Critique de Dust Bunny
Synopsis
Aurora, dix ans, demande à un tueur à gages d’éliminer le monstre qui, selon elle, a dévoré toute sa famille. Pour la protéger, il devra affronter une horde d’assassins tout en acceptant l’idée que certains monstres existent bel et bien.
Avis de Yanick Ruf
« Dust Bunny » s’impose comme un petit bijou de cinéma de genre, porté par un casting impressionnant et une mise en scène d’une précision remarquable. Le film réussit à être à la fois ludique, cruel, émouvant et constamment surprenant, sans jamais laisser au spectateur le temps de décrocher.
La scène d’ouverture donne immédiatement le ton : Mads Mikkelsen, filmé comme un véritable super-héros affrontant un dragon, installe une aura quasi mythologique autour de son personnage. Cette entrée en matière spectaculaire n’est pas qu’un effet gratuit, elle pose d’emblée le décalage entre l’imaginaire enfantin et la brutalité du réel, fil conducteur du film. Le contraste entre cette « légende » visuelle et ce que l’on découvre ensuite du quotidien des personnages crée une tension narrative très efficace.

Le travail de cadrage et de photographie est irréprochable. Chaque plan semble composé avec une minutie quasi maniaque : angles de vue étudiés, gestion des ombres, profondeur de champ utilisée pour isoler ou rapprocher les personnages, tout concourt à nourrir l’atmosphère tantôt oppressante, tantôt étrange, parfois même presque poétique. Certaines scènes, notamment celles sous le plancher ou dans les espaces confinés, exploitent l’espace avec une intelligence rare, transformant la maison en véritable terrain de jeu horrifique.
Le film ose d’ailleurs un humour noir particulièrement savoureux, comme dans ces scènes où des morceaux de corps sont soigneusement emballés, le tout accompagné d’une petite musique guillerette et de la présence d’une fillette. Ce décalage entre l’horreur graphique et la légèreté apparente de la mise en scène crée un malaise délicieux, typique d’un cinéma de genre sûr de lui. On rit presque malgré soi, tout en restant conscient de la violence de ce qui se déroule à l’écran.

Mads Mikkelsen est, une fois encore, magistral. Son incapacité récurrente à prononcer correctement le prénom d’Aurora, la petite fille, apporte à la fois de l’humour et une touche de fragilité à son personnage. Derrière le flegme et la dureté, on devine une maladresse émotionnelle, une difficulté à se connecter aux autres, qui rendent ce héros très humain. La scène de l’ombre de la main, en particulier, condense à elle seule la peur, l’innocence et la fascination enfantine, tout en jouant avec les codes du film de monstres.
Le monstre qui rampe sous le plancher s’inscrit dans une tradition du cinéma d’horreur où la menace se tapit dans les interstices du quotidien. Mais ici, le traitement visuel et sonore lui donne une présence presque tangible, animale, tout en restant suffisamment suggérée pour laisser une part au fantasme. Cette créature, qu’on devine autant qu’on la voit, incarne autant les peurs de l’enfance que les secrets inavouables des adultes.

Les dialogues sont particulièrement bien écrits et donnent aux acteurs un matériau de jeu riche. Les échanges entre Mads Mikkelsen et Sophie Sloane comptent parmi les meilleurs moments du film : les répliques ciselées, parfois d’une cruauté subtile, parfois d’une douceur inattendue, renforcent la complicité étrange qui se tisse entre leurs personnages. On assiste à la rencontre de deux êtres qui, en surface, n’ont rien en commun (un adulte abîmé et une enfant confrontée trop tôt à l’horreur) mais qui se ressemblent profondément dans leur solitude, leur douleur et leur besoin de lien.
C’est d’ailleurs l’un des grands points forts du film : cette relation centrale, à la fois bancale, tendre et dangereuse, qui déjoue les attentes. On vient pour le monstre, on reste pour ce duo improbable qui donne au récit une vraie dimension émotionnelle. La mise en scène prend le temps de faire exister les silences, les regards, les non-dits, et c’est là que l’excellent jeu des acteurs fait toute la différence.

En termes de rythme, « Dust Bunny » ne connaît aucun temps mort. Chaque scène apporte soit une montée de tension, soit un approfondissement des personnages, soit un nouveau rebond dans l’intrigue. Le film alterne intelligemment moments d’horreur pure, touches d’humour noir et instants plus intimistes. On ne s’ennuie pas une seconde, tant le récit semble constamment en mouvement, sans jamais sacrifier la cohérence d’ensemble.
Au final, « Dust Bunny » est une réussite totale : une œuvre de genre qui assume pleinement ses excès, tout en proposant une vraie finesse de jeu et de mise en scène. C’est un film à voir et à revoir, pour savourer aussi bien ses trouvailles visuelles que la richesse de ses personnages. Pour les amateurs de cinéma de genre exigeant, c’est une proposition à ne surtout pas laisser passer.

