de l’esprit « Corman » : un film objectivement absurde, mais mené tambour battant, qui réussit à transformer quelques carcasses de papier mâché en menace cosmique crédible le temps d’une heure. Pour qui aime les monstres géants, la SF paranoïaque des années 50 et les doublages français savoureux, cette petite série B restaurée en HD est un plaisir aussi bref qu’irrésistible.
Bande annonce du film L’Attaque des crabes géants


