Critique de Torrente 3: El protector
Avis de Yanick Ruf
Torrente 3 : El protector prolonge la saga à un rythme d’environ un film tous les cinq ans, ce qui permet de mesurer à la fois l’évolution des ambitions scénaristiques et la montée en gamme des effets visuels. Pour cette troisième aventure, Santiago Segura conserve la recette de base mais la greffe sur un cadre plus ouvertement spectaculaire, avec un budget en hausse et une volonté affichée de parodier le cinéma d’action international.
Le film s’ouvre ainsi sur une séquence qui détourne frontalement les codes du film catastrophe et du film d’action à l’américaine, avant d’enchaîner sur une parodie à peine voilée de Rocky pour relancer le personnage. On retrouve Torrente dans une posture d’« anti‑héros » dépassé, obligé de se remettre en forme et de s’endurcir physiquement pour pouvoir endosser une nouvelle mission, comme si la franchise se moquait elle-même de l’idée de la suite plus grosse, plus explosive, plus musclée. Ce prologue, à la fois pastiche et commentaire méta, donne le ton : El protector sera un feu d’artifice de références et de détournements, sans jamais perdre de vue le grotesque de son protagoniste.

Sur le plan narratif, l’enjeu principal réside cette fois dans deux axes : d’un côté, Torrente apprend qu’il est père, ce qui introduit une dimension familiale complètement dévoyée par son caractère égocentrique et irresponsable ; de l’autre, il se voit confier la mission de protéger une politicienne étrangère en visite officielle en Espagne, ce qui l’inscrit dans une parodie directe de Bodyguard et des thrillers politico‑sécuritaires. La découverte de sa paternité n’en fait pas un homme meilleur, mais ajoute une couche de chaos et de malaise comique, puisqu’il gère ce « rôle » de la même manière qu’il gère son travail : avec incompétence crasse et mauvaise foi permanente. Quant à la mission de garde du corps, elle sert de prétexte à un festival de situations absurdes où son machisme et sa bêtise se heurtent à la diplomatie et aux enjeux géopolitiques.
Fidèle à lui‑même, Torrente est persuadé qu’il va séduire la politicienne qu’il doit protéger, convaincu de son charme inexistant et de sa supériorité virile, alors qu’il ne cesse de la mettre en danger par son incompétence. Cette illusion de séduction, poussée encore plus loin que dans les volets précédents, fait naître une grande partie des gags : quiproquos, avances déplacées, dérapages sexistes et moments de gêne volontairement appuyés. Autour de lui, il monte une équipe de bras cassés (junkies, marginaux, losers magnifiques) qui renforce l’aspect troupe d’inadaptés lancés dans une mission bien trop grande pour eux, et permet au film de multiplier les situations de comédie de groupe.

Sur la forme, Torrente 3 capitalise sur des effets d’action plus travaillés : scènes de fusillades, cascades, explosions et séquences de chaos urbain viennent rythmer le récit, toujours dans un esprit de parodie mais avec un vrai sens du spectacle. L’humour, lui, reste fidèle à la marque de la série : noir, vulgaire, profondément incorrect, avec quelques moments où le film flirte sciemment avec la limite du supportable, ce qui a d’ailleurs alimenté des critiques plus virulentes que pour les deux premiers volets. On a ainsi un mélange d’action et de comédie où les cascades servent autant à impressionner qu’à ridiculiser encore davantage ce « protecteur » qui ne protège finalement personne.
Au final, Torrente 3 : El protector s’inscrit dans la continuité des deux premiers films tout en poussant plus loin la dimension parodique et politique, à travers cette mission de garde du corps d’une eurodéputée et ce contexte de corruption et de complots autour d’un groupe pétrolier. On y retrouve ce qui fait le charme (ou le rejet) de la saga : un personnage odieux mais fascinant, un humour volontairement bas du front, et une capacité à pasticher le cinéma de genre tout en commentant la société espagnole. Action, gags et cascades sont bien au rendez‑vous ; et si l’on commence à sentir l’usure de la formule, la saga continue d’offrir un numéro d’équilibriste assez unique dans le paysage de la comédie ibérique.
Bande annonce du film Torrente 3: El protector


